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Premier meeting aéronautique à Cointrin : une imposante attaque aérienne militaire (1922) [2 vidéos]

 

Avec un peu de retard on inaugure officiellement l’aérodrome de Cointrin par un meeting d’aviation militaire. C’est aussi l’entrée en fonction du directeur le lieutenant Marcel Weber. Ainsi, quatre escadrilles vont "se faire la guerre" au-dessus d’une foule étonnée qui n’a pas vu beaucoup d’avions depuis l’année 1913, ni autant à la fois. Quant au monde civil, il est représenté par un gros avion de ligne Farman Goliath. C’est une magnifique journée aéronautique sous le ciel bleu.


Mai : reprise de l’activité de Cointrin. Devant le Junkers F-13 d’Ad Astra, de g.à d. : Marcel Weber (2e), Emile Charbonnier, ingénieur cantonal (6e), le pilote Pillichody (8e), le copilote (10e), Eugène Trollux (12e) journaliste à la Tribune de Genève. Sur l’aile Louis Demaurex et l’apprenti.
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  • Pour l’inauguration des bâtiments de Cointrin, utilisés depuis 18 mois déjà

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    Le programme du meeting.

    Après 18 mois d’utilisation comme place d’aviation, l’aérodrome de Cointrin et ses nouveaux bâtiments vont finalement être inaugurés officiellement. Ces bâtiments consistent en 2 petits hangars en bois permettant d’abriter une dizaine d’avions, d’un atelier et d’un bâtiment administratif qui comprend une buvette au rez de chaussée et les appartements du directeur. Il possède également une installation de radio et de radiogoniométrie. La surface de l’aéroport mesure 54ha répartis entre la route de Prevessin (aujourd’hui l’avenue Louis Casaï) et la route de Meyrin. L’activité commerciale a repris depuis le début du mois, reliant Genève à Lausanne et Paris, ou à Lyon ou encore à Zurich vers Munich et Nuremberg. Le nouveau directeur de Cointrin a été nommé, il s’agit du pilote et lieutenant carougeois Marcel Weber (voir : Biogr.) qui prendra officiellement ses fonctions le 1e juin mais déjà présent.

    Un meeting militaire d’aviation va entériner cette inauguration. Prévu d’abord les 13 et 14 mai, il est reporté pour raison de mauvais temps. L’événement se tiendra le dimanche 21 mai 1922. L’organisation est mené à l’initiative du Club Suisse d’Aviation, conjointement avec l’Aérodrome de Cointrin, l’Association des Intérêts de Genève et l’Etat de Genève au bénéfice du "Développement Aéronautique et de l’Aviation Genevoise".

    Le programme alléchant est le suivant : la veille à 16H, arrivée des escadrilles. Le dimanche à 10H, visite des appareils. De 15 à 18H, évolutions des avions militaires dont Haefeli, Hanriot et Zep, avec une attaque prévue de l’aérodrome par une escadrille de Haefeli, la défense de Cointrin par une escadrille de Hanriot, Bombardement simulacre d’un point marqué sur le terrain par une escadrille de Zeps, vols de précision et artistiques, exercices d’acrobatie, etc., puis départ des escadrilles. Quant au prix des places ils ne sont pas donnés : samedi 1,10F. Dimanche : visite appareils 1,10F ; meeting l’après-midi, tribune 5,50F, enceinte réservée 2,20F, pelouse 1,10F (9F actuels). Parking des automobiles dans l’enceinte réservée : 2,20F.

    Le département militaire envoie à Genève ses meilleurs équipages

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    Les 6 Zepp LZ C-II 2 suisses. Le pneu au soleil est bâché.

    Ce sont finalement 20 avions militaires qui partent de Dübendorf et de Thoune le samedi après-midi pour participer à la manifestation, sous la forme de 4 escadrilles. La 1e est commandée par le 1e-lieutenant Edgar Primault menant 5 appareils Haefeli DH-3. La 2e comprend 5 avions Zepp de bombardement, elle est dirigée par le 1er lieutenant Ch. Haeberli. Le 1er lieutenant Walter Burkhard commande l’escadrille de chasse équipée de Hanriot HD-1. Au sol, l’escadrille de commandement revient au capitaine Fritz Rihner qui, de plus, a l’aérodrome de Cointrin sous ses ordres pendant toute la manifestation.

    Le Hanriot HD-1 a connu son succès sur le front parmi les troupes alliées durant la 1e Guerre mondiale. La Suisse acquit 16 de ces biplans monoplaces à moteur rotatif pour l’entraînement au combat aérien et le vol en formation. Ils portent sur le fuselage les codes 651 à 666. Les 20 exemplaires du biplan Zepp LZ C-II 2 sont issus de l’usine Zeppelin de Friedrichshafen, acquis sur le marché noir allemand et arrivés clandestinement en Suisse ; ils auraient dû être détruits après la guerre. L’armée suisse les intégra en octobre 1920. Ils sont employés à la reconnaissance à grande distance et haute altitude et équipés de lance bombes. Ils sont codés 801 à 820. Quand aux biplan Haefeli DH-3 ils sont de construction suisse (Ateliers fédéraux) et équipent les troupes d’aviation depuis 1917. Les appareils venus à Genève sont des DH-3 (M IIIa) de 1919, codés 540 à 544, biplan biplaces à moteur Hispano-Suiza de 150cv, équipés d’une mitrailleuse au poste arrière et utilisés pour la reconnaissance et l’entraînement.

    Dans la soirée un dîner a réuni les organisateurs, les délégués des autorités, les pilotes au nom desquels le capitaine Rhyner prit la parole. Des hautes "huiles" de l’état-major sont présentes, preuve de l’intérêt de ce meeting, dont le colonel d’état-major Immenhauser "chef-d’arme" des aviateurs, ainsi que le major A.Müller, chef de l’aérodrome de Dübendorf. Il y a pas d’officier genevois semble-t-il ?

    Un meeting aérien sous le signe de la guerre aérienne

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    Les 4 avions Haefeli DH-3 (M IIIa).

    Le dimanche, le spectacle n’est pas banal et le public va avoir l’occasion de voir évoluer différent types d’appareils dont notre armée est équipée et qui servent aux divers aspects de la guerre aérienne. Hormis la courte visite de quelques avions militaires à Saint Georges (GE) en 1919 (voir : Récit), c’est la 1e fois que les Genevois découvriront aussi leur 5e arme en action. On le sait aujourd’hui : on ne verra plus à Genève ce type de démonstration.

    A 15h précise, avec une exactitude toute militaire, l’escadrille de Haefeli prend le départ, suivi peu de temps après par les gros Zepp au moteur de 200cv. Puis les Haefeli se posent. Bientôt on voit reparaître du fond de l’horizon les Zepp qui, mécontents de l’accueil reçu à Genève viennent bombarder l’aérodrome ! Les petits avions de chasse heureusement sont là. En un clin d’œil les Hanriots gagnent les cieux décollant de conserve et durant 25 minutes c’est dans les airs un continuel crépitement de balles à blanc. Les mitrailleuses des agressifs chasseurs font cependant leur besogne et après une lutte acharnée les Zepp tournent le dos et s’éloignent. Ni morts ni blessés, mais l’aérodrome l’aura échappé belle !

    Ce simulacre de combat en 3 dimensions est très bien réalisé et captive réellement des spectateurs haletants. Puis les vainqueurs nous donnent une éblouissante exhibition acrobatique pour fêter cette victoire : débauche de vrilles, feuilles mortes et figures variées de voltige. Epatant ! Quand on voit dans le ciel tournoyer et virevolter ces Hanriot ils ressemblent à "de véritables hirondelles par la grâce de leurs évolutions et la foudroyante rapidité de leurs pirouettes.". Pendant 3h les escadrilles vont ainsi évoluer dans le ciel bleu à la grande satisfaction du public genevois.

    Le secteur civil est représenté par le grand avion de ligne des années 20

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    L’airbus des années 20, un ancien bombardier amélioré.

    Les Lausannois désireux de s’associer à la manifestation ont envoyé un délégué peu ordinaire, en la personne du Farman Goliath. Le gigantesque avion bimoteur (14m de long , envergure de 28m) fait hebdomadairement le service Paris—Lausanne pour la Compagnie Générale des Express Aériens, parcourant les 450km en 3h. La ligne fut inaugurée le 27 octobre 1921, ouverte en novembre et l’avion était encore présent à Cointrin le 1e janvier. Pour le meeting, il est venu passer quelques heures à Cointrin, amenant ses d’invités. Piloté par René Labouchère (1890-1968), le F-ADDS "Verdun" de 13 places a fait en fin de journée une démonstration de ses possibilités toute en douceur, de quoi rassurer de futurs passagers. Au sol, le Junkers F.13, la "limousine" d’Ad Astra Aero, piloté par Henri Pillichody (1893-1980), emportera lundi 4 passagers sur la ligne Genève-Nuremberg.

    La manifestation a été réussie en tous points et sans le plus léger accroc, "elle a constitué une fort belle manifestation patriotique, et la population genevoise, qui s’était portée en foule vers l’aérodrome installé de façon assez rudimentaire (pour le moment seulement, espérons-le), aux portes de la cité du Rhône, a montré un grand enthousiasme. Elle a éprouvé et manifesté un légitime orgueil en admirant la maîtrise, l’impeccable discipline de nos pilotes militaires.".

    Au musée des troupes d’aviation de Dübendorf on peut encore voir aujourd’hui un bel exemplaire du Hanriot HD1 (no.653) mais il n’a hélas pas été conservé de Zepp ou de DH-3. Le jour du meeting décède le célèbre peintre Genevois H.C.Forestier dont le nom sera donné à la route longeant Cointrin qui rejoint les locaux de l’Aéro-club.

     
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    Zepp LZ C-II 2v

     

    Par : Jean-Claude Cailliez
    Le :  jeudi 1er juin 2006
  • Pour plus d’information, voir : La Patrie Suisse no.749 du 07.06.1922, pp:135-137, 9 ills
  • Le Farman Goliath sur Paris-Lausanne-Genève (vidéo, couleur, sonore, 01’51’’, 39Mo).
    Visites de la Troupe d’aviation à Cointrin en 1922 et 1927 (sonore, 02’,30’’, 51Mo). Nécessite le plug-in Quick-Time 7.1.3 minimum.

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