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Problème de train rentrant sur les deux avions Lockheed Orion de la Swissair (1933) [vidéo]

 

La jeune Swissair se dote en 1932 de deux avions spectaculaires et très rapides, emblèmes de la compagnie sur ses lignes extérieures. Jusqu’en 1936, les Lockheed Orion rouges et blancs emportent 4 passagers plus rapidement que la concurrence mais vont connaître les défauts de premiers trains d’atterrissages rétractables. Malgré tout, on les qualifiera de "Concorde" des années 30’s.


Le Lockheed Orion 9 C Spécial "Altaïr" restauré aux standards de la Swissair des années 1930’s, à Kloten en 1978 (Eusebio.ch).

Un sprinter au milieu des marathoniens

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CH-167 en Tchécoslovaquie.

Malgré les directives de l’Office Fédéral de l’Air qui ne voit en 1931 que des trimoteurs pour transporter des passagers, la déjà puissante (politiquement) Swissair passe commande de deux appareils rapides aux Etats-Unis : des monomoteurs Lockheed Orion. Plus rapides que les avions militaires d’alors, de 100km/h plus véloce que les avions de transport contemporains, leurs autres avantages tiennent à ce qu’ils seront les premiers appareils de transport commercial à posséder un train d’atterrissage rentrant, avec des ailes cantilevers non haubanées et emportant un nombre de passagers limité à 4 par cabine au lieu des 6 prévus par le constructeur.

Les appareils arrivent par train à Zurich au début avril 1932 et sont essayés en vol 2 semaines plus tard. Quatre pilotes se forment sur ce "pur-sang" : Ackermann, Heitmanek, Nyffenegger et Zimmerman. Pour mémoire, seuls 35 appareils du genre seront construits et aucune autre compagnie ne transportera de passagers sur ce modèle. Mais la jeune Swissair fait un joli coup d’éclat avec ses 2 machines immatriculées CH-167 et CH-168 (plus tard HB-LAH et HB-LAJ). Peints en rouge vif avec une ligne latérale blanche, on ne peut les ignorer sur les aéroports aux escales. Ils sont une sorte de "Concorde" des années 30, réservés à des passagers surtaxés, peu nombreux et probablement pressés, volant à près de 300 à l’heure !

Ambassadeurs de Swissair à l’étranger

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CH-168 à Cointrin, le 1er mai : pas trouvé de muguet !

L’appareil est le haut de gamme d’une flotte de 15 appareils, de 10 pilotes et de 92 sièges passagers disponibles (le contenu d’un DC-9 moyen) composée de Fokkers trimoteurs et bimoteurs, Dornier Merkur, Comte AC-4, etc. Swissair dessert les villes étrangères de Mannheim, Francfort, Cologne, Essen, Amsterdam, Stuttgart, Halle/Leipzig, Berlin, Paris et à l’intérieur de la Suisse, Zurich, Bâle, Berne, Lucerne et Genève. On constate qu’une seule escale est au-dessous de la latitude de Berne : Genève qui ne verra l’Orion que dès 1933. La Cie se développe essentiellement "au Nord". Compte tenu du faible gain de temps en avion par rapport aux trains express de nuit, son trafic aérien ne s’exerce que le jour et de mai à octobre.

Les Orions sont vite baptisés "Chien rouge" (red hound/chien de chasse !) et les pilotes militaires suisses ne peuvent les suivre avec leur récents Dewoitine. Les Lockheed sont d’abord exploités sur les lignes extérieures. Le 2 mai le CH-167 inaugure la ligne "express" Zurich-Munich-Vienne, la plus rapide d’Europe. En 1932, la Cie prolonge sa ligne jusqu’à Paris via Lyon (accord avec Air Union) puis directement de Genève à Paris. Après le voyage qu’y effectue le Conseiller fédéral Musy en passager, le Lockheed acquiert des lettres de noblesse. Cette initiative de Swissair crée une grande sensation parmi les professionnels et les passagers. Outre sa vitesse, c’est surtout par le fait que la Cie est la seule à introduire des avions américains en Europe, ouvrant ainsi une voie aux constructeurs d’Outre-Atlantique. Le taux d’occupation des Orions pour 1932 sera finalement de 62%, soit une moyenne de 2,5 passagers par vol ! Mais l’avion est trop petit face à la demande globale et Swissair commande un avion de 10 place puis 5 Douglas DC-2.

Sur le ventre à Cointrin pour l’inauguration de la ligne

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Le "Shell’lightning dans les années 1932-1936.

A Genève, en 1932, il n’y a que 2 ou 3 lignes régulières qui font escale à Cointrin : les Allemands, avec un Berlin-Leipzig-Stuttgart-Genève—Barcelone et le ligne Lyon—Genève d’Air Union. Aussi, après l’hiver ou l’on ne vole pas, le 1er Orion est attendu avec impatience le 1 mai 1933 à la reprise de l’activité commerciale. On a aplani l’extrémité nord-est du terrain, presque rien que pour lui, nivelé et mis à niveau le sol devant les hangars. Pour son 1er vol Zurich—Genève, l’appareil CH-168 décolle avec ses passagers sous une pluie battante. Le pilote-écrivain Walter Ackermann est aux commandes. Lors du roulage sur la piste en herbe de Dübendorf, de la boue gicle dans le système du train d’atterrissage qui était une technologie de "1ère génération". Puis le train est rentré en vol. En arrivant sur Cointrin, le pilote ne parvient pas sortir son train, le système hydraulique est bloqué. Ackermann doit poser le bel appareil sur le ventre, sur la piste en herbe, heureusement humide elle aussi, après une glissage de 65 m.

IL n’y aura aucun blessé et les 2 passagers de cette pseudo 1e classe n’en seront que pour un peu de peur. Comme à l’embarquement, ces passagers passeront par l’aile avant de rejoindre le sol. Certains verront là un bon exercice de sécurité et une démonstration de solidité des Lockheed. L’appareil démonté rentrera par la route à Zurich (il n’y avait pas d’autoroute !) où il est assez facilement remis en état. Malgré cette frayeur, Ackermann repart le lendemain pour Zurich à bord d’un Fokker trimoteur. Ce n’est pas la seule avarie du train des Orions, le CH-167 s’est aussi posé également sur le ventre en Tchécoslovaquie. En juin 1934, après un long circuit en 6 étapes de 4.500 km, Walter Mittelholzer est également contraint par un orage à faire un atterrissage forcé près de Pfullendorf. Orions ou horions, à chaque fois les 2 appareils ont pu être réparés, preuve de robustesse.

L’appareil du Musée des transports à Lucerne

Lorsque Swissair reçoit ses 5 Douglas DC-2 en novembre 1936, elle se sépare des 2 Orions. Un courtier français les vend à la Force républicaine d’Espagne. Avec la guerre civile, on ne sait pas ce que les 2 "Chiens rouges" sont devenus.

Ce qui fait que l’Orion exposé au Musée des Transports de Lucerne n’est pas l’un des deux appareils originaux de Swissair. Celui-ci, un Orion 9 C Spécial "Altaïr" a été acquis aux USA en 1976. Il possédait une cabine métallique au lieu de celle en bois d’alors. Deux ans de travaux ont permis de le remettre au standard des appareils de Swissair, y compris l’avionique sous la livrée du CH-167. Avant cela, il a longtemps porté les couleurs de la compagnie Shell et reste l’unique exemplaire conservé des 35 exemplaires construits.

 

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Par : Jean-Claude Cailliez
Le :  mardi 13 décembre 2005
  • Pour plus d’information, voir les ouvrages : Lockheed Orion 9 C Special, du Verkehrshaus der Schweiz, Heft 28, 1979, 44p., 38 ills ; ainsi que : Les avions du Musée suisse des transports, de C.Bock & S.Moser. Ed. Office du livre, 1985, pp:40-45, 9 ills, à la "Librairie ".
  • Lockheed Orion 9C Special (vidéo-diaporama, couleur, sonore, ≈ 2 min, ≈36 Mo), nécessite le plugin QuickTime 7.1.3 minimum.

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