Du Piper à l’Airbus, du Pilatus au Mirage-III, une passion du vol
Traversée du lac Léman en chute libre ailée (2002).
Ce vaudois né en 1959, résident de Céligny (GE), va entamer une jeunesse entièrement dédiée au sport et à l’aéronautique parallèlement à un apprentissage de mécanicien clôturé par un baccalauréat en mécanique. Ses activités sportives dévoilent déjà un certain courage dans des domaines pouvant comporter quelques risques : ski, kayak, motocross, alpinisme etc. Dès 18 ans il débute une école de pilotage et à 20 ans entre à l’armée comme aspirant pilote. Après la gradation sur Pilatus P-3, il est breveté pilote militaire à 22 ans et enchaine les vols sur Vampire (voir : Récit) et Venom. Vient alors son intégration dans l’Escadre aérienne de surveillance, où il vole sur Hunter, Tiger F-5E et Mirage III-S, jusqu’à 28 ans. Ne s’arrêtant pas à cette rare qualification, Yves Rossy va former des recrues sur PC-7 et le Vampire-trainer biplace dans les écoles de pilote.
Dans le civil, c’est à 22 ans qu’il entre chez Swissair comme copilote sur DC-9 pendant 3 ans. Il vole ensuite durant 9 ans sur Boeing B-747 et dès 1999 sur Airbus A-319. Entre temps, dans ses loisirs, il s’est mis à l’eau aux ski-nautique, "bare-foot", hydrospeed ; sur terre au snowboard ; en l’air aux Deltaplane, parapente et à la voltige en Bücker. Que n’a-t-il pas encore pratiqué ? Il commence le parachutisme en France en 1990, à 31 ans, tremplin pour de nouvelles sensations et découvertes...
Le tour de Suisse en multiples véhicules dont plusieurs voguent dans les airs
Surf sur le jet d’eau (08.1995).
A partir de là, Yves Rossy possède la capacité de fusionner toutes ou parties de ces sports dans les pratiques les plus inusitées dès 1991 et encore de nos jours. Le mardi 3 juillet 1991 à 6h du matin, il débute une sorte de tour de Suisse omnisports en une journée, ne reculant sur aucun moyen pour arriver à son terme, pourvu qu’il soit différent et presque toutes les demi-heures. Vingt cinq véhicules sont mis successivement à contribution, sur terre, sur l’eau et dans les airs durant 15h30’ et sur 1.000km !
Yves Rossy s’envole de l’aéroport de Genève-Cointrin vers Zurich comme copilote du 1er vol Swissair de la journée, sur un DC-9. De là il s’installe aux commandes d’un Venom pour survoler Grisons et Tessin avant d’entamer un programme de voltige en Bücker Jungmann de Sion à Rarogne. En moto puis en mountain-bike, il va alors rejoindre Zermatt, d’où il se rend en téléphérique jusqu’au petit Cervin. D’ici il s’élance à skis, puis en snow-board jusqu’à Trockenersteg, avant de remonter jusqu’au Breithorn (4.065m) mais cette fois à pied ! La progression est pénible dans une neige ramollie par le soleil. Heureusement, la descente en parapente ne lui pose aucun problème. C’est alors le train qui le conduit jusqu’au pont de Stalden ou Yves Rossy réalise un saut à l’élastique de 115m. Un hélicoptère le récupère en bas pour l’emporter à l’altitude de 2.000m où Rossy se lance en chute libre pour se poser à Saanen. Le moment est venu de voguer sur la Sarine en rafting, puis hydrospeed et enfin kayak. A Château-d’Oex, il enfourche une Honda NSX de 260ch jusqu’aux Agites d’où il décolle en aile Delta dans un vent peu favorable, planant jusqu’à Rennaz. Il se rend ensuite à Villeneuve en camion et cheval. La dernière ligne droite s’exécute sur le lac Léman en barefoot, en ski nautique, en wake-board, avant d’arriver à Genève en bateau off-shore à près de 140km/h. Il est 21h30’ !
C’est une journée sans hydravion ni dirigeable, mais plutôt bien remplie et un ensemble de sensations multiples toutes en contrastes. Un parcours qui n’est accessible qu’avec un entraînement sportif haut de gamme et de rares capacités humaines (film : Energie en tête). Ne calculons pas la moyenne horaire, c’était juste pour s’amuser ! En 1993, après 150 sauts en chute libre, Yves Rossy débute le Skysurfing qui est une sorte de vol libre effectué avec une planche de surf adaptée. Il participe aux championnats du monde du genre et termine déjà 2e de la classe intermédiaire la même année, puis 11e aux championnats de 1994. Mais ce sport doit évoluer. L’idéal n’est-il pas que l’homme puisse rester en l’air le plus longtemps possible sans trop dépendre d’un appareil annexe complexe. La planche de vol est améliorée, elle prend la forme d’un Mirage-III. Rossy s’élance au-dessus du Cervin dans un vol plané qui est illustré dans le film "Supersonic Skysurfer". On verra ensuite l’homme faire des démonstrations en public, notamment en 1995, lors de l’ouverture en Eurovision de la descente à ski du Lauberhorn. On tourne avec lui le film "Skysurf face à l’Eiger", etc.
Surfer sur la crête du jet d’eaux un court instant
Le jet d’eau de Genève est alors décrété plus haute vague du monde et doit donc être maitrisée par un surfeur. L’accès depuis la plage étant compliqué, celui-ci se fera depuis le ciel ! Rien ne semble plus arrêter Yves Rossy qui se justifie : "Pour le symbole, et parce que c’est un point unique au monde". En août 1995, lors des Fêtes de Genève, le Pilatus Porter d’Annemasse le largue à 3.000m au-dessus de la Rade (voir :Lieu) avec son "Skurf" aux pieds (sky-surf). Il reste à rejoindre ce point minuscule au sol que représente le panache sommital du jet vu du dessus. Après un volé plané, toujours debout sur sa planche, Rossy ouvre son parachute.
Le sommet du jet varie de plus ou moins 10m de haut et le sauteur n’a pas d’altimètre avec lui. Sans compter que les tonnes d’eau expulsées par la buse de la jetée ne doivent pas être vues comme un simple brumisateur de l’air. Des turbulences sont aussi présentes autour du jet. Toute l’opération doit donc être réalisée à l’instinct pour une bonne conjonction et maîtrise des éléments. Quant à la durée du surfing, elle ne peut pas être très longue. Cette 1e tentative ne fonctionnera pas. A la 2e, Rossy pratique une trajectoire parfaite et s’en vient à 20km/h croiser sur la crête du jet d’eau pour quelques courtes secondes. Les photographes immortalisent cette première. Et le film "Jet surfer" rassemble les images de l’événement incluant sa préparation. Au bas du jet Rossy attrape la corde d’un ski nautique qui l’attend, largue son parachute et revient à terre sans s’être mouillé. Depuis ce jour, Rossy regarde ce jet d’eau avec d’autres yeux que ceux des nombreux touristes genevois ! A 37 ans il épouse Nadia, mais il vaut mieux considérer cet heureux événement comme un nouvel exploit plutôt que de croire à un début de vie tranquille en père de famille.
L’homme-volant, authentique, sous ses multiples formes, testant encore et encore
Pilote attitré du Hunter biplace à Payerne.
En 1996, Yves Rossy réalise une 1e mondiale en Skysurf qui entre dans le Guiness Book. Le 24 mai il s’élance avec sa planche de surf attachée aux pieds depuis le sommet d’un ballon à air chaud. Le HB-QAI a décollé d’Yverdon et fait son ascension au-dessus du lac de Neuchâtel. Arrivé à une altitude de 2.500m, Yves Rossy amorce son propre décollage. Après une prise de vitesse de 3 secondes, il saute dans le vide et chute durant 15 secondes avant d’ouvrir son parachute.
La même année, Yves Rossy vole accroché par les mains entre les ailes de 2 biplans PT-17 du team "Crunchies" volants côte à côte, nouvelle inscription au Guiness Book.
En 1997-98 Rossy fait le développement et les essais d’ailes de skysurfs en collaboration avec l’école d’ingénieurs de Genève, ainsi que de la combinaison ailée "wingsuit" initiées par le Français Patrick de Gayardon (1960-1998).
Entre 1999 et 2003 ce sont les développements et essais d’ailes gonflables à placer sur le dos du chuteur, menés avec la société Prospective-Concepts de Zurich (cf. "La raie volante"). En 2002, Yves Rossy traverse du lac Léman en chute libre dans sa largeur, d’Evian à Lausanne (12km), avec une aile gonflable de 2,50m d’envergure sur le dos.
Avec l’astronaute Claude Nicollier et le Musée "Clin d’Aile" de Payerne, Yves Rossy pilote le chasseur Hunter biplace pour des baptêmes de l’air privés et lors de démonstration en meetings.
En 2004, développement et essais d’une aile rigide pliable et déployable en vol, en fibre de carbone, de 3m d’envergure, menés avec la société ACT Composites de Genève. Cette même année, l’aile est équipée de 2 réacteurs modèles réduits à kérosène de 22 kg de poussée de la société allemande Jet Cat. Après plusieurs vols d’essais, le 27 juin 2004 à 19h30 un vol horizontal de 4 minutes est réussi à Yverdon faisant d’Yves Rossy, le 1er homme volant à réaction de tous les temps.
En 2005 Yves Rossy à plus de 1.100 sauts à son actif dont la moitié en skysurf, planches, disques et "autres ailes volantes" et l’histoire est probablement loin d’être terminé. A suivre, bien sûr !