Le site des pionniers de l’aéronautique à Genève 
Des Genevois chez eux ou ailleurs et des étrangers dans Genève 
 | Agenda | Plan du site  | Pionnair-GE in Deutsch | Pionner-GE in English | Espace privé 
 
 
Premier vol transatlantique suisse : Genève-New-York ou presque et Borner aux commandes (1947) [4 vidéos]

 

En mai 1947, suivant en cela les compagnies américaines, Swissair veut ouvrir la ligne aérienne Genève-New-York. Le vol inaugural de la compagnie, 1er vol sur l’Atlantique, est piloté par le capitaine Genevois Walter Borner. La météo outre-Atlantique les oblige à 2 escales imprévues. Mais au retour du périple, c’est un succès, la ligne sera ouverte pour longtemps. Zurich avait prévu pour cet exploit d’employer le DC-4 "Genève" et les PTT aussi, mais c’est le "Zurich" qui officia.. et vainquit l’Atlantique nord !


Le DC-4 "ZU-ILI" décolle de Genève en 1997 pour commémorer les 50 ans du 1er vol transatlantique de Swissair en mai 1947. L’avion sud-africain arbore une robe conforme à l’appareil de Swissair de 1947.

Swissair, à son tour, assure une ligne prestigieuse sur l’Atlantique nord

JPG - 10.8 ko
W.Borner et 2 de ses enfants au retour de New-York.

Faisant la contrepartie des vols de TWA existants depuis 1946, Swissair fixe la date de son 1er vol transatlantique entre la Suisse et les USA, au 2 mai 1947. Mais au départ d’Helvétie, seule Genève est adaptée au trafic des quadrimoteurs longs-courriers avec sa piste en dur de 2.000 m . En outre, Cointrin est alors le plus important aéroport de Suisse car Kloten n’est pas encore construit. La présence de l’ONU dans le canton nécessite également qu’une liaison régulière soit établie vers New-York.

Sur la piste de Cointrin, le 2 mai, un grand avion couleur métal va prendre son envol. Il s’agit du tout nouveau Douglas DC-4, un quadrimoteur d’une capacité de 44 passagers, mais qui n’en contient que 28 ce jour là, car l’appareil effectue encore qu’un 1er vol d’essai de la future ligne Genève-New-York. L’appareil emporte également 112.000 courriers postaux estampillés d’un marquage spécial. Il y a 21 invités officiels, dont de nombreux reporter comme Vico Rigasi. Le speaker "Squibbs", alias Maître Marcel Suès, de Radio-Genève, commente en direct les événements (son intégral au bas de ce texte).

Aux commandes, le commandant genevois Walter Borner est présent. Il a bientôt 2 millions de km aériens à son actif. Il est accompagné du commandant Anton de Tscharner, copilote, et de 2 radio-télégraphistes : Paul Auberson et Werner Wegman. L’équipage se complète d’un mécanicien de bord, H. Schilling, du chef steward Fridolin Meier et de l’hôtesse Emily Schneider. Parmi les passagers, il y a un équipage américain au complet qui a été mis à disposition par les usines Douglas, ayant livré un DC-4 à Swissair 2 jours avant.

Ce départ nocturne est émouvant, au milieu de la foule et de personnalités. L’avion est au point fixe et l’hymne américain retentit dans les haut-parleurs, suivi de l’hymne suisse. L’appareil débute son vol de nuit et s’envole à destination de New-York ; il est exactement minuit et 2 minutes. Deux seules escales sont prévues, Shannon (Irlande) et Gander (Canada), puis l’appareil doit rejoindre directement New-York.

Genève-Shannon-[Gander]-Stephenville-[N.York]-Washington-New-York enfin !

JPG - 13.2 ko
Walter Borner à son retour, ravi de l’expérience.

La première partie du vol, de Genève à Shannon, ne pose aucun problème. Il pleut un peu sur le Jura. Puis le DC-4 vole entre deux couches de nuages et survole Paris illuminé. Il met le cap sur Londres. En ce temps là, le DC-4 ne peut pas dépasser l’altitude de 3.000m, car la cabine n’est pas encore pressurisée et les passagers ne supporteraient pas une altitude supérieure. A partir de Londres, en 4 heures, le DC-4 rejoint Shannon pour une escale de ravitaillement. Au sol, pendant que l’on remplit les réservoirs de l’avion, l’équipage va consulter la météo qui annonce beaucoup de brouillard sur l’Amérique et il sait, avant de quitter l’Irlande, que l’avion ne pourra pas se poser à l’étape prévue de Gander qui est dès lors fermée au trafic.

La traversée de l’Atlantique s’effectue également sans difficultés. A cause des nuages, la mer n’est pas toujours visible. Pendant que l’appareil survole l’océan, il ne fait pas encore vraiment jour. Sans discontinuer, les deux télégraphistes sont en contact tant avec l’Amérique qu’avec Genève. Dès lors, les journaux genevois sont renseignés en temps réel sur la position de l’avion. Oubliant Gander et sa tempête de neige, après 11h12’, l’avion se pose à Stephenville, base militaire canadienne, où il fait grand beau. L’escale dure 1h30’, le temps de faire tous les contrôles et de charger le carburant, avant de repartir pour ... Washington, car l’aéroport de New-York est également dans le brouillard ! On comprend alors qu’il n’est pas inutile, lors des ce vol inaugural et de ces escales non planifiées, de bénéficier de l’aide à bord de pilotes américains déjà habitués à ces divers aéroports et au trafic local (W.Borner ne parlait pas bien l’anglais).

L’arrivée à Washington, quelque 21h après le départ de Genève alors que la fatigue se fait sentir, n’est pas si facile que cela. Quelque 500 autres avions y ont aussi été détournés à cause du brouillard qui règne sur de nombreux aérodromes de la région Est des USA. De plus, il est exclu de faire descendre les passagers ici, car il n’y a pas de service de contrôle sanitaire de frontière. Mais le courrier, lui, peut et doit descendre. Ce point est important puisqu’il a été daté en Suisse du 2 mai . Autre difficulté imprévue, l’équipage du DC-4 n’a pas l’argent nécessaire pour pouvoir payer le plein d’essence (500$). Il faut donc faire intervenir l’ambassade suisse... Ce n’est que 2 jours près son départ que l’avion et son équipage gagnent réellement New-York.

Par contre, le vol de retour New-York—Genève se déroule sans difficultés, via les escales prévues, et une réception de marque accueille l’avion et son équipage à son arrivée à Cointrin. Après d’autres vols d’essai, cette ligne est régulièrement desservie par Swissair dès 1949. Le billet aller-retour coûtera 3.400F, soit 242 jour de travail !

Une réussite, prélude à l’une des lignes les plus importantes de Swissair

Que pense Walter Borner (1901-1983) de cet épisode lui qui, dès décembre 1933, a volé sur tous les types d’avions long-courriers utilisés par Swissair et sur toute l’Europe ? Sauf pendant la guerre, il a véritablement construit, avec les autres pilotes de Swissair le réseau de la compagnie nationale sur le vieux continent : Il admet volontiers que le plus grand moment de sa vie professionnelle est bel et bien ce départ du vendredi 2 mai 1947 et précise : "J’ai préparé le vol sur du papier quadrillé d’écolier."

Par la suite, l’exploitation du Genève-New-York apportera moins de contraintes : "On n’avait pas le temps de s’ennuyer à bord. Il fallait assurer le contact avec les onze bateaux balises naviguant sur l’Atlantique. Ils nous donnaient la météo et notre position. Parfois la radio américaine lançait une histoire drôle et elle passait de bateau en bateau, puis à l’avion et continuait jusqu’à Cointrin ! C’était notre passe temps durant les moments creux."

En mémoire de ce 1er vol transatlantique de Swissair

JPG - 12.2 ko
Tout l’équipage Swissair du vol inaugural entourant son commandant de bord.

Pour la postérité, ce vol inaugural Genève—New-York du 2 mai 1947, a été commémoré par un timbre historique sur lequel figure très visiblement en vol le DC-4 nommé « Genève » et immatriculé HB-ILA. Le timbre est émis le jour du vol !. Hélas, en panne ce jour là, le HB-ILA a été remplacé au dernier moment par le HB-ILI baptisé "Zurich", livré quelques jours auparavant. Une "bourde" philatélique que tous les collectionneurs connaissent. D’autre part, Swissair avait également préparé des photos-souvenirs montrant le HB-ILA au-dessus de New-York, sans brouillard. Mais là aussi on aurait dû illustrer le HB-ILI, sur fond de brouillard.... Dommage, pour une fois que Swissair mettait "Genève" en avant !

La méprise ne s’est pas arrêtée là. En mai 1997 on commémore le cinquantenaire de ce vol. Un DC-4 sud-africain rejoint la Suisse et est configuré aux couleurs de l’avion de 1947 (ZU-ILI / HB-ILI). L’appareil se pose à Cointrin sous une météo exceptionnelle et les survivants du vol original sont à bord du vol en provenance de Zurich. Si Alain Borner, ancien conseiller d’état genevois et fils de Walter Borner, n’avait pas rappelé à Swissair que la bonne immatriculation était HB-ILI, et bien cet appareil aurait été peint aux couleurs de HB-ILA !

 

JPG - 61.1 ko
Un des courriers du 2 mai 1947, dédicacé par l’équipage du DC-4 de Swissair (Coll. Chr. Noir).
Par : Jean-Claude Cailliez
Le :  lundi 13 février 2006
  • Pour plus d’information, voir : L’avion à Genève, de René Hug. Ed. du Tricorne, 1981, 200p, ills n&b. Mais aussi : Vivre un vol, l’aviation d’aujourd’hui, de G. Kleinmann. Ed. Mondo SA, 1976, 156 p, pp:10-19, ills, à la "Librairie ".
  • [03.2011] 1947 : le départ du 1er vol Genève-USA, à la radio, en direct ! (audio, 05.2011, par "Squibbs", 12’40’’, 15Mo). Format Flash : 20 secondes pour lancer l’audio-vidéo.
    [09.2008] Vol record sur New-York-Genève en 1952 (vidéo, n&b, sonore, 1’20’’, 37Mo). Nécessite le plugin QuickTime 7.1.3. minimum.

    - Vidéo : En 1997, un DC-4 sudafricain repeint aux couleurs suisses emporte un instant des acteurs survivants de 1947. Notez la présence du DC-10 de Swissair "SR 111" (GE-New-York) :

    [10.2007] Témoignages sur les 50 ans du vol Genève-New-York (mai 1997) (vidéo, couleur, sonore, 02’35’’, 90Mo). Interviews d’Alain Borner, Paul Oberson, Emily Schneider. Source TSR.
    [10.2013] Les 50 ans du 1er vol transatlantique de Swissair en DC-4 (mai 1997) (vidéo, 02’43’’, 81Mo). Images de Jean-Claude VonMoos. Format QuickTime 7.5 minimum.

    Vous êtes ici : Accueil > Récits > Premier vol transatlantique suisse : Genève-New-York ou presque et Borner aux commandes (1947) [4 vidéos]