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Premiers cours genevois de pilote de montagne et de glacier, en Valais, par Henri Golaz (1958-59) [5 vidéos]

 

Dès 1951 les aéro-clubs sont chargés du vol en montagne et la formation de pilotes. Le Genevois Henri Golaz est instructeur en 1954. En association avec le Valais, Genève donne le 1er cours romand ouvert à tout pilote privé (1958). Dès 1959, l’Aéro-club genevois offre son propre écolage instruit par Golaz. A 80 ans, Golaz organise son 35ème et dernier cours (1991) et cette activité perdure toujours aujourd’hui ! Presque aussi délicat que d’aponter sur un porte-avions, l’atterrissage sur glacier amène le pilote à la maîtrise absolue de son art dans un cadre splendide.


Beaucoup de monde sur ce glacier pour un cours de pilote de montagne de l’Aéro-club de Genève instruit par Henri Golaz (HB-OPF, ORZ, OLX, OPV, ORN).

Les ingrédients du vol en montagne : appareils, sites et connaissances météo

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Piper Supercub de 125 cv, hélice bipale, HB-OPU.

Dès 1946, l’aviation de haute montagne a débuté en Valais, pratiquée à l’origine par les militaires pour des secours exceptionnels. Dès 1951, les aéro-clubs de Suisse en sont chargés et les 1ers pilotes sont formés en Valais par Victor Hug puis par l’OFA : Fredy Wissel (1905-1994), Hermann Geiger, François Dulex, Georges André Zehr. En mai 1952, Geiger effectue les premiers atterrissages sur glacier et le 1er sauvetage d’un touriste. En 1954, le Genevois Henri Golaz participe au cours de l’OFA et devient à son tour pilote de montagne, puis instructeur dès 1955, à la suite d’un cours du capitaine René Thiébaud. Chaque hiver, Golaz va alors développer une nouvelle activité en Valais aux côtés de Geiger qui lui complètera sa formation in situ, accumulant ainsi les années d’expériences, de largages, atterrissages, décollages, sauvetage, connaissance des sites alpins, etc. Le décès accidentel de Geiger en 1966, lorsqu’un planeur heurte le Piper, est un choc et un drame personnel pour Golaz. La réaction du Genevois sera de poursuivre l’œuvre de moniteur du vol en montagne alors que le Valais ne semble pas prendre la relève de Geiger.

En 1952, l’appareil ad hoc pour l’écolage, toujours en activité aujourd’hui, reste le Piper Supercub (125-180cv). Machine légère, docile et robuste, elle a même traversé l’Atlantique dès 1953. Alliés aux 2 roues, les skis métalliques sont aussi américains, montés ou descendus grâce à un vérin hydraulique : 1,5m de long, 32 cm à l’avant et 20 à l’arrière, 50kg. Sur la roulette de queue figure également un patin. C’est tout !. Les avions genevois souvent présents sur les neiges seront notamment HB-OPF (150 cv), OPU, OLX (180 cv), ORF, ORN et PIC (récemment).

La technique du posé nécessite d’atterrir à une vitesse plus élevée qu’en plaine, 110-150km/h, avec l’obligation en bout de ligne droite d’orienter l’avion dans le sens nécessaire au décollage. Le posé peut concerner des pentes de plus de 20% qu’il convient de gravir à force d’hélice tout en garantissant le demi-tour final. Si l’avion n’a pu être mis dans le sens du départ, il faut trouver des bras pour le tourner à la main, dans la neige profonde, si celui-ci ne glisse pas en marche arrière, au risque de s’accidenter ! L’estimation de la dureté de la neige, du vent et des conditions aérologiques est bien-sûr indispensable au préalable car il n’y a pas de "touch & go" : l’approche est définitif. Même sur un port-avions on peut recommencer une approche, mais pas ici ! Quant au départ, s’il est en pente, il reste spectaculaire, comme un plongeon dans le vide !

Une expérience approfondie des conditions météos spécifiques aux régions alpines est donc nécessaire ou à acquérir. Egalement, une maîtrise absolue de l’avion est obligatoire (250h de vol) pour ne se concentrer que sur les phases proches du sol. Pour tout alpiniste et pour Golaz, cette aviation sur glacier est un nouveau moyen d’apprécier encore ces magnifiques Alpes. On compte alors près de 200 sites d’atterrissages sur glaciers qui sont divisés en 3 classes de difficultés et entourés de nombreux sommets de plus de 4.000m. Les glaciers du débutant : Tsanfleuron, Théodule, Plaine morte, Kanderfirn, Aletsch, Petit Combin, glacier du Breney, du Trient. Puis viennent des sites plus difficiles comme le glacier de la Jungfrau, Studerfirn, glacier du Gauli, etc. A l’extrême se trouvent : Plan Névé, Panerosse, etc. Dans les années 50s, les hélicoptères sont rares et surtout absents des montagnes. Seuls les courageux pilotes d’avions peuvent ravitailler les sites isolés, sauver quelques vies, surveiller les massifs ou déposer des skieurs et alpinistes.

Formation de pilotes privés en montagne durant l’hiver 1958-59 : 1ers succès

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Piper Supercub HB-PIC, hélice quadripale, 180 cv, au Aeschhorn (B.Morand).

Le 25 octobre 1958 débute à Sion (VS) le 1er cours d’atterrissage en montagne conjointement organisé par le Valais et Genève. Hermann Geiger et Henri Golaz en sont les instructeurs. Les élèves viennent de tous les cantons et même de l’étranger. Quatre mois plus tard, pour les 50 ans de l’Aéro-Club de Genève, Golaz met sur pied le 1er cours de la section genevoise, aidé de Georges Gorgerat, du 22 au 28 février 1959, qui connaît 3 élèves : Charles Stern (1914-1976) (voir : Biogr.), Roger de Siebenthal et Albert de Goumoëns (breveté 1935). Stern et Goumoëns seront des futurs présidents de l’Aéro-Club. Les élèves s ont regroupés sur l’aérodrome de Sion où l’on contrôle les appareils (HB-OPF, OPU) et l’aptitude des pilotes. Puis, dans un vol groupé, départ vers Zermatt ou l’on loge durant la semaine. Quant aux avions, ils redescendent chaque soir à Sion pour la nuit et pour contrôle.

Chaque matin aux aurores, après le briefing, l’escadrille se dirige vers les sites d’exercice. Les glaciers utilisés sont : Théodule, Otemma, Kanderfirn, Petersgrat, Blümisalp et Plan Névé. Selon la météo et l’avancement du cours on passe de l’un à l’autre en cours de journée, dans un décor majestueux comportant plusieurs sommets célèbres. La journée se terminera à 16h. Les efforts en altitude fatiguent plus rapidement les hommes, il faut se sustenter régulièrement. Golaz, calme et ferme, est un meneur d’hommes. Enthousiaste, il est aussi exigeant face à une nature redoutable en cas de distraction. La formation débute par l’atterrissage des 2 avions sur un même site. Les premiers essais se pratiquent en double commande puis le pilote est seul. A chaque atterrissage le moniteur fait ses commentaires et prodigue ses conseils. Dans un virage trop lent le ski intérieur peu trop s’enfoncer, dans un virage rapide le problème est l’extérieur, il faut trouver la bonne vitesse en regard de la neige présente, sinon l’appareil s’enlise. Le lundi, 76 posés sont réalisés puis 82 le mardi, surtout dans la partie centrale des glaciers, avec une légère pente de 10-12%. Puis viennent les pentes supérieures. Au sommet du Théodule la pente est sévère, le vent souffle plus fort, mais après 3 journées les élèves s’adaptent. L’ultime jour, ces derniers ont cumulé 545 atterrissages / décollages sur 7 emplacements. Quant à Golaz, il en a déjà 600 à son actif.

Puis l’avion en montagne se démocratise. Des 1961 on pratique le taxi des neiges en emportant des skieurs qui s’élancent depuis des surfaces inviolées. En 1969, lors du 10ème cours donné par Golaz, aidé de Jean Baer (voir : Récit), ce sont maintenant 10 élèves, dont 2 Français qui sont inscrits. Michel Favre, futur président de l’Aéro-club genevois est parmi eux. Cinq Pipers en escadrille se côtoient sur les mêmes glaciers nécessitant une discipline presque militaire (HB-OPF, ORN, ORZ, OLX, OPV). Les sites concernés sont : Tsanfleuron, Kanderfirn, Petit Combin, Rosa-Blanche, Breney, Trient, Croix-de-Cœur. Un total de 1.016 atterrissages et décollages est réalisé sur la neige ainsi que 76h39’ de vol.

Sport maîtrisé, avec beaucoup de réussite, où seule la météo n’en fait qu’à sa tête !

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Tableau récapitulatif du 1er cours d’atterrissage sur glacier de février 1959.

Dans les années 60-70 il y a souvent 2 formations par année. En 1973, au 18ème cours, 14 élèves sont présents. En 1976, au 22ème cours, ils sont 16 (1.361 atterrissages). Il est fréquent que des élèves reviennent par plaisir à plusieurs cours.

En 1984, au 29ème cours, le moniteur Golaz à 72 ans et toujours bon pied bon œil et l’on compte 7 Pipers sur chaque site. Faute de renouvellement de sa licence à 80 ans (1992), Golaz sera contraint à passer à regret la main à un successeur mais continuera à organiser ces cours aidé du nouveau moniteur.

Cette haute école des glaciers renforce les compétences des aviateurs tout en élargissant les sites où ils peuvent opérer et le service qu’ils peuvent rendre. Si l’on demandait en 1958 qu’un pilote de glaciers soir d’abord montagnard, cela n’est plus le cas aujourd’hui tant la technique est fiable après plus de 50 ans de pratique.

Si l’on comptait 200 sites d’atterrissages alors, les skieurs ou écologistes ont réduit ce chiffre à 46, qui reste stable depuis des dizains d’années.

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L’insigne de "Pilote des glaciers" existe en or et en argent.

Jusqu’en 1986, les 28 premiers cours genevois ont regroupé 250 élèves qui ont réalisé quelque 11.000 atterrissages.

Il faut un minimum de 50 posés pour qu’un pilote puisse obtenir alors son extension "vol en montagne" et 200 pour pratiquer un usage commercial.

Selon la météo, un cours peut toucher de 6 à 16 sites différents de glaciers et regrouper de 3 à 5 appareils. La météo reste la dernière donnée aléatoire, mais cruciale dans ce sport, pour qu’il soit possible d’utiliser la majesté des sites alpins.

 

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Le Super-Cub HB-OPF, baptisé "Jean-Pierre Courvoisier", qui sera employé de 1956 à 1987 à l’Aéro-Club de Genève.

 

Par : Jean-Claude Cailliez
Le :  jeudi 6 avril 2006
Valais 1958 : Hermann Geiger se promène en Super Cub et nous en parle (sonore, 02’50’, 100Mo). nécessite le plugin QuickTime 7.1.3.
Pilotes de glacier (03.1976), extrait du film (DVD) de l’Aéro-Club de Genève (sonore, couleur, 2’55’’, ≈136 Mo), Format QuickTime.
Jean Mabilia raconte (2003) (vidéo, couleur, sonore, 5’’’, ≈98 Mo). Format QuickTime
Alpes 2005 : Patrick Rasmussen nous résume tout cela au glacier de la Rosa-Blanche (musical, 06’, 165Mo). Format QuickTime.
Le vol sur glacier à l’honneur sur TSR1 : Michel Favre et Blaise Morand (10’, sonore, 181Mo). Images : Télévision Suisse Romande ; émission "Dolce vita" des 29-30 avril 2009. Format QuickTime, 7.1.3 minimum.
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