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Marc BORNET (1899-1967) : pilote militaire, industriel et ponte de l’Aéro-Club de Genève [vidéo]
  Pilote militaire suisse de l’entre- deux guerres, excellent aviateur, Marc Bornet développe l’entreprise familiale, prend les rennes de l’Aéro -Club après guerre et participe à l’organisation des grands meetings aériens de Cointrin. Hors aviation, au sein de l’économie genevoise, il dirige une grande entreprise d’élec- tricité, il est le leader du Salon des Arts ménagers et un personnage important du développement local. En aviation on lui doit aussi le 1er essai à Coinrin d’atterrissage de nuit (1928) et l’encadrement du groupe de vol à voile naissant(1930)
Le lieutenant Marc Bornet devant un Dewoitine D9C1 no.676 à Dübendorf en 1928.

Un baptême de l’air très original pour une longue carrière aérienne !

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Le Farman CH-69, Mr Reynold père et Marc Bornet (Vevey, 14.01.1922).

Marc Henri Bornet naît le 21 septembre 1899, se mariera à Genève à fin 1924, et son fils André (1936) suivra la filière électromécanique paternelle. En 1922, Marc Bornet est un ingénieur-électricien diplômé. Il œuvre dans l’entreprise familiale Bornet SA, créée vers 1860, qu’il reprendra bientôt des mains de son oncle Albert. Mais Marc est avant tout un jeune homme passionné par cette aviation née en même temps que lui et dont l’évolution est si rapide. Son premier vol passager à 23 ans, son baptême de l’air, va se dérouler dans des circonstances absolument originales qui le conforteront dans sa passion.

L’aviateur Armand Gay (°06.1896), de Béguins (Nyon), breveté pilote en mars 1921, vient de racheter 2 avions à François Durafour (voir : Récit) dont un biplan Farman F40 triplace à moteur arrière Renault 8 cyl. de 80 CV (CH-69). Gay espère pouvoir vivre du métier d’aviateur civil et veut se faire connaître du public. Il décide d’aller se poser en pleine ville de Vevey puis de déposer des fleurs sur la tombe de son ami Marius Reynold, pour l’anniversaire des 5 ans de sa mort à Sesto-Calende le 4 janvier 1917. Reynold formait alors des pilotes militaires italiens d’hydravions depuis moins d’un an et fut inhumé en grande pompe à Vevey le 14 janvier. Ce samedi 14 janvier 1922, devant les hangars en bois du champ d’aviation de Genève-Cointrin, inauguré il y a 14 mois et complément inactif en hiver, Armand Gay, son mécano Albert Meyer, de Vevey et le passager Marc Bornet foulent la prairie enneigée en décollant à 15h45.

Bien sûr, les autorités locales ont donné leur accord, viennent d’être prévenues de l’heure estimée d’arrivée et la Place du Marché, au centre ville et au bord du lac, est quadrillé par la gendarmerie, entourée d’un large public. On peut s’étonner d’un tel projet, impensable de nos jours, mais il suffit de l’espace d’un terrain de football pour opérer un ex-avion militaire en 1922. Il y a un peu de bise ce jour là et le Farman grimpe à 3.000m pour se défaire de ce vent du nord glacé. Après avoir tourné sur Vevey, il fait son approche depuis le lac et "avec une parfaite aisance et un sang-froid admirable, il est venu se poser sur notre grande place, tout comme une mouette géante." Il est 16h30, le père de Marius Reynold est présent et avec les 3 "aviateurs" ils se rendent au cimetière St-Martin se recueillir sur la tombe du pionnier de l’air romand. Le dimanche 15, le décollage de la place face au lac présente une difficulté : la hauteur des arbres près du rivage. Mais A.Gay décolle avec la même facilité et sang-froid que la veille. Aussi, à 16h45, la foule fait une forte ovation à la prouesse du pilote. Le Farman et M.Bornet sont de retour Cointrin à 18h05.

Pilote militaire, il réalise les 1ers atterrissages nocturnes à Cointrin (1923-1929)

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Marc Bornet devant un Dewoitine D-27 III à Cointrin (1932).

Marc Bornet fait ce qu’il faut pour poursuivre ses périodes militaires en Suisse dans la Troupe d’aviation. Breveté pilote militaire no.78 en 1923, il va participer à des meetings aériens militaires internationaux dont à Lausanne en mai 1924, ou à Zurich en août 1927. Il conduit maintenant des avions Häfeli DH-3, DH-5, Dewoitine D-27, Bébé Nieuport etc. C’est un pilote de chasse encore qualifié comme pilote et instructeur de voltige aérienne. A Genève, il mène l’un des 5 appareils qui survolera la tombe d’un camarade récemment décédé, le Lt aviateur Léon Buclin, à Troinex en août 1925. Bornet ne cesse de grimper dans la hiérarchie des troupes d’aviation : Lt (1923) ; 1er Lt (1927) à la Cp.Av.1 ; capitaine (1932), major et Commandant du Gr.Av.1 (1938) qui inclue encore à Riaz la Cp.Av.2, en pleine guerre. Egalement membre de l’AVIA, à la section genevoise des officiers d’aviation créée en 1927, il en sera un temps le trésorier après-guerre.

On doit à Bornet les premiers essais d’atterrissage de nuit à Cointrin le 15 septembre 1928 couplés au 1er emploi de haut-parleurs destinés à instruire un large public ce soir là. Le speaker est le "capi" Marcel Weber. Des lumignons rouges équipent le sommet des hangars, bâtiments, et pylônes TSF. Casqués, bardés de cuir, le cap. E.Primault et le 1er Lt Bornet pilotent leurs Häfeli DH-3 équipés de feux de position verts. Sous leurs ailes, 2 fusées électriques brûlant 120 et 75 secondes serviront à repérer le terrain pour le final de l’atterrissage. En vol, les avions invisibles ne sont que de petits points verts lumineux se déplaçant rapidement…. virages sur l’aile, ralenti, reprise moteur et jaillissement de l’éclat brutal d’éblouissantes fusées : Primault atterrit sans difficultés. Puis, des feux de benzine s’allument tout à coup en demi-cercle autour du champ d’aviation. Bornet, qui vole depuis 15’ et a pris de l’altitude, exécute son atterrissage, sans l’emploi des fusées, qui est tout aussi réussi. Du coup, il repart pour un ultime circuit… (voir : Récit).

Lors des Journées Populaires d’Aviation (JPA) permettant d’offrir des centaines de baptêmes de l’air au public de Cointrin (voir : Récit) les pilotes militaires genevois sont parfois chargés du spectacle acrobatiques et de la démonstration des puissants avions militaires "modernes" : Dewoitine 500 CV, Fokker CV-E, Nieuport "Bébé" (acrobatie). En mai 1928, Bornet, M.Weber et W.Borner effectuent des vols en escadrille en mènent une "chasse aux ballonnets", compétition qui tient le public en haleine par ses péripéties toujours amusantes ou passionnantes. En septembre, E.Primault joue le voltigeur alors que Bornet et Borner démontrent la maniabilité du Fokker de chasse, puis tous participent à une chasse aux ballonnets. En juin 1929, Weber et Bornet effectueront des acrobaties d’ensemble qui seront très admirées…

Ponte de l’Aéro-Club de Genève et grand organisateur de l’AVIA (1930-1945)

Marc Bornet va également consacrer un temps important à l’Aéro-Club de Genève (alors Club Suisse d’Aviation, [CSA]). En 1928, il intègre son comité et dès 1933 en devient le trésorier pour des lustres. Il y pratique le vol civil sur des avions légers (Moth’s) et participe aux activités aériennes : concurrent au très couru Rallye d’Auvergne et à son meeting de Clermont-Ferrand avec quelques amis (juil.1931, juill.1932) : 1er dans l’une des courses de vitesse ; 2ème dans la chasse aux ballonnets (1932). Il rapporte une coupe au concours des pilotes civils à Berne (09.1932). On le retrouve classé à Genève au concours d’atterrissage d’août et octobre 1933 et au concours de plus grand nombre de passagers (Challenge Pierre Jaccard (10.1933). Pour les 25 ans du club il est l’un des acteurs de la Revue montée par les pilotes pour l’occasion et jouée à l’Hôtel des Bergues (02.1935).

Bornet s’intéresse à un groupe de jeunes qui constituent le 1er club de vol à voile de Genève durant l’hiver 1930-31. Il sera leur lien avec l’Aéro-Club de Suisse et le CSA. Il encadre ce groupe pour l’obtention de lieux d’essais du planeur artisanal Zogling construit localement (Cointrin, Plan-les-Ouates, Gland). Il surveillera les premiers vols de démonstration et les premiers genevois brevetés jusqu’en 1934 n’hésitant pas à tester lui-même l’appareil (voir : Récit). Son activité mixte auprès de l’AVIA et du CSA le met en contact avec les aviateurs de renom en escale à Genève tels Coste et Le-Brix sur leur "Nungesser et Coli" (05.1928) ou Charles Lindbergh et Mme et leur hydravion de course (11.1933), etc. Cette position lui permet aussi de chapeauter l’organisation d’un 1er grand événement international sur l’aérodrome genevois : la venue du dirigeable "Graf Zeppelin" en septembre 1930 (voir : Récit).

N’oublions pas, qu’en parallèle de cela, la firme Bornet SA Appareils électriques, rue de Rive 8, deviendra l’une des plus grande entreprise d’installateurs électriciens de Romandie. Le capitaine Marc Bornet, son administrateur, réside maintenant à la villa "Les ailes" à Cologny. Ses galons d’officier supérieur vont aussi sérieusement accaparer l’homme entre 1933 et 1945. Déjà le 1er septembre 1939, il transporte en vol le Général Guisan de la Blécherette à Berne au 1er jour de la mobilisation générale suisse.

 

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Marc Bornet devant les vélivoles, à Plan-les-Ouates, le 8 juillet 1933.

Vingt ans de "pouvoir" dans l’économie genevoise (1946-1967)

La paix revenue, fidèle en l’amitié des aviateurs, le major Marc Bornet poursuit son destin au sein de l’Aéro-Club de Genève. Il pilote encore jusqu’en 1959. Trésorier de 1947 à 1953, il est élu président de la section en juin 1954 et réélu chaque année jusqu’en 1960. Amoureux du vol de précision, il offre l’annuel Challenge Bornet (1955-1961), attribué au concours interne de la section (atter. de précision+lancer de dépêche+voltige) . Cette période inclue surtout pour lui la mise sur pieds des grands meetings aériens internationaux à Cointrin. En tant que plus haut gradé de l’AVIA, avec Panosetti, ponte de l’Aéro-Club et industriel reconnu, Bornet est l’un des organisateurs du meeting des vainqueurs de la guerre (10.1947) nécessitant 500 volontaires au sol, en uniforme ou non (voir : Récit) ; de même pour le meeting lié à l’inauguration de l’aérogare (05.1949), pour la Fête de l’Air des 50 ans de l’Aéro-Club (08.1959), et lors du très grand meeting de juin 1955, sommet du genre à Cointrin (voir : Récit). Bornet cesse son activité au Conseil du Club en mai 1961, élu président d’honneur au double insigne d’or du club genevois (1959) et de l’Aéro-Club de Suisse (1961).

La firme Bornet SA n’a pas chômé durant cet après-guerre. Marc Bornet est par ailleurs devenu le président de l’Association des électriciens du canton de Genève (1949). Dans les années 50, il est un membre dirigeant du "parti démocratique". Après avoir crée le salon "Electricité et Radio" (1951-1953), Bornet devient encore le président du "nouveau" Salon des Arts ménagers dès 1954 et jusqu’à son décès le 13 mai 1967, à 68 ans (hémorragie cérébrale). Il avait une devise : "Se souvenir, servir et rester prêt."

 

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Baptême au nom de "J.-Pierre Courvoisier" du Supercub HB-OPF le 2 mai 1956 au hangar de l’Aéro-Club : Marc Bornet, à gauche, s’adresse aux parrains, le C.E. Emile Dupont et son épouse.
Par : Jean-Claude Cailliez
Le :  jeudi 12 janvier 2017
  • Pour plus d’information, il n’y a que Pionnair
  • [01.2017] Marc Bornet, pilote militaire, président de l’Aéro-Club, industriel et patron des Arts-ménagers (1899-1967) (diaporama n&b musical, 24 photos, 02’18’’, 6Mo). Format Flash.

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