Petit historique succinct de l’aéronautique dans le Pays de Gex
René Vidart (1890-1928).
Tout débute par les aérostiers : le 10 septembre 1900 des ballons libres partent de Paris, via Dijon, vers le sud-est. Trois se retrouvent sur le Pays de Gex. L’un atterrit à St-Jean-de-Gonville. Un autre se pose à Challex où le capitaine Balzan et ses passagers sont bien accueillis et conduit à la gare de La Plaine pour rejoindre en train Genève. Le 3ème ballon finit à Giron, près de Bellegarde où l’accueil est moins enthousiaste. Le célèbre capitaine Charles Renard (1847-1903), en uniforme, est d’abord pris pour un espion étranger. Happy end … Tous rejoindront Paris, sains et saufs, via la Gare Cornavin genevoise.
Les plus lourds que l’air prennent bientôt la relève : Avant que Genève ne se décide pour un aérodrome sur le lieu de Cointrin, en 1920, la plaine de Cessy a fait l’objet de convoitises dès 1909. Dans les années 60 on a encore évoqué cette surface en vue d’y créer un aérodrome civil.
Le 7 septembre 1910, le Genevois Emile Taddéoli (1879-1920) réalise un vol de 15’, depuis Viry vers le Fort-l’Ecluse et retour. Il s’agit du 1er vol au-dessus de la campagne genevoise. En mars 1911, le Genevois Paul Wyss (1885-1958), aurait survolé Ferney-Voltaire avec son appareil Blériot XI
Le petit-fils du créateur des cures thermales à Divonne, René Vidart (1890-1928) pilote dès le début de 1910 (voir : Biogr.). Très vite un as de l’air, il remporte haut la main le meeting d’aviation de Plan-les-Ouates (GE) en 1911 sur son Deperdussin (voir : Récit. On lui doit l’existence temporaire d’un champ d’aviation à Divonne dès l’été 1911. Un meeting s’y tient le 6 août avec Vidart et le pilote local Demaille. Vidart doit être le 1er aviateur à avoir également survolé Gex et le 2ème sur Ferney. Il devient l’un des favoris des compétitions aériennes d’avant 1914 qui le font connaître dans toute l’Europe.
Vidart donne un 2ème meeting à Divonne le 14 juillet 1912 et vole dans la région durant plusieurs jours. Le 26 mai 1913 il y est de retour volant depuis Ambérieu où il forme désormais des pilotes. Le 26 septembre il fait un vol sur Nyon à l’occasion d’une vente de bienfaisance et accomplit de nombreuses randonnées sur la région à l’occasion de son séjour. Le 2 novembre, Vidart s’envole de Divonne pour le champ d’aviation de Collex-Bossy (GE), où il reçoit une coupe en argent, puis il survole la rade de Genève. Plus tard, blessé en combat durant la 1e Guerre mondiale il va perdre un bras et toute possibilité pratique dans l’aviation (voir : Biogr). Pendant cette guerre, rien d’aéronautique ne semble se passer dans le Pays de Gex.
A la fin des hostilités, de mai à novembre 1919, les biplans du Genevois François Durafour passent le col de la Faucille, en route vers Paris ou en revenant, avec un éventuel passager (Caudron G3, Farman, Sopwith). Dès mai 1922, les premières et peu nombreuses lignes commerciales arrivant à Cointrin, venant de Lausanne, Lyon ou Paris survolent le Pays de Gex. Le 28 juin, L’Allemagne signe le traité de paix à Versailles. Le jour même, Durafour jette depuis son avion des tracts sur Annemasse et Ferney-Voltaire pour annoncer la bonne nouvelle. Ces feuillets A4 bleus sont imprimés par le Journal de Genève et portent la mention "Distribué par avion."
La carlingue du Ju-24 qui s’est posé aux Maladières (La Faucille).
Le nombre d’appareils augmentant dans le ciel, leur chute est statistiquement prévisible. Un avion allemand de la Lufthansa, un Junkers F24ko (8 places) immatriculé D-896 "Düsseldorf", fait une chute dans les arbres aux Maladières, sur la route de la Faucille en ce samedi 18 avril 1931, près de la pension Scherrer. Une tempête de neige en est la cause. Il effectuait la ligne Barcelone- Marseille- Genève- Stuttgart. Le pilote Robert Untrucht et 3 passagères sont indemnes. Le radio Hejorich Pläging et le mécanicien Mathias Wirth sont blessés à la face. L’avion démonté sera descendu vers Cointrin, réparé et continuera sa carrière jusqu’en été 1939. Parti de Cointrin, un appareil identique s’était déjà écrasé vers le Fort-l’Ecluse, à Léaz, le jeudi 5 janvier 1928, à cause de la neige, mais sans faire de blessés (pilote Henke).
L’excellent pilote de St.-Imier Fernand Fluckiger, à bord d’un Moth avec lequel il a visité avec son épouse et en vol, Italie, Corse, Espagne Maroc, s’écrase au sommet du Colomby de Gex, le 2 juin 1932. On le retrouvera décédé, 2 jours plus tard. Auparavant, le 29 janvier 1932, suite au brouillard, il s’était posé près de Ferney-Voltaire et rejoignit Genève le lendemain (voir : récit).
Dès mai 1926, des cours de pilotage donnés à Cointrin amènent quelques autres appareils dans les cieux gessiens. L’un d’eux s’écrase près de Gex le 2 juin 1932, c’est un de Havilland DH-80A Puss-Moth, immatriculé CH-270. Un second Puss-Moth, anglais, qui se rend de Londres à Genève, est gêné par le brouillard et contraint de se poser à Bellegarde en avril 1935. L’avion finit très endommagé mais les 2 occupants sont indemnes : MM Ahmed Ibrahim Abdel Razek, attaché au ministère de l’air britannique et le passager Yehia Abeed Salam Le Alaly.
Le 25 août 1935, se tient un meeting aérien à Divonne, en mémoire de René Vidart décédé accidentellement en 1928. Plusieurs pilotes sont présents dont le Genevois Edouard Noverraz (acrobatie). Dans l’hiver 1935-36, les "Pou du ciel" non autorisés à voler en Suisse vont décoller dans la Plaine de Segny où ils s’abritent dans un hangar. Le 13 janvier, le Genevois Albert Perrin aux commandes de son 15cv (voir :Récit) ainsi que Reichenbach sur son 35cv, atteignent une altitude de 50m et réalisent chacun un véritable tour du terrain. En mars, Pierre Kuffer, de Gingins (VD), s’écrase en Pou près de la commune de Segny. Le pilote décèdera à 19h à l’hôpital cantonal genevois.
Le planeur a repris de l’usage en Allemagne dans les années 20 et pénètre en Suisse dans les années 30. Le 19 juillet 1936, au meeting aérien de Gex, Marcel Godinat enthousiasme les spectateurs avec son planeur acrobatique. Le 29 mars 1937, le Suisse Hans Sandmeier réalise un très long vol record avec son planeur. Parti de Kestenberg (bord du Rhin, Argovie) il rejoint Tannay/Divonne, après 209km de distance.
Le 27 octobre 1937, le Genevois Michel Martin part sur un planeur Grunau-baby, tracté par un avion depuis Cointrin, se laisse remorquer très haut près de la Faucille et débute son vol solitaire. Il atterrit finalement dans des arbres, dans le Jura français. Les chiens de chasseurs ne vont le retrouver, sérieusement blessé mais vivant, que le 1er novembre, au-dessus de Collonge-Fort-l’Ecluse et près du sommet. Sa jambe cassée doit être amputée. Il revolera en planeur pendant 40 ans encore, avec une prothèse (voir : Récit).
Durant la 2ème Guerre mondiale, le Gessien de Vesancy Jean Hotellier (1912-1996) est un pilote de chasse sur avion Curtiss dès 1940. C’est un "as" avec 6 victoires aériennes homologuées. Abattu, blessé, il connait la captivité. Après-guerre, il fera encore une riche carrière aéronautique militaire.
Après Guerre, les planeurs tractés par deux depuis le terrain de Prangins (VD) viennent tournoyer près des crêtes du Jura. Le 13 juillet 1947, Karl Ruckstuhl, quitte à 10h30 en planeur la région de Neuaffoltern (ZH) pour atteindre Cointrin en suivant les crêtes du Jura. Il doit se poser à Sauverny à quelques km du but, après 229km. Le 24 juin 1948 le planeur monoplace "Meise" (HB-381), parti de la région bernoise, est contraint à un atterrissage forcé sur la commune de Crozet par suite de mauvaises conditions atmosphériques (givrage). Le commissaire Grimaldi de la police de Bellegarde en a paraphé le log-book de l’appareil.
Les bouleversements de l’aviation commerciale
Jean Hotellier (1912-1996).
Cointrin veut s’ouvrir aux "jets" et doit allonger sa piste. Seule possibilité : du côté lac, mais il faut couper un morceau de l’Est ferneysien. Un échange de terrain (42ha) est négocié avec la France (1956) compensé en Suisse du côté de la douane de Mategnin, de Collex-Bossy, et accepté en 1958. Un acteur français de la négociation est le député-maire de Divonne-les-Bains : Marcel Anthonioz (1911-1971). Le restaurant Capucin Gourmand disparaît sous le tunnel routier et la grande douane de Ferney se construit. Dans ces accords : un secteur aéroportuaire français doit être accessible hors douane aux voyageurs venant de France. Suite à l’inauguration de l’actuelle aérogare en mai 1968, le secteur français s’ouvre à l’automne.
Vers 1996, le secteur français voit passer quelque 800.000 passagers par an, soit environ le 17% du volume global des voyageurs de l’aéroport. L’augmentation des emplois, du transport routier et de l’activité commerciale sur le Pays de Gex croissent en conséquence. Ceci implique que le nombre de vols a fortement augmenté et qu’une partie du trafic, par vent du Sud, décollant vers le Fort l’Ecluse puis remontant vers la Suisse ou Paris, survole les agglomérations gessiennes.
L’aviation privée et l’aviation d’affaire se sont développées en parallèle, augmentant leur impact sur la région ferneysienne.
Du côté de l’aviation très légère
Depuis 1960 Saint-Genis-Pouilly abrite le C.M.P.G. ou Club de Modélisme du Pays de Gex qui perdra son précieux "terrain des Puits" à la fin 1989.
En 1974, Claude Gelès, moniteur de vol à l’Aéro-club de Genève souhaite créer un Aéroclub du Pays de Gex, sans succès.
La naissance des ULMs importe également, ça et là, des objets volants dans les campagnes françaises, objets-volants qui ne peuvent être que français vu leur interdiction en Suisse. Daniel Meyer, de Pouilly, est le premier breveté ULM de la région en août 1986. C’est en septembre 1989 qu’il fait évoluer son propre "Weedhopper" pour la 1ère fois près de Saint-Genis.
Quelques avions légers heurtent parfois le Jura après leur décollage de Cointrin. Un avion Auster fait 3 blessés au nord de Farges le 10 août 1972. L’AS.202 Bravo HB-HFC tue ses 3 occupants le 29 mai 1977 à Perron-Rutey. Deux blessés à nouveau déclarés au-dessus de Farges, le 15 décembre 1986 (HB-HPN) ainsi que deux décès à Vesancy le 11 août 1987.
Quant au Jura, relief cousin et parallèle au Salève, il inaugure l’ère du loisir aéronautique avec le départ d’ailes Delta et de parapentes, du côté de la Faucille, de Vesancy. Secteurs à suivre....