Le site des pionniers de l’aéronautique à Genève 
Des Genevois chez eux ou ailleurs et des étrangers dans Genève 
 | Agenda | Plan du site  | Pionnair-GE in Deutsch | Pionner-GE in English | Espace privé 
 
 
100ans de journalisme aéronautique local dont le pionnier Philippe Latour(1909-68), l’ASJA(1971-2007) [vidéo]

 

Né avec le 20ème siècle, le journa lisme aéronautique s’est beaucoup transformé en 100 ans. Le pionnier genevois en est sans conteste Philippe Latour, instigateur de nombre de passions actives au sein des quotidiens romands. Ces derniers journalistes, assez nombreux, créent l’association ASJA. Puis, l’arrivée d’Internet et de très copieux magazines spécialisés déplace leur activité hors du monde des quotidiens et hebdomadaires. La matière est devenue si vaste qu’elle oblige à la mutation des généralistes en micro-spécialistes.


Prêts pour un vol inaugural, des journalistes aéronautiques de la presse romande se tiennent aux pieds d’un DC-2 de Swissair. Accroupi, au centre en foncé : Philippe Latour (Cointrin, 1948).
JPG - 17.1 ko
Robert Stierlin et son hélico RS-40 font la "manchette" du 22 août 1965.

L’année 1971 suit un grand cru aéronautique après le 1er vol du Concorde, du B-747 et le 1er pas d’un homme sur la Lune en 1969. Le 28ème Salon du Bourget, à fin mai 1971, est un digne représentant de ces progrès dans de nombreux domaines. Dans le stand de Marcel Dassault, trois journalises suisses romands se rencontrent et, tant passionnés que stimulés par l’air du temps, leur naît l’idée de fonder une nouvelle association. Elle regrouperait des journalistes spécialisés en aéronautique civile et militaire, tant dans la presse suisse-romande que les uniques radio locale et chaîne de télévision suisse francophone d’alors. L’ambition est de pouvoir être utile à renseigner quiconque le souhaite et veut traiter d’aéronautique au sein des médias suisses.

Le moteur de cette triumvirat est notamment Gaston Couturier, chef de la communication de Swissair, et deux journalistes de la presse écrite : Roland Bahy (tv suisse romande) et René Hug (Aero-Revue, etc.). A la fin juin, réunis au Café de la Navigation à Ouchy (VD), huit fondateurs sont présents à l’assemblée constitutive, parmi lesquels on citera Martin Deskau (Interavia), Jean-Bernard Desfayes (24 heures) et Georges Kleinmann (radio & tv). Le groupe réunira bientôt une bonne cinquantaine de membres issus des tous les médias de Romandie et du Tessin au sein de l’Association Romande des Journalistes Aéronautiques et de l’Astronautique, devenue par la suite Association Suisse (ASJA).

Deux grandes raison d’exister : Swissair et de nombreux quotidiens à l’ancienne

Le mouvement s’appuie sur deux piliers importants de l’économie locale : de nombreux quotidiens qui abritent divers spécialistes, dont en aéronautique, mais surtout une compagnie nationale suisse en pleine expansion et classée parmi les meilleurs du mondes. Swissair inaugure chaque nouvelle destination ou la mise en service d’un nouveau type d’appareil en emportant des journalistes à son bord. Elle les invite aussi à l’annonce de chaque nouveauté liée à son exploitation …

JPG - 12.5 ko
Des journalistes au meeting aérien de 1955 à Cointrin (ph. :AIG).

Quant à l’ASJA, une dizaine d’année plus tard, elle décide d’honorer les meilleurs acteurs aéronautiques d’Helvétie en leur attribuant un trophée annuel baptisé les "Ailes de Cristal". Le premier récipiendaire en sera Henri Dufaux, pionnier de l’air dès 1902, âgé alors de 101 ans, et peu avant son dernier envol.

L’association compte des membres et présidents célèbres dont ceux qui commentent en direct de jour ou de nuit les missions spatiales dans les années 60, tel Eric Scharlig ou G. Kleinmann ; ceux qui gèrent une émission radio hebdomadaire durant des nombreuse années : "La route, le rail, les ailes" soit R.Bahy aidé de Jean-Paul Darmsteter. Parmi les présidents de l’association on peut citer encore Jean-Bernard Desfayes, Philippe Roy (1983-87), Jean-François Borel, etc.

2001 n’est plus l’odyssée de l’espace …….

Trente ans ont passés et la compagnie Swissair est en train de battre de l’aile, de bientôt disparaître, créant un choc national qui est encore amplifié par les événements du 11 septembre 2001. L’aéronautique a perdu de sa gloriole, les passagers se comptent en tonnes par km et sont de plus en plus contraints de voyager comme dans les trains à de chères exceptions.

JPG - 7.3 ko
J.P.Jobin reçoit les "Ailes de Cristal", œuvre d’un sculpteur-verrier jurassien (ph. : JCC).

Dans la presse écrite, plusieurs quotidiens ont disparus, 3 sur 4 à Genève. Les éditeurs ne comptent plus de journalistes spécialisées en aéronautique, dont une majorité a pris sa retraite ou va bientôt le faire. On confie souvent des articles à des pigistes et le sensationnalisme est parfois trop utilisé au détriment d’une culture de l’aéronautique bien solide. Il faut vendre un journal de plus en plus concurrencé par des "gratuits" dans lesquels l’information figure en petite quantité autour d’une grosse image en couleur.

L’ASJA perds de son audience, de ses membres et regrette le temps passé. Ses acteurs ne sont plus en phase avec les mœurs nouvelles. Internet tend à remplacer les classiques modes d’informations pour ceux qui en veulent beaucoup plus et des dizaines de magazines aéronautiques spécialisés sont publiés chaque mois en langue française.

L’association tente d’étendre son champ d’activité en se rebaptisant l’Assoc. Suisse des Journalistes de l’Aéronautique et des Transports (2004), mais rien y fait, il lui faut s’adapter ou disparaître. Faute de combattants, le groupe est contraint de se dissoudre à la fin 2007. Après 37 ans d’activité, l’ASJAT s’est éteinte, symbole d’une époque de bouleversements et signe des temps.

L’attribution des "Ailes de cristal"

Malgré tout, dès 1980 et pendant 20 ans, l’ASJA, aura décerné presque chaque année son Prix dénommé Les Ailes de Cristal. Ce trophée honora une personnalité, une entreprise ou un organisme qui se fit remarquer par son esprit d’entreprise ou par des mérites extraordinaires au service de l’aéronautique ou de l’astronautique suisse. Œuvre d’un artiste et trophée polymorphe, il fut chaque fois fondu en lien avec l’activité du candidat. Les lauréats furent les suivants :

.
1980 Le pionnier genevois de l’aviation Henri Dufaux (voir : Biogr.) 1991 Gaston Couturier (patron de la communication de Swissair, fondateur de l’ASJA
1981 La compagnie de transport Swissair 1992 Le spationaute Claude Nicollier
1982 La Patrouille suisse 1994 Les montres Breitling
1984 L’Aéro-Club de Suisse 1995 L’Aéroport international de Genève
1985 Le champion d’acrobatie Francis Liardon 1996 Peter Creola, patron de la Commission fédérale des Affaires spatiales
1986 L’aviateur Henri Golaz (voir : Biogr.). 1997 La Rega, Garde aérienne suisse de sauvetage
1987 Bruno Bagnoud, d’Air Glaciers 1998 Le cdt de corps Fernand Carrel, Cdt des Forces aériennes suisses
1988 Le champion d’acrobatie Eric Müller 1999 L’aérostier Bertrand Piccard
1990 Moritz Suter, fondateur de Crossair 2005 Jean-Pierre Jobin, directeur de l’Aéroport International de Genève
2007 René Hug, journaliste aéronautique
.
JPG - 12.2 ko
Ph. Latour et son chien à Cointrin, en automne 1920.

Philippe Latour, le pionnier du journalisme aéronautique genevois

Bien que retraité peu avant la fondation de l’ASJA, Philippe Latour (1892-1975) est le premier genevois à pouvoir revendiquer localement le titre de journaliste aéronautique.

Louis Philippe Latour nait à Genève le 22 avril 1892, fils d’Arthur Jules Edouard et de Jeanne Elisabeth. Il suit des études au collège Saint-Antoine mais le décès prématuré de son père les interrompt, il à 17 ans. Il débute alors comme rédacteur au journal local "l’ABC" en 1909 puis migre vers le "Journal de Genève" en 1916, pour 34 années ! Dès 1932 il y tient une chronique régulière sur l’aviation. Après un 1er mariage suivi d’un rapide divorce (1921), Latour se remarie en 1929 avec Suzanne Juliette.

L’aviation, Latour est né avec et il est déjà présent à Genève dès ses premières manifestations. Il est presque encore en culottes courtes quant à Vernier, il assiste aux essais de Liwentaal (voir : Récit). Ses débuts dans le journalisme remontent donc bien à l’automne 1909. Il est notamment présent à Noville au départ de la traversée du lac en avion par les Dufaux (1910) où il s’en rendu en moto Motosacoche (1,25cv). Il reçoit son baptême de l’air avec Henri Farman, à Buc (F) en 1911. Il est encore présent aux meetings genevois des débuts : Viry, Plan-les Ouates, Colley-Bossy, la Rade, etc. Après la 1ère Guerre mondiale, il entre à l’Aéro-club de Genève (juillet 1919) tout en assumant, en plus du journalisme, l’intendance du terrain d’aviation temporaire de Saint-Georges (voir : Lieu). Là, il verra atterrir les Durafour, Minier, Bider et les militaires français ou suisses (1919-1920). Il collabore d’ailleurs avec Durafour pour mettre sur pied le service de presse de la compagnie "Avion Tourisme SA" (voir : Récit). En juillet 1921, il est de ceux qui grimpent au sommet du Mont-Blanc pour y baliser l’atterrissage du Caudron de Durafour (voir : Récit) et transmet en morse à son journal, depuis le refuge Vallot, l’exploit du pilote genevois. Il reste fidèle à l’Aéro-Club de Genève.

JPG - 10.7 ko
Ph. Latour à la conférence de presse du désarmement en 1955 (Ph. : AIG).

Lorsqu’est crée le champ d’aviation de Cointrin, fin 1920, Latour est à nouveau l’intendant du lieu dès l’automne et jusqu’à l’arrivée du "capi", Marcel Weber en juin 1922 (voir : Récit). L’aéronautique se développe alors suffisamment sur les aérodromes et devient l’affaire de spécialistes à plein temps alors que les tâches sont bientôt effectuées par de plus en plus de personnel. Mais Philippe Latour reviendra sur le tarmac de Cointrin en 1949 lorsqu’y est créé une véritable fonction d’attaché de presse à l’AIG. Il participe alors à plein temps à cette fantastique évolution de l’aéronautique de l’après 2ème Guerre mondiale et à l’accueil des innombrables personnalités qui y débarquent, tout en n’oubliant pas d’en décrire certains épisodes. Il est un acteur, bien sûr, de la mise sur pieds des meetings aériens de Cointrin, au sein des comités d’organisation. Il ne quittera ce poste qu’en avril 1968, à 76 ans, preuve de ses qualités et de son vif intérêt en la matière (04.04.1968). Il n’aura ainsi pas connu l’aérogare actuelle datant de 1968, mais tous les bâtiments antérieurs et au temps des seuls avions à hélices. Latour recevra la Légion d’Honneur car pendant la guerre il transportait Jacques de Gaulle en Romandie dans son side-car, le plus jeune frère du Général, infirme, à qui l’Abbé Pierre avait fait passer la frontière suisse en le portant sur son dos en 1942. Durant ses congés Latour aura aimé aussi se retirer à Salvan (VS). A noter qu’après lui et durant 40 ans Jeanine Schneider (1966), François Borel, Martin Leu, Jean-Claude Fiorina, Daniel Teysseire, Philippe Roy (1994-2007) et Aline Yazgi (dès 10.2007) accèderont à la communication de l’aéroport de Cointrin.

Philppe Latour est décédé d’un infarctus à l’Hôpital-cantonal de Genève le 28 janvier 1975, à 83 ans, laissant une veuve. Il nous reste de lui de nombreux écrits sur les débuts de l’histoire aéronautique genevoise, parmi les bonnes sources aujourd’hui disponibles au sein des anciens quotidiens archivés. Ces données ont en leur temps généré de nombreuses passions chez les lecteurs de Romandie et crée la vocation d’un certain nombre de journalistes aéronautiques.

 

JPG - 50.6 ko
Jean-Claude Ferrier (Tribune de Genève) journaliste dès la seconde moitié du 20ème siècle et Jean-Claude Cailliez actif au 21ème....
Par : Jean-Claude Cailliez
Le :  mercredi 23 janvier 2008
  • Pour plus d’informations, il n’y a que Pionnair !
  • Swissair inaugure la ligne du Brésil avec des journalistes (vidéo, 1954, N&B, sonore, 01’30’’,41Mo). Nécessite le plugin QuickTime 7.1.3 minimum.

    Vous êtes ici : Accueil > Récits > 100ans de journalisme aéronautique local dont le pionnier Philippe Latour(1909-68), l’ASJA(1971-2007) [vidéo]