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Meeting des vainqueurs de la 2ème Guerre mondiale : une trentaine de "Warbirds" à Cointrin (1947) [3 vidéos]

 

En octobre 1947 se tient le "Meeting aérien d’aviation militaire" à Genève-Cointrin, le 2ème meeting de Suisse après la 2ème Guerre mondiale. Il est la vitrine des avions de combat des alliés vainqueurs de la guerre, une concentration de "Warbirds" comme on va aujourd’hui en voir à Duxford (GB). Des appareils à pistons américains, anglais, français et belges se joignent aux avions suisses. Egalement présent, le 1er jet des Troupes d’aviation suisse : le "Vampire". Le show est un énorme succès avec ses 40.000 spectateurs payants.


Le MS-506-C1 (J-143) en formation avec un C-3603-1 (C-547), avions de collections, tels qu’on a pu les voir voler lors du meeting de Cointrin d’octobre 1947 (Ph. : J.Rimensberger).

Premier meeting aérien depuis la fin de la 2e Guerre mondiale

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Les Mosquitos anglais volent en rase-mottes à 650 km/h, le moteur droit volontairement arrêté. Parmi eux : TA258, TA387, TA540 UP-G, UP-S, etc.

Ce "Meeting international d’aviation militaire" se déroule sur l’aérodrome de Cointrin durant le week-end du 4 et 5 octobre 1947. La manifestation débutera à 14h le samedi et dès 9h le dimanche avec des baptêmes de l’air donnés par swissair, Air-Bleu et Alpar. Samedi, dès 13h30 on pourra observer l’arrivée des avions invités. Les tramways ne "montant" que jusqu’au carrefour de la Servette, c’est une longue colonne de Genevois, avec leurs enfants, qui s’étire durant ce week-end, faisant à pied les quelques kilomètres de campagne qui passent par le Bouchet puis rejoignent l’aérogare construite en 1920, entre la route de Meyrin et la route de Prévessin (aujourd’hui rue L.Casaï). Certains arrivent par le train en gare de Meyrin et rejoignent les bords de piste par l’usine Hispano-Suiza (actuelle Protection civile, ch. H.C.Forestier) ou se placent sur le terrain de football proche du Café de l’aviation, sur la route de Meyrin

Sur l’aérodrome en pleine effervescence, les grands avions de ligne (de 30 à 45 passagers) laissent la place et partent vers les capitales européennes. Les Constellation, DC-4 croisent dans le ciel les nombreux appareils militaires qui convergent vers Genève. Plusieurs escadrilles de chasses des vainqueurs de la guerre sont attendues : américaine, belge, britannique, française et bien sûr suisse. Dès cet instant ce meeting s’annonce déjà comme un incontestable succès. Les officiers aviateurs genevois de l’association l’AVIA ont œuvré depuis plusieurs semaines pour mettre sur pied cette imposante fête de l’air. Ils sont satisfaits de l’affluence et de la météo propice. Le 1er lieutenant Yves Maitre (père de J.Philippe) préside l’AVIA.

Participants, couleurs et dossards

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Brassage d’un des 4 moteurs de 2.200 CV du bombardier B-29 au ventre noir.

Les escadrilles se posent tant sur le gazon que sur la piste en ciment, à leur gré. Trois North-american P-51 "Mustangs" américains de l’USAAF arrivent en premier, venant de la base R-85 de Neubiberg près de Munich (D). Ils ont été accompagnés depuis là-bas par deux bombardiers légers bimoteurs Douglas A-26 "Invader", un bombardier Flyingfortress B-17 (code 483273) et une gigantesque Superfortress B-29 (code 521747). C’est le B-29 qui guide ses "petits amis" jusque là, comme une mère poule, seule à posséder le matériel radio adéquate pour ce vol. La foule qui avait vu des B-17 (il y en a aussi un à ce meeting) et B-24 Liberator en 1944 est fortement impressionné par la taille du B-29, 2 fois plus lourd, et surtout identique à ceux qui lâchèrent des bombes atomiques sur les villes japonaises quelque 2 ans et demi plus tôt.

Les Britanniques débarquent avec un squadron de 7 rapides bimoteurs Mosquitos bleu-noirs presque intégralement en bois ("The wooden wonder") et motorisés par 2 moteurs semblables à celui du Spitfire. Les variantes de cet appareil, plus rapides que les chasseurs ennemis, ont fait tant du bombardement, que de la reconnaissance aérienne, joué le rôle d’éclaireur pour les bombardiers lourds, ou menés quelques raids audacieux durant la guerre. Ce sont des belges qui pilotent ici les chasseurs Spitfires Mk.IX aux ailes rognées, reçus moins de 2 mois plus tôt et acquis auprès des surplus anglais (codés SM1 à SM28). Ils servent aux l’Ecoles du pilotage avancé à Brustem et Coxyde. Ce type d’appareils fut immortalisé dans le combat aérien autour de la Manche et lors de la Bataille d’Angleterre. Les Français se posent avec une escadrille du 1/4 Navarre équipée de 3 chasseurs lourds P-47 "Thunderbolt" fournis par les américains. Apparus tardivement dans la guerre, fortement armés pour l’attaque au sol, on le dit indestructible et redoutable.

La Troupe d’aviation suisse a délégué un groupe de chasseurs Morane-Saulnier MS-506 (D-3801), version maison du chasseur français du début de la guerre, accompagné de "Schlepp" biplace C-3603-1, utilisés pour la reconnaissance et l’appui au sol. Ce n’est pas la bonne saison pour sortir ses Messerschmitt ! De plus un Vampire suisse fera une démonstration qui classera aux oubliettes, ou presque, les autres monomoteurs du plateau. Ce "jet" armé de 4 petits canons est équipé d’une cabine semi-étanche qui permet au pilote de monter jusqu’à 6.000m sans masque à oxygène. La Troupe va bientôt en recevoir 75 que De-Havilland (GB) améliore en suivant des conseils du col. Etienne Primault et du Lt-col. Frei, si bien qu’on le nomme familièrement là-bas le "Vampire suisse". Depuis la livraison des 3 appareils en 1946 (Voir : Récit), ce sera la 1ère fois qu’on le voit militarisé et en vol sur Genève.

En ce temps là, le spectacle se tient également sous les lambris d’un grand hôtel genevois. Un grand dîner, avec discours, suivi d’un bal élégant en habit de cérémonie se tiennent au "Beau-Rivage" décoré des couleurs des toutes les nations invitées. Les attachés militaires étrangers en Suisse, le gratin politique local, les responsables aéronautiques romands de toute envergure s’y pressent (pour le détail, lire la Tribune de Genève du 6 !), en tout quelque 150 personnes

Les impressionnantes démonstrations de vol du dimanche après-midi

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Le "nose art" du Boeing B-29 "Wun Hung Lo" (=nice one ?) no.521747.

Subitement, comme par un coup de baguette magique, Genève se transforme littéralement en une grande capitale ce dimanche de 13 à 15h. La place de Cornavin, véritable fourmilière voit des colonnes compactes se diriger vers le Parc des Sports où Locarno va subir sa 1e défaite, vers le Circuit des Nations où tourneront des motos entraînant des coureurs de fonds dans leur sillage et vers l’aéroport où se tient le meeting aérien. "Tous les trams, trolleybus, autobus, trains desservant la ligne de la Plaine sont pris d’assaut et de véritables grappes humaines s’agrippent aux plates-formes. Les taxis font des affaires en or et les autos forment tout autour de l’aéroport, sur plus de 3 km un parc impressionnant. Jamais la gendarmerie n’eut à canaliser un flot roulant semblable. Le parc à bicyclettes est, lui aussi, à voir. Les vélos couvrent entièrement le terrain habituellement réservé aux matches."

A Cointrin, la musique de l’Elite renonce à se faire entendre, ses meilleurs cuivres sont couverts par le tonnerre des moteurs grondant au-dessus de la foule innombrable massée derrière près de 4 km de palissades. Quelque 500 personnes, volontaires des troupes d’aviation, gendarmes, pompiers, sauveteurs auxiliaires encadrent la manifestation. Le service de vol est confié au capitaine Walter Borner, un as de Swissair (voir : Récit). Le service technique est dirigé par MM Ch. Bratschi et Perrin. Autour des avions s’affairent les pilotes étrangers, presque tous des "as de guerre" à en juger par les rubans de couleurs différentes décorant leur uniforme brodé d’ailes d’argent. Dans la foule de nombreuses personnalités (encore plus nombreuse qu’au bal !), etc. A 14h, alors que les diverses enceintes sont noires de monde, les couleurs des nations présentes montent aux mâts d’honneur et W.Borner donne le signal de départ du grand carrousel aérien.

Les avions suisses s’élancent les premiers. Les Moranes et C 36 (codé C-436, C-450) font une belle présentation inaugurale. Puis le quadrimoteur B-29, soulève ses 33T dans le grondement formidable de ses 4 moteurs Wright de 2.200 CV chacun. Son passage en vol à basse vitesse impressionne fort. Ce sont les agiles Spitfires belges qui prennent le relais (l’un codé MN-J) suivis des lourds Thunderbolts français (codés 3U-K, 3U-Y, etc.), puis viennent les Mustangs américains, évoluant tous sous forme de patrouille acrobatique. Les pilotes s’effacent derrière la discipline et leurs appareils.

Place à la voltige : le Vaudois Francis Liardon grimpe dans le ciel avec son Bücker Jungmeister (voir :Appareil) et réalise toutes les plus difficiles figures avec une incroyable maestria. Cet avion de 500kg construit sous licence en Suisse est conçu pour la formation des pilotes à l’acrobatie aérienne. Il se prête docilement à des loopings, vols sur le dos, feuilles mortes, vrilles, tonneaux qualifiés "de la plus folle audace" et digne d’un championnat international. Les vaincus, eux, volent sans moteur et un pilote allemand fait une superbe démonstration de planeur. Celle-ci inclue plusieurs loopings et des figures. Il descend en piqué sur la piste, se retourne et vole sur le dos à quelques mètres du sol le long de la piste avant de se redresser et faire demi-tour pour se poser. On admire aussi la belle présentation des Mosquitos de la RAF qui passent à un moment en rase-mottes, en formation serrée à 650km/h, avec le moteur droit volontairement coupé !

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Les Spitfires Mk.IX belges.

Le clou du meeting, en dépit de la présence du B-29, c’est bien le vol du Vampire Mk.1 à réaction de la Troupe d’aviation suisse (codé J-1004). Il s’agit de la 1e démonstration de l’avion en public. Piloté par le lieut.-col. Wilhelm "Düsenwilli" Frei, le bruyant et sifflant appareil déchaîne l’enthousiasme de la foule par son show de 30 minutes. L’engin monte droit jusqu’à à 2.000m, où il disparaît dans les nuages, puis il pique comme un oiseau de proie, apparaissant subitement pour re-disparaître à nouveau. Il fait courir des frissons lorsqu’il passe à moins de 10 m au-dessus des tribunes d’honneur à la vitesse de 850 km/h. Sa vitesse perturbe d’ailleurs le visiteur non encore habitué à suivre des appareils aussi rapides, "On a littéralement pas le temps de le voir passer !". Quant à W.Frei, il étonne les pilotes étrangers, surpris de voir ce qu’un des officiers suisses peut obtenir d’un Vampire.

La manifestation prend alors fin vers 17h par un départ impeccable et un défilé massif de toutes les formations aériennes présentes. La puissante armada sillonne alors le ciel et couronne triomphalement cette magnifique journée internationale avant de venir se garer au cordeau au bord du terrain. Comme quoi, on à rien inventé à Duxford 30 ans après, ou à Payerne 50 ans plus tard.

Une superbe réussite et un coup ... de Maitre !

A 18h, l’énorme foule s’écoule et regagne la ville, rejointe par un nombre imposant d’autos et de cycles. Cointrin trouve brièvement sa tranquillité avant que les grands avions de Swissair décollent pour des vols avec passagers au-dessus du lac. A 18h30, les officiers pilotes étrangers et suisses, ainsi que toutes les personnalités se retrouvent au foyer du Grand-Théâtre, où ils sont reçus par les autorités municipales et cantonales et font honneur à un buffet, après quelques discours, bien sûr. Avec 40.000 spectateurs payants dans l’enceinte de l’aéroport, sans compter ceux placés à sa périphérie, on peut facilement imaginer que plus d’un quart des 193.000 habitants de la population cantonale ont suivi avec enthousiasme ce meeting par un temps radieux alors qu’elle était aussi sollicitée ailleurs. En bref, le succès fut complet ; un vrai coup de... maître !

 

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Les trois P-47 français d’Ambérieu étaient codés (4)433635 3U-K (P-47—D28-RE) ; (4)433671 3U-Y (P-47-D-30-RA) et 3U-...
Par : Jean-Claude Cailliez
Le :  jeudi 6 avril 2006
  • Pour plus d’information, voir : les quotidiens d’époque.
  • [07.2007] Meeting de Cointrin de 1947 (diaporama, 1947, n&b, sonore, 02’45’’, 49 Mo). Nécessite le plugin QuickTime 7.1.3. minimum.
    [07.2012] Meeting de Cointrin de 1947 (vidéo, 1947, n&b, sonore, 01’35’’, 30 Mo). Images de la Cinémathèque suisse. Nécessite le plugin QuickTime 7.1.3. minimum. ...
    [06.2014] Meeting militaire de Cointrin, image d’un spectateur (10.1947) (film musical, 01’15’’, 36Mo). Format QuickTime. Images de Robert Collet : A-26, Mustang, P-47, Bücker, B-29, Mosquito’s et Vampire.

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