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1932, année calme avec son lot de brevetés, de disparus et d’évolutions en tous genres (1932) [vidéo]

 

A Genève, dans le calme de l’entre deux guerres, la crise économique débute sans empêcher l’aviation privée de se développer aussi vite que l’aviation commerciale. L’aérodrome de Cointrin vivote avec son client principal : l’aéro-Club. Quelques pilotent se forment, d’autres disparaissent et des personnalités aéronautiques émergent. Elles vont avoir de importance durant les 30 ans à venir. Petite chronique de l’année 1932 aux alentours de Cointrin.


Parmi le personnalités en visite à Genève, le général italien Italo Balbo, le 25 juin, une année avant son grand raid sur l’Atlantique-nord réalisé avec une escadrille de 25 hydravions.

Personnalités

- Le général Italo Balbo est de passage à Genève les 22-23 juin. Le ministre de l’air vient participer à la commission aérienne de la conférence sur le désarmement. Parti de Venise, il pilota son Breda trimoteur au-dessus du Simplon malgré l’épaisse couche de nuage et l’emmènera par la suite vers Paris et Londres. En juillet il vient retrouver le cdt italien Cagna et son équipage de 3 hommes, de retour d’un raid sur l’Islande sur un hydravion Savoia bi-coque (immatriculé I-SLAN), ancré à Ouchy. Balbo est l’un des ministres du gouvernement fasciste de Mussolini depuis 1929. Il traversa déjà l’Atlantique-sud en 1931, et dès juillet 1933 réalisera son célèbre raid sur l’Atlantique-nord avec 25 hydravions Savoia.

- Le 28 janvier se fonde à l’Aéroclub du Polytechnicum, à Zurich, le groupe "Les moineaux". Le président est un romand et le Genevois Marc Dugerdil, futur champion de vol à voile, en fait partie. Chaque fois que son tour lui permet d’utiliser l’unique planeur de pente, le précédent utilisateur l’a hélas abîmé.

- Le 1er lieutenant genevois Philippe Collet, né en 1900 à Genève, et le lieutenant Otto Roth, né en 1901 à Lucerne, décèdent le 12 mai lord d’une mission militaire, dans le crash de leur avion Potez L-25-A2 à Nürensdorf (ZH).

- Le 27 novembre, au cimetière de Saint-Georges (GE) un groupe d’ami du Club Suisse d’aviation (CSA) inaugure le monument à la mémoire du pilote genevois Emile Taddéoli après de longues années de souscription. Taddéoli décéda en vol le 24 mai 1920 suite à la rupture de son hélice qui sectionna une aile (voir : Biogr.). Des discours sont prononcés par Maurice Duval, président du CSA (voir : Biogr.) et par Louis Ansermier, capitaine-aérostier futur vainquer d’une coupe Gordon Bennett (voir : Biogr.).

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L’industriel de l’horlogerie Fernand Fluckiger qui s’est écrasé au Colomby (Jura).

- Fin janvier Robert Mussard (1887-1978), brevet no.264, venant du Maroc où il réside depuis 1911, atterrit à Cointrin avec son Puss-Moth rouge de 105CV (G-ABJD). Parti de Kenitra, il fit escale à Alicante et Perpignan. Cet ex-élève du CSA formé par le "capi" Marcel Weber, dès 1932, rentrera chaque année en Suisse pour passer des vacances à Genève, taillant la route en moins de 24h. Il participe alors aux rallyes locaux d’été mais aussi aux rallyes algéro-marocain dès l’hiver 1933.

- Le 2 juin Fernand Flückiger s’écrase avec son DH-80A Puss-Moth au sommet du Colomby (Jura). Industriel et horloger, il entra au CSA en 1929 pour faire son écolage comme élève de Weber et montre dès le début en très fort intérêt pour l’aviation. Il fait preuve d’une grande persévérance. Les écoles d’aviation sont alors rares en Suisse et il doit venir depuis St-Imier, où il réside, à Genève où se donnent les cours pratiques et théoriques. Son brevet no.147 passé, il achète un Puss-Moth et continue de voler à la Chaux-de-Fonds où il se perfectionne encore. On le classe alors parmi les meilleurs pilotes sportifs de Suisse et il remporte bientôt la 2ème place du Rallye d’Auvergne. Il se met à disposition de l’Aéro-Club de Genève pour le représenter dans diverses compétitions où il se comporte brillamment.

- Il débute ensuite un étonnant voyage autour de la Méditerranées, long de 9.150km, en 57h de vol, à la moyenne de 160km/h, à vue, sans radio et sans GPS bien sûr. Le couple part de St-Imier à Noël 1931, via Milan, Pise, Rome, visant la Tunisie. Le 30 : Rome-Pise, puis une tempête les renvoie sur Marseille et en Corse, près de Barccajo (Cap Corse) où l’on atterrit à bout d’essence mais sans casse. Une piste doit être aménagée pour pouvoir repartir, ce qui prend plusieurs jours : ils visitent alors l’île. Puis, vol Bastia-Ajaccio-Marseille. Le 8 janvier 1932 c’est Marseille-Barcelone, puis Alicante, Séville. Le 14 janvier on atteint le Maroc à Rabat puis Kenitra, Fez, Midelt. A Kenitra ils rencontrent les Mussard. Le 19 janvier : vol Midelt-Meknès-Marrakech- Agadir-Mogador- Casablanca et retour à Rabat. Le 26 janvier : Kenitra-Tétuan-Grenade-Madrid puis Barcelone-Perpignan-Nîmes et Genève dans la brume ce qui les oblige à venir se poser à Ferney-Voltaire d’où, le lendemain, ils regagnent Genève puis St-Imier.

- Quatre mois plus tard, parti seul de Genève pour Courtelary le 2 juin, à bord de son triplace rouge CH-270 de 133cv, Fluckiger doit faire demi-tour à cause du mauvais temps. Pris dans le brouillard, il s’écrase à quelques mètres du Colomby de Gex, dans le Jura français. Il est tué sur le coup. On le cherche en vain. Son corps ne sera retrouvé que 2 jours plus tard. Plusieurs années passeront et sa veuve épousera Marcel Weber.

 


Aéro-Club Genevois

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Le DH-80 Puss-Moth, petit avion privé triplace à cabine fermée.

Organisation : le CSA est présidé par M.Duval ; le vice-président est Marcel Weber (directeur de l’aéroport). Marcel Devaud fait fonction de secrétaire, à l’aube d’une grande carrière aéronautique (voir : Biogr.). Emile Burgener est trésorier et le capitaine Marc Bornet complète ce Conseil. Le comité possède 15 membres. La cotisation annuelle de pilote coûte 25F (190F actuels), 13F pour un membre actif et 10F pour un membre passif (=75F). Ansermier suggère d’acquérir un ballon, car le CSA est la seule section suisse à ne pas en posséder. Le club compte de nombreux membres mais en fait peu sont pilotes.

- Ecole de pilotage : sur les 162 pilotes brevetés en Suisses (dont 4 femmes), on en compte 29 à Genève : Paul René Bardet (1897-1967), Charles Boissonas, Walter Borner, Marc Bornet, François Brasier, Charles Bratschi, Emile Burgener, Marc Debrit, Robert Dedye, Johannes Derobert, Marcel Devaud, Hermann Duetschler, Frédéric E.Dufaux (1881-1962), Marcel Geneux-Fox, Nikolaus Felix von Luckner (1884-1957), Paul Henri Mercier, Walter Pierre Michel, Armin Mühlmatter, Robert Mussard, Jean-René Pierroz, le Dr Ramel, Max Romy, Hans Schaer, Jean Spinedi (1886-1955), Walter Stocklin, Ernest Sudan (1912-1989), Francis Thomas, Marcel Weber, Max Zenobel (né en 1899) et Frédéric Zulauf. C’est le Carougeois Henri Paul Mercier (1906-1933) qui réussit le 1er brevet sportif de l’année (no.260). Il est suivi par : Jacques Boissier, François Brasier, Josef de la Geneste, Nino Marinoni (1908-1994), Robert Meyer, Edmond Wanner, tous formé à l’Aéro-Club sous la houlette du "capi", à bord des DH-60 Gipsy Moth et consors (voir : Récit).


- A noter que la 1ère aviatrice romande est genevoise. Il s’agit de Mme Suzanne Bourquin-Crisinel (née en 1885), inséparable de son petit chien et domiciliée 2 rue Chauvet. C’est l’un des rares élèves avec lequel le "capi" n’est arrivé à rien, ce qui le désolait. Mais Suzanne, qui volait depuis 1930 avec J.R.Pierroz, persévéra du côté de Lausanne où elle finit par décrocher son brevet no.250. Concernant les autres sous-sections : les membres du vol à vol en sont à la construction de leur 1er planeur, un Zögling ([voir : Récit). Les modèles réduits ne sont pas encore à la mode et l’aérostier genevois n’a pas encore de ballon (déjà cité).

- Manifestations : Plusieurs pilotes aguerris adorent participer aux concours organisés ça et là par les aéro-clubs. Aux Fêtes Aériennes Internationales d’Auvergne à Clermont-Ferrand, le CSA est représenté par Marc Bornet pilotant un Moth du CSA. Il se classe brillamment dans différentes épreuves du meeting : 1er dans l’une des courses de vitesse ; 2ème dans la chasse aux ballonnets. Le mardi 27 septembre lors de la "Journée du CSA" à Genève, on pratique la conventionnelle compétition des pilotes, incluant le concours d’atterrissage, le lancer de dépêche, etc. En octobre, on admire la coupe gagnée par l’équipe du CSA au dernier concours de pilotes civils à Berne (M.Bornet, W.Stocklin, F.Thomas).

 


Aérodrome de Cointrin

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Inauguration du vol Genève-Paris d’Air-Union (mai 1932), piloté par Bajac (5e) et Charpentier (2e) entourés de Keller (Swissair) et des journalistes Troesch, Trollux & Perron.

L’aérodrome de Cointrin n’est pas encore un aéroport. Créé fin 1920, il commença à fonctionner 2 ans plus tard. Il abrite une piste gazonnée, quelques petites constructions dont l’une inclue l’appartement du directeur. La grande décision de l’année 1932 est probablement l’entrée de Charles Bratschi (1907-2004) dans le personnel de l’aérodrome. C’est lors d’un cours de répétition militaire que le capitaine Weber, patron de Cointrin, suggère au lieutenant Bratschi d’entrer à l’aérodrome genevois. Bratschi débute en tant que "commis principal" le 1er juillet au service de l’Etat de Genève. A Cointrin, l’effectif se compose alors d’une demi-douzaine de personnes. Bratschi quittera les lieux 40 ans plus tard ayant été nommé directeur dès le 1er novembre 1934.

- Bratschi : "La crise financière mondiale de 1932 fournit les premiers travailleurs pour l’extension de l’aéroport mais les projets remaniés, les crédits, agrandissements et modifications des surfaces sont les principaux soucis des dirigeants de Cointrin pendant cette époque. Genève prend conscience qu’elle doit améliorer et développer ses liaisons aériennes avec les grandes villes européennes. Les premiers travaux effectués seront l’aménagement et la stabilisation de l’aire de stationnement des avions devant l’aérogare." … "C’est le CSA qui anime la vie de l’aéroport à ses débuts et l’Aéro-Club est son 1er client !".

- Bratschi entre à l’Aéro-Club (CSA) où il donnera à son tour des cours de pilotage dès 1932, en dehors de ses heures de service. Il y formera une dizaine de pilote. Juste après la 2ème guerre mondiale, lui et deux de ses directeurs (Ernest Sudan (1912-1975), et Adrien Engelhard (1906-1996) seront d’ailleurs les uniques moniteurs de l’Aéro-Club !

 


Trafic commercial

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A La Chaux-de-Fonds, Borner aide Mme Theurillat, centenaire et volontaire pour ce baptême de l’air.

Dans les années 30, le trafic est essentiellement diurne car les vols se font avec visibilité au sol et sont pratiqués de mai à octobre. Toutes les lignes débutent leur 1er vol le lundi 2 mai. Il existe des liaisons régulières à destination d’une douzaine de villes européennes. Les plus grands avions disposent de 10 à 12 places et leur vitesse de croisière avoisine les 200km/h. Le nombre de passagers local est de l’ordre de 10.000 par an au maximum.

- Lignes aériennes : Ch.Bratschi : "En 1932 nous n’avions que 2 à 3 lignes régulières. Il y avait les Allemands avec leur ligne Berlin-Leipzig- Stuttgart-Zurich-Berne-Genève-Barcelone et nous avions aussi la 1ère ligne Lyon-Genève effectuée par Air-Union. Genève-Berlin est exploité conjointement par la Deutsch Luft Hansa et Swissair (née en 1931). Le vol Genève-Paris en aussi géré en pool, par Swissair et Air-Union." Le 1er Paris-Genève est effectué par une limousine Breguet 280T, piloté par Robert Bajac chef pilote d’Air-Union et René Charpentier. Une modeste cérémonie se tient à l’arrivée à Cointrin (voir photo) à laquelle prennent part Ulrich Keller (1894-1974), représentant local de Swissair, et les journalistes Troesch (Journal de GE), Trollux (Tribune de GE) et Perron (La Suisse). Dans le sens Genève-Paris c’est un trimoteur Focker F-VIIB, de Swissair qui assure le 1er service.

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- Aérophilatélie : A l’occasion du Circuit Aérien Européen International, la Cie genevoise Borner-Genève-Air-Express (voir : Récit)] du lieutenant Walter Borner réalise 2 vols postaux spéciaux, dont le Genève-Bellinzona du 21 août. Le 28, un timbre philatélique spécial est émis pour cette poste aérienne qui figure sur le courrier transporté le 29 de Bellinzona à Genève.

- Baptême de l’air : Citons celui de Mme Theurillat, de la Chaux de Fonds, réalisé là par W.Borner le 3 septembre, à l’occasion de l’Exposition d’Horlogerie Ancienne et Moderne. Cette "Journée populaire d’aviation" est organisée par Borner et la Cie aérienne NHORA. Cette dame qui marche à l’aide d’un gros bâton noueux, native de Bois, a 100 ans. Elle demanda à faire ce vol et fut acclamée à son arrivée.

- Transport sanitaire : Borner, transporte encore un grand malade de Bex (VS) à Angers (F) via Genève et Lyon, sous la pluie et par un temps bouché. A Tours et Angers le terrain doit être éclairé par des phares de voitures. Le retour se fait via Lyon et Cointrin.
- Pendant ce temps là on construit l’Hôtel Cornavin près de la gare, on a inauguré le téléphérique du Salève, et le 9 novembre les militaires ont tiré sur la foule à Plainpalais (12 morts).

 


Bilan annuel 1932

Au 31 décembre, le bilan annuel du transport aérien international en Suisse est de 10.618 vols pour 29.189 passagers, complété de 394 tonnes de fret et de 209,8 tonnes de poste transportés. A Genève, on dénombre 10.987 mouvements pour 9.444 passagers et 105t de fret ou poste. Jusqu’à la fin de 1933, le nombre total de vols effectués passera en Suisse de 95.000km en 1922 à 900.000km et le nombre de passagers de 122 à 29.200. Bel essor !

 

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Par : Jean-Claude Cailliez
Le :  vendredi 21 mars 2008
  • Pour plus d’information, il existe l’OFA ou Pionnair
    La compagnie Air-Union à Genève, 1927-1933 (vidéo, N&B, sonore, 03’’’, 68Mo), nécessite le plugin QuickTime 7.1.3 minimum.

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