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Le "Genève" premier projet de dirigeable militaire suisse (1908) [vidéo]

 

En 1908, l’avion n’a pas encore pu démontrer tout son potentiel. Les Etats-majors militaires des grandes puissances mettent leurs espoirs dans le dirigeable, seul appareil capable d’emporter une charge offensive significative sur de longues distances. Alexandre Liwentaal, fort de son expérience chez Zeppelin et ailleurs, veux doter la Suisse de son 1er dirigeable militaire.


Conçu pour la Suisse, partiellement construit en Angleterre, les plans du "Genève" enrichiront finalement la machine de guerre allemande.
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    Historiquement, le concept du dirigeable est devenu viable dans les années 1870, progressant en même temps que les moteurs à explosions augmentaient de puissance tout en diminuant leur poids embarqué. D’abord testé comme appareil civil, le dirigeable à enveloppe souple a évolué concurremment en France et en Allemagne pour devenir un moyen militaire. L’Allemagne s’est basée principalement sur le dirigeable à structure interne rigide, de type Zeppelin. La France a développé une version semi-rigide qui produira le premier dirigeable au monde entrant pour essai dans l’armée, soit le type Lebaudy (1904).

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    Liwentaal transporte le modèle réduit du "Genève" lors du défilé militaire de 6 juin 1908 à Genève.

    Le Genevois Alexandre Liwentaal (1868-1940) est rentré très tôt en contact avec cet univers des "plus léger que l’air" motorisés, puisque son professeur à l’Ecole des Arts et Métiers de Paris, Gaston Tissandier, réalise l’un des premiers dirigeables fonctionnels connus, auquel il associe son élève (1883). Quelques années plus tard en 1900, Liwentaal crée un produit chimique nommé "Ballonine" qui rend étanche les volumineux réservoirs d’hydrogène du premier dirigeable Zeppelin construit (LZ-1). En 1902, Liwentaal travaille sur les développements du dirigeable Lebaudy. En 1904 il aide à nouveau le comte von Zeppelin à la construction d’un second dirigeable rigide (LZ-2). En 1906, il participe à la définition du dirigeable souple de l’Américain Wellman qui veut rejoindre le Pôle Nord au départ du Spitzberg. Ainsi, en 1908, Liwentaal a acquis une expérience inégalée sur ces divers types d’appareils. Il oeuvre maintenant à ce que la Suisse puisse posséder à son tour le nec plus ultra de ces croiseurs aériens. A la même époque, Zeppelin a détruit son 4ème et unique prototype alors que l’armée française est déjà équipée de plusieurs dirigeables de marque Lebaudy. Poursuivant son but, Liwentaal a dessiné les plans d’un dirigeable semi-rigide qu’il tient à baptiser du nom de "Genève".

    De nombreuses démarches pour convaincre les Helvètes

    Pour son projet, Liwentaal donne plusieurs conférences et publie des articles en français ou allemand dans presque toute la Suisse. En parallèle, il fait des essais divers et achète de sa poche la motorisation (120 CV). Il a déjà construit l’hélice d’un diamètre de 5 mètres. En plusieurs occasions il fait voler un modèle réduit du "Genève", de 4 mètre de long, sur les têtes de son auditoire, ou bien le transporte en public attaché au-dessus d’une automobile. Il cherche bien sûr à intéresser les responsables politiques et militaires, car personne n’a les moyens de construire un tel aéronef à son compte. Il lance donc une souscription publique de 200.000 francs.

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    Liwentaal présente des pièces du futur dirigeable "Genève", sur la plaine de Plainpalais à Genève (hélice, moteur, chaudière..).

    Liwentaal va ainsi se trouver au centre d’un conglomérat d’idées et de volontés diverses qui ne vont hélas pas oeuvrer dans le même sens. Un comité de soutien genevois se constitue. Le Zurichois Chiodera rejoint le mouvement car il a aussi ses propres idées, mais concernant un dirigeable de transport civil. Il se crée la Ligue Suisse pour la Navigation Aérienne, avec des représentants dans diverses régions de Suisse. Le jeune Aéro-club de Suisse (AéCS), qui ne s’est occupé jusque là que de ballon libre, va avoir peur d’être concurrencé par cette nouvelle organisation. Cet AéCS est alors dirigé par un militaire genevois, le colonel Schaeck (BIogr.), qui est également le chef des troupes d’aérostiers militaires suisses, qui est épaulé notamment par plusieurs de ses officiers à l’AéCS. Schaeck ne porte pas Liwentaal dans son cœur et le discrédite alors publiquement à plusieurs reprises. L’AéCS reprend le contrôle de la situation en instaurant un concours national de projets aériens auquel Liwentaal et d’autres devront soumettre leurs dossiers. A l’issu de ce concours, Liwentaal se voit attribuer le premier prix, suivi par divers projets d’aéroplanes. Mais comme le dirigeable de Liwentaal est dédié à un usage militaire, l’AéCS, organisme civil, ne peut donc lui venir en aide et Liwentaal est prié de voir ailleurs.. se retrouve seul, presque ruiné. Puis la Ligue se dissout...

    Le projet intéresse l’Angleterre puis ..... l’Allemagne, hélas !

    Hasards de l’histoire, quelques années plus tard en 1913, Liwentaal vend ses plans à l’Angleterre et la maison Armstrong-Whitworth débute la construction du "Genève" sous le nom de "Bluebird". Hélas l’appareil n’est pas achevé pour des raisons d’économie nationale. L’Angleterre choisit de soutenir sa marine plutôt que certains projets aéronautiques. Le constructeur anglais met en vente les plans de "Bluebird" qui sont racheté .... par Zeppelin, qui incorporera certains concepts de Liwentaal dans la réalisation des dirigeables militaires qui bombarderont Londres en 1916 !

    Mais en 1909, suite à l’échec du projet "Genève", Liwentaal a changé de cap, il abandonne son atelier de Veyrier et se lance dans la construction d’un avion. Il fait alors voler le premier appareil suisse piloté par un suisse, qui décolle devant un public payant, le 12 septembre 1909, à Vernier (Genève), inaugurant ainsi le premier meeting d’aviation de l’histoire suisse (voir :Récit).

     

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    Liwentaal caricaturé lors d’une présentation de son projet à Olten en 1908.
    Par : Jean-Claude Cailliez
    Le :  lundi 20 juin 2005
  • Le dirigeable "Genève" a été traité dans la Revue Militaire Suisse no.9 de septembre 2004.
  • Pour plus d’informations, voir : A Liwentaal, pionnier suisse de l’aéronautique européenne, par J.C.Cailliez. Editions Secavia, Genève, 2004. 240 pages, 80 ills. ISBN 2-88268-014-7, à la "Librairie ".
  • Dirigeables auxquels Liwentaal collabora (1898-1909) (Diaporama, N&B, sonore, 1’58’’, ≈45 Mo), nécessite le plugin QuickTime 7.1.3. minimum.

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