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Théodore SCHAECK (1856-1911) : ou l’apologie du ballon suisse et des aérostiers militaires

 

Formé à une époque où les aérostiers sont les rois de l’air, le Genevois Théodore Schaeck va réussir à créer le premier bataillon aérien militaire de Suisse et fédérer les diverses structures civiles helvétiques pour fonder l’Aéro-club de Suisse. Excellent aéronaute, il sort largement co-vainqueur de la Coupe Gordon Bennett de 1908.


ortrait de Théodore Schaeck en uniforme de colonel de la Troupe fédérale d’aérostiers suisses.

Une riche carrière au sommet de l’armée suisse

Le 25 avril 1856, Théodore (Charles André) Schaeck naît à Genève de parents immigrés originaire de Bohème. Son père architecte, l’un des associés du cabinet Schaeck-Prevost, épousa une dame Viollier. Etudes primaires et secondaires à Genève, études universitaires à Zurich (Polytechnicum) il les poursuit dans des établissements techniques à Karlsruhe, Vienne et Dresde. Breveté avec un titre d’ingénieur, ce Genevois et Suisse d’adoption grimpe rapidement les degrés de la carrière militaire tout en s’intéressant à l’aérostation.

En 1876, il termine son école de recrue de pontonnier. Via l’école d’aspirant du génie Schaeck est breveté lieutenant en 1878 puis 1er lieutenant en 1882. En tant qu’instructeur et commandant de cours, il mène de nombreuses formations différentes tout en étant chargé de missions particulières. Nommé capitaine de l’état-major général en 1884, Schaeck a 28 ans et brûle rapidement les étapes. Dès 1891 il occupe les fonctions de colonel fédéral, chef de section au service de l’état-major général de l’armée fédérale. Il remplit cette haute distinction avec beaucoup d’habileté. Elle lui accorde une assez grande liberté, tantôt à Berne, à Rome, à Paris, à Londres, à Vienne ou à Berlin, il étude les questions du moment. En 1891, il est observateur aux manoeuvres de la 1ère division de gardes prussiens puis détaché aux grandes manoeuvres françaises de 1894 et 1897. En 1891, Schaeck a encore la responsabilité de la section du service de renseignement de l’état-major fédéral, et visite le parc aérostatique de Chalais-Meudon (F) ainsi que celui de Vienne (Aut).

Créateur de la troupe d’aérostier militaire puis de l’Aéro-club de Suisse

En 1899, il réussit à fonder la troupe fédérale d’aérostiers qui débute son activité près de Berne avec un seul ballon captif et quelques hommes (voir : Récit). Pro-germanique, le colonel Schaeck aime équiper sa troupe de matériel allemand, alors que le premier instructeur de cette unité est un français. L’unité s’étend à l’image de ce qui se fait depuis des dizaines d’années dans d’autres nations.

Puis Th. Schaeck devient l’un des fondateurs de l’Aéro-club de Suisse (AéCS), dont il est assume la présidence (mars 1901) jusqu’à son décès. L’historien français W.Dolfuss constate que "le colonel Schaeck ne croit guère au ballon dirigeable et pas du tout à l’aéroplane". En octobre 1905, il représente donc l’AéCS à la naissance de la Fédération Aéronautique internationale (FAI), et de 1905 à 1911. Face aux représentants français, allemands ou même anglais, le rôle de Schaeck à la FAI reste modeste (voir : Récit).

Schaeck concourre aux compétitions civiles de ballons de la Gordon Bennett. Sa renommée en est rehaussée lorsqu’il remporte la compétition d’octobre 1908, grâce à un trajet en ballon de 1.210 km, réalisé en 72h30’, de Berlin à la Norvège et en collaboration avec Emile Messner. Pendant 40 heures environ, l’équipage survole la mer du Nord sans voir ni la terre ni même un bateau. Plusieurs fois leur ballon descend au raz des vagues et ils ne croient pas pouvoir en réchapper ; ils écrivent alors sur une manchette et sur un col un dernier adieu à leurs familles laissées dans la patrie lointaine.... (Voir : Récit).

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Autre portrait du colonel Théodore Schaeck.

Seul "leader" en Suisse du "plus léger que l’air"

Th. Schaeck n’admet pas facilement que d’autres personnalités de Suisse veuillent moderniser la navigation aérienne en Helvétie. Il dirige à la fois l’aérostation militaire et l’aéronautique civile. Il va s’opposer notamment aux projets de dirigeable prônés par A.Liwentaal (1908). Ce dernier prétendra que Schaeck, pro-allemand notoire, oeuvrait implicitement à ce que les nations entourant l’Allemagne ne forment pas de force aérienne trop puissante.

En 1909, la Conférence de la FAI se tient à Zurich où Schaeck accueille les représentants des douze nations. Il participe là encore à la coupe Gordon Bennett pour aérostiers, ainsi qu’à celle de 1910 à Saint Louis aux USA (voir : Récit).

D’une apparence timide et douce, la voix faible mais assurée, ce modeste ne tire aucune vanité de ses réussites ou de sa gloire. La moustache gauloise, la tête inclinée, le geste un peu hésitant, il étonne ses interlocuteurs par ses grandes connaissances et sa culture. Patriote et plus souvent présent en Suisse-allemande qu’en Romandie, c’est malgré tout un ardent défenseur de Genève, notamment à l’étranger.

Théodore Schaeck appuie la création d’une école nationale d’aviation à d’Avenches (1911), puis décède après une courte maladie et une opération, à 55 ans (mai 1911). Il est enterré sans grande pompe au cimetière de Saint-George (GE), mais en présence d’autorités, de ses pairs et de nombreuses personnes. Dans un article du magazine suisse Aero-Revue de juin 1952, M. Chenevard cite l’étonnante information suivante : "Le fameux colonel suisse Schaeck, l’homme tatoué du cou jusqu’aux doigts de pied !" qui surprend ... sous l’uniforme... Serait-ce là l’origine d’une pratique qui aurait pu générer une infection létale ?

Par : Jean-Claude Cailliez
Le :  lundi 20 juin 2005
  • Pour plus d’information voir : la Tribune de Genève du 3 mai 1911 et voir aussi l’ouvrage : Luftschiffer (1893-1937), de Carl Hildebrandt, éditions Wabern, 1992, à la "Librairie ".
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