Le site des pionniers de l’aéronautique à Genève 
Des Genevois chez eux ou ailleurs et des étrangers dans Genève 
 | Agenda | Plan du site  | Pionnair-GE in Deutsch | Pionner-GE in English | Espace privé 
 
 
Vingt cinq ans de poste aérienne suisse et son histoire sur le canton de Genève (1944) [vidéo]

 

Huit mois après la traversée de la Manche par Louis Blériot, un 1er courrier est transporté par avion en Inde et les pays européens développent ce service. En Suisse, les expériences ont lieu en 1913. C’est en 1919 qu’est organisée par les militaires une 1ère ligne postale officielle qui relie Genève. La poste est ensuite prise en compte par les compagnies aériennes helvétiques. Des vols postaux suisses se font aussi par planeur et même par une fusée. En 1944, on fête les 25 ans de la poste aérienne suisse en revivant les étapes de 1919.


Le DC-2 de Swissair porte le courrier commémoratif des 25 ans de la poste aérienne suisse sur la ligne Zurich-Genève. Il est peint aux couleurs de neutralité de façon à être épargné par les avions en guerre qui pénètrent parfois en Suisse.

Le premier envoi postal aérien au monde naît dans les colonies !

JPG - 9.5 ko
Chargement postal d’un Haefeli DH-3 (M III) militaire en janvier 1919 à Zurich.

Quelque 18 mois après la célèbre traversée le la Manche par Louis Blériot, dans l’Empire britannique, le pilote Henri Péquet (F) réalise le 1er vol postal au monde. Sur son Sommer à moteur Gnome de 50 cv, parti d’Allalabad aux Indes, il relie Naini, à 10km de là, le 18 février 1911, avec 15kg de courrier soit quelque 5.000 lettres. Le fret postal est né. L’Italie suivra le 29 novembre grâce au pilote Alberto Verona, sur son Blériot, entre Milan et Turin. Le 18 février 1912, Hermann Pentz, sur un Grade, transporte 500 plis de Bork à Brück (D). En France, le Lt Robin convoie une lettre de Paris à Bordeaux. Postée à Tourcoing à 20h elle rejoint son destinataire le lendemain à 9h30 à la frontière espagnole (15 oct.1913).

En Suisse les premiers essais sont liés à une vingtaine d’événements occasionnels en vue de réunir des fonds pour créer la future troupe d’aviation (Nationalspende). En 1913, une collecte nationale est organisée et de nombreuses "Journées d’aviation" n’ont pour but, au travers d’envois postaux aériens, que de remplir cette cagnotte. Les vignettes postales utilisées sont complétées d’un cachet lié à l’événement. Le 1er vol se tient le 9 mars et l’un d’eux peut concerner 12.000 lettres ou cartes (80kg). Les pilotes en vol dépassent souvent la concurrence terrestre, "le grand frère qui fume" (train) et "la petite sœur qui fait de la poussière" (automobile). Parmi les "pilotes postaux" de cette période, on compte le Genevois Emile Taddéoli (voir : Biogr.). La 1e Guerre mondiale stoppera le développement de la poste aérienne même si les militaires l’utilisent pour leurs besoins à l’intérieur du pays. Ce service reprendra de plus belle après l’armistice, employant les nombreux pilotes et avions démobilisés.

La 1e ligne régulière suisse est une ligne postale pouvant embarquer un passager

JPG - 17 ko
Une enveloppe postée à Genève pour marquer les 25 ans de la poste aérienne (Ph. : Chr.Noir).

En janvier 1919, le major Arnold Isler (1882-1941), Cmdt des troupes d’aviation crée la 1ère ligne aéropostale Zurich—Berne. Le courrier standard jusqu’à 250g est complété d’un timbre de surtaxe de 50ct (3F actuels). Le 1e février, la ligne est prolongée jusqu’à Lausanne-Blécherette et le 30 avril jusqu’à Genève-Saint-Georges (voir : Terrain). Les premières semaines, seules les lettres, puis les paquets sont transportés. Dès le mois de juin, des passagers sont également autorisés à utiliser la ligne. L’avion est un biplan monomoteur Haefeli DH-3 (M III), dont la vitesse frise les 120 km/h par temps calme. Il ne peut emporter qu’un passager à la place de l’observateur, derrière le pilote. Parmi ces pilotes, le Genevois Marcel Weber mène 150 voyages (voir : Biogr.). Un vol Genève—Zurich, avec escale à Lausanne et Berne, dure 2h20’, à 95km/h, et coûte 300 francs (2.500F actuels). L’exploitation de la ligne n’est pas aisée, beaucoup de vols sont annulés à cause du mauvais temps. La ligne pas assez fréquentée n’est donc pas assez rentables. Le service jusqu’à Genève est supprimé après 6 mois, le 31 octobre, même si 246 passagers et 23.530 envois postaux ont été transportés depuis le bout du lac. Quelque 500.000 du million de timbres marqué de rouge sont utilisés. Malgré tout, le bilan technique est organisationnel de cet essai de 1919 reste positif (voir : Récit).

Sur une autre ligne aérienne le 25 mai 1919, le Genevois François Durafour est le premier à apporter par avion, de l’étranger vers la Suisse, un courrier aérien sur Paris—Genève (voir : Récit). Le courrier postal est ensuite pris en charge par les compagnies aériennes qui se créent en Suisse, utilisant des avions et des hydravions. Ces compagnies fusionneront pour ne donner ce monopole qu’à l’unique Swissair en 1933. Le courrier est alors intégré dans le réseau suisse depuis novembre 1920 souvent par des vols nocturnes. En juin 1922 le réseau suisse est relié au réseau européen et notamment Genève grâce aux avions Junkers F-13 de Ad Astra Aero (à 4 passagers) qui embarquent 6 sacs de courrier (50kg) vers l’Allemagne. Seuls les hivers limitent encore ce service postal aérien régulier.

A noter que le courrier genevois est oblitéré en ville, à la Poste du Mont-Blanc, très tôt le matin, pour être transporté ensuite vers les avions. Ce n’est que le 19 avril 1927, au début de la saison aérienne qu’est ouvert un bureau de poste à l’aéroport de Cointrin fonctionnant jusqu’en novembre. On verra exceptionnellement des vols postaux réalisés à l’aide de planeurs dès le 31 août 1930, surtout en Suisse allemande (1 vol : 7.000 cartes), mais parfois planant jusqu’en Italie (Milan, 13.02.1933), en tout une dizaine de vols.

Le 27 juillet 1935 l’ingénieur Gehardt Zucker réalise le 1e vol postal anecdotique en fusée depuis Säntis. En 1938 se crée la fondation Pro Aero pour promouvoir et développer l’aviation en Suisse en récoltant des fonds. Cette fois-ci 13 avions de divers aéro-clubs de Suisse transportent quelque 133.000 plis, ornés de timbres spécifiques, sur 154 étapes helvétiques le 31 mai. Ce sont 10.318 courriers qui partent ainsi de Genève. L’expérience est reprise en 1939 avec 11 appareils, le 6 mai 1939.

Les 25 ans de la poste aérienne suisse à Cointrin

JPG - 7.1 ko
Otto Heitmanek (1903-1964).

La 2ème Guerre mondiale réduit les déplacements aériens civils suisses à l’essentiel puis au minimum. Swissair déplace sa flotte au Tessin continuant les vols vers le sud (Italie, Espagne) jusqu’à l’entrée en guerre de l’Italie. Les DC-2 et DC-3 de la compagnie sont alors peints de bandes aux couleurs rouges et banches, sur les ailes, la carlingue, le nez, qui copient les "bandes d’invasion" qu’utilisent les alliés depuis le débarquement en Normandie. On n’est jamais à l’abri d’un appareil militaire des belligérants qui ne respecte pas la frontière suisse. D’autre part, le DC-3 est utilisé en masse par les alliés.

En 1944, les PTT commémorent les 25 ans de la poste aérienne suisse et émettent un timbre anniversaire de 1,50F illustrant un DC-2 de Swissair immatriculé HB-IRI. Le jour de cet anniversaire, le 20 septembre, il s’agit toutefois du DC-2-115B, le HB-ITE de Swissair, qui officie pour ce vol spécial. Le pilote, le 1er Lt Otto Heitmanek (1903-1964) et son radio Guyer, effectuent le vol Zurich-(Dübendorf)- Berne (Kirlindach)-Lausanne (Blécherette)- Genève (Cointrin) aller et retour emportant des officiels à bord. On dépose du courrier à Berne et Lausanne puis l’avion atterrit à Cointrin à 14h15. Quelque 85.650 courriers sont transportés ce jour là, dont 21.886 au départ de Genève incluant 6.716 recommandés (250kg), tous marqués du cachet spécial de l’événement, dans 20 sacs postaux. Parmi ce courrier, de nombreux plis sont émis par et pour les philatélistes et comportent en supplément 3 timbres émis le 1er septembre représentant les avions Haefeli DH-3 de 1919 (10ct), le Fokker de 1930s (20ct) et le Lockheed Orion de 1933 (30ct). Une bonne heure après son arrivée, le DC-2 s’envole de Cointrin où l’autorité militaire avait interdit l’accès à l’aérodrome aux journalistes.

Otto Heitmanek, du canton de St-Gall, fut pilote d’usine aux USA (150.000km de vol) et entra chez Swissair en 1931. Il a déjà fait le 1er vol postal nocturne de Swissair le 1er mai 1934, sur Bâle—Francfort. Il est encore un pilote militaire. Le 11 juillet 1938, il atteint son 1er million de km aériens. Bien connu à Genève, le 24 novembre 1946, il réalisera le 1er vol direct de New-York à Genève-Cointrin, en 16h39’, aux commandes du HB-ILA de Swissair (DC-4 de 55 places). Le 3 août 1947, il bouclera ses 2 millions de km aériens en menant, au départ de Genève, le 1e vol de Swissair vers l’Afrique du sud (DC-4), sur 10.320km, réalisé en 31h15’ à la moyenne de 330km/h, rejoingnant Johannesburg le 6 août.

 

JPG - 30.3 ko
Dès l’été 1944, quatre zones des avions de Swissair seront recouvertes de bandes rouges et blanches en signe de neutralité. Le DC-2 et surtout le DC-3 "Dakota" étaient aussi des avions militaires américains (HB-ITE).
Par : Jean-Claude Cailliez
Le :  jeudi 1er juin 2006
  • Pour plus d’information sur l’aéropostale genevoise, voir : Regard sur Meyrin, de Ch.Noir, Ol.Steinhauser, D.Ritter. Par le Club Philatélique de Meyrin, 1995, 132p., ills, disponible au CLub Philatélique de Meyrin, site internet
  • DC-2 et DC-3 de Swissair aux couleurs de la neutralité (1940, vidéo N&B, sonore, 1 min, 25Mo), nécessite le plugin QuickTime 7.1.3 minimum.

    Vous êtes ici : Accueil > Récits > Vingt cinq ans de poste aérienne suisse et son histoire sur le canton de Genève (1944) [vidéo]