Le site des pionniers de l’aéronautique à Genève 
Des Genevois chez eux ou ailleurs et des étrangers dans Genève 
 | Agenda | Plan du site  | Pionnair-GE in Deutsch | Pionner-GE in English | Espace privé 
 
 
Une soucoupe volante pour l’armée américaine, le projet palpitant de John Domenjoz (1935-36)

 

Le Genevois des Pâquis et ancien pilote d’acrobatie aérienne John Domenjoz s’est essayé au vol à voile en utilisant de véritables voiles en tissu ! Le voici qui veut remplacer les ballons d’observations militaires par des sortes de méduses volantes indestructibles. Plusieurs années d’études et des brevets se cachent derrière l’histoire du "Parachute artillery spotter", une sorte de "soucoupe volante" animée, une curiosité qui n’eut pas de développements.


L’image étonnante du projet de Domenjoz dédié à la fonction d’observateur aérien militaire dans une zone de combat, armé, en remplacement des anciens ballons captifs (1936).

Un inventeur plein d’idées, hors des sentiers battus et attiré par l’observation aérienne

JPG - 12.8 ko
Principe de fonctionnement global de l’a sustentation.

John Domenjoz (1886-1952) connaît une carrière passionnante lorsqu’il forme des pilotes chez Blériot près de Paris (voir : Récit) ou dans l’armée américaine aux USA (voir : Récit). Ami et collègue de Ch.Pégoud, il est aussi l’un des meilleurs acrobates aériens des années 1913-20, à bord de son Blériot, bourlinguant sur plusieurs continents (voir : Récit). Après la 1ère Guerre mondiale il veut apporter sa part au vol à voile naissant en testant une solution quasi impossible : l’ajout d’un mât et de voiles en tissu sur un planeur ! (voir : Récit). Demenjoz, qui est entre temps venu s’installer aux Etats-Unis de façon définitive, à New-York, poursuit ses recherches en aéronautique tout et travaillant comme ingénieur en mécanique de précision pour cette industrie et en fabriquant d’outillage (voir : Biographie)

Depuis 1931, il a 45 ans, Domenjoz pense à un concept dont l’ambition serait de se passer des ballons captifs utilisés par les militaires pour l’observation du champ de bataille et le réglage des tirs d’artilleries. Ces ballons, surnommés "saucisses", sont à la merci des obus adverses, des tirs des avions, sont inflammables et nécessitent beaucoup d’hommes et des véhicules pour modifier leur point d’ancrage et leur emplacement. Cela, sans compter la consommation en gaz léger utilisé pour les tenir en l’air qu’il faut régulièrement compléter ou remplacer. Domenjoz dessine un appareil dont le nom français n’existe pas mais se nommera aux USA plus ou moins "observateur parachutable d’artillerie".

Le projet d’un observateur aérien léger, mobile et autonome

JPG - 11 ko
Détail du mécanisme de la canopée circulaire flexible.

Domenjoz dépose en France un 1er brevet en août 1932, décrivant un appareil constitué d’une nacelle d’observation équipée d’un moteur qui actionne un piston vertical. Ce piston va alternativement monter et abaisser une corolle circulaire flexible un peu semblable à la manière dont les méduses se déplacent en mer. Le mouvement vers le haut du piston ouvre le sommet de la coupole alors que celui vers le bas se fait coupole fermée. Ce battement du sommet de la coupole doit permettre de comprimer l’air, de s’élever, de se maintenir en l’air en jouant sur le diamètre d’ouverture sommital. Il doit aussi permettre de se déplacer horizontalement par le déplacement du poids de l’observateur dans sa nacelle. Nb : Chez les méduses, c’est le bas de la corolle qui est animé et non pas son sommet.

Dans le brevet déposé au United States Patent Office (no.2.000.068) en juin 1934, on devine un mécanisme complexe visant à gérer l’orifice au sommet de la coupole ainsi qu’un élément au centre de cet orifice. Cette ouverture est donc finalement annulaire. De plus l’élément au centre de l’orifice abrite un modeste parachute qui peut être déclenché par le passager pour une descente de sécurité. Quant au grand diamètre du bas de la coupole, il est relié à la partie du moteur et de l’habitacle par de nombreux câbles verticaux ou cordes formant un rideau circulaire presque trop important devant les yeux d’un potentiel observateur logé à bord. Le brevet est rendu public en mai 1935.

La version grand public du "Parachute artillery spotter"

JPG - 5.4 ko
Le parachute de sécurité sommital se déploie.

A ce stade théorique, le projet mûrit encore et finit par apparaitre sous une forme très réaliste en février 1936 dans le célèbre journal populaire dédié à tout inventeur nord américain : Modern Mechanix. Pulsant dans le ciel l’appareil dit offrir une meilleure manœuvrabilité, une plus grande sécurité pour le pilote, lui permettre de faire varier son altitude et de se passer définitivement d’une équipe au sol. L’appareil possède maintenant une véritable dérive arrière et l’on voit les gaz d’échappement du moteur, dit léger, expulsés vers le bas. L’observateur est alors armé d’une mitrailleuse et fait contrepoids au moteur reculé. Mais surtout, le lien entre l’habitacle et la corolle se fait via une armature, en squelette rigide, laissant toute la partie du haut de la coupole pulser ou battre pour la sustentation et offrant une vue dégagée pour l’observateur. Celui-ci ne se balade plus dans sa nacelle mais doit pouvoir faire tourner tout l’ensemble à l’aide de la dérive arrière qui reçoit l’air pulsé par la coupole. Un parachute est toujours lové au même endroit au sommet de l’appareil, ce qui n’exclut pas que l’homme en porte un second. On n’imagine pas très bien comment se fait le déplacement latéral ou en avant, mais le résultat est très ... science-fiction ou ... bande dessinée, selon le lecteur.

On peut se poser la question de savoir si ce concept marche... probablement... ( ?) Mais que penser de l’homme sanglé à bord qui doit être malmené par les secousses générées par la canopée pulsative ? Cela fait trop penser aux premiers essais d’hélicoptères qui sautaient comme des puces sous un rotor animé également du mouvement du haut vers le bas. Trop de secousses peuvent brouiller la vue d’un homme, ce qui serait un handicap pour la mission principale de l’’observateur qui est à bord. Quant à tirer à la mitrailleuse sous ces spasmes, cela doit être probablement très imprécis en termes d’atteinte d’un objectif.

JPG - 8.5 ko
Couverture de Modern Mechanix de février 1936.

Le douloureux exercice de la 2ème guerre mondiale montrera que très peu de ballons captifs sont ancrés pour l’observation d’un ennemi devenu très mobile depuis 1918, excepté sur la frontière suisse où les aérostiers jouent encore un rôle passif. Pour l’observation aérienne américaine sont nés de minuscules avions biplaces tels le "Piper Cub" ou le "Stinson Sentinel" ainsi que d’autres appareils plus ou moins sophistiqués utilisés également depuis le sol ou en mer.

Cet américano-suisse est immortalisé au Air & space museum à Washington

Quelques années après son retour aux USA, Domenjoz, qui réside à Long Island, fait une demande de naturalisation américaine qui lui est accordée (1937). Pendant la 2ème Guerre mondiale il est inspecteur chez Pratt et Whitney (moteurs), participant à plus de 50 ans à l’effort de guerre. Ailleurs, et dès 1915, il est déjà recensé dans les "Vieilles tiges" américaines, appelées "Early Birds" et regroupant les 600 personnes qui ont volé en solo sur le sol américain avant le 16 décembre 1916, date d’entrée en guerre des USA dans la 1ère Guerre mondiale. Mais encore, vers 1950, le Smithsonian Air & space museum de Washington rachète un vieux Blériot XI d’époque, figurant dans un petit musée de Long Island. C’est celui que Domenjoz utilisa pour ses démonstrations de voltige aérienne dans les années 1916-20. L’appareil sera restauré à la fin des années 70 est depuis 1979 exposé à un nombreux public montrant le nom de Domenjoz écrit en grosses lettres sur l’intrados des ailes. John Domenjoz n’aura pas connaissance de cela lorsqu’il décède de diabète au début 1952. Mais cet appareil, le plus ancien et authentique que possède ce célèbre musée, constitue la meilleure publicité à la mémoire de la carrière de ce pilote genevois méconnu en Suisse.

 

JPG - 63.6 ko
Les 7 figures du brevet américain no. 2.000.068, de juin 1934, de John Domenjoz.
Par : Jean-Claude Cailliez
Le :  mercredi 13 décembre 2006
  • Pour plus d’information, voir : United States Patent Office (USPO). Patent 2.000.068 "Aeronautical Machine". Application 13.06.1934, published 07.05.1935. Serial 739.422. Classe 244.113. By John Auguste Domenjoz, New-York.
  • Vous êtes ici : Accueil > Récits > Une soucoupe volante pour l’armée américaine, le projet palpitant de John Domenjoz (1935-36)