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Soixante ans de formation à la voltige aérienne à l’Aéro-Club de Genève (1988) [3 vidéos]

 

La voltige aérienne, que certains nomment "acrobatie", est une sorte de 8ème art. Née en 1913 quand, aidé du Genevois John Domenjoz, Auguste Pégoud la découvre involontairement, elle part du principe suivant : "pour autant que l’on ait de l’altitude en-dessous de soi, il est possible de mettre un avion fait pour ça et en bon état dans presque n’importe quelle position et de l’en sortir" … avec, bien sûr, l’aide d’une formation ad hoc, comme celle donnée par l’Aéro-Club de Genève.


Sur fond de Mont-Blanc, le Cap-10B de l’Aéro-Club de Genève (HB-SAW), un biplace côte à côte, est idéal pour la formation de base aux figures de la voltige aérienne, pratiquée notamment au-dessus du Jura proche.

De 1923 à 1936, l’acrobatie aérienne est réservée aux militaires

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Acquis en 1936, le Bü-131 HB-OSE est équipé de son classique moteur Hirth.

La voltige aérienne fait déjà partie de la formation des pilotes militaires suisses dans l’entre-deux guerres. C’est le cas dès 1917 pour Marcel Weber (voir : Biogr.) qui devient le chef-moniteur de vol du Club à Cointrin en 1928. Cela concerne aussi les directeurs de l’aéroport qui sont pilotes militaires et deviendront des moniteurs au Club : Charles Bratschi, dès 1932, qui n’aime pas trop ça, Adrien Engelhard dès 1945, et surtout Georges Gorgerat formé pendant la guerre qui sera moniteur civil dès 1951. De 1928 à 1936, les rares voltigeurs genevois s’exerçaient sur des avions de Havilland Gipsy-Moth ou le Tiger-Moth de M.Weber et portaient déjà l’obligatoire parachute.

Dès 1936, l’Aéro-Club de Genève est l’un des 1ers, en Suisse, à enseigner cette discipline exigeante à des civils sur un avion dédié. Les pilotes, formés par le Club aux brevets de base de pilote privé, doivent d’ailleurs exercer cet art pour passer les brevets supérieurs prévus par l’OFA. C’est donc l’un des meilleurs appareils de l’époque qui est acquis, conçu en Allemagne, le Bücker Bü-131 Jungman de 100 CV (HB-OSE) (voir : Appareil). L’avion est semblable à ceux utilisés par l’armée suisse : un biplan biplace en tandem, léger, à train fixe et sans cabine. Son emploi et son coût de Fr. 6.396.- (Fr. 48.300.- actuels) sont partagés par les clubs genevois et vaudois. L’heure de vol coûte alors Fr.50.- (environ Fr. 350.- actuels).

À la fin de l’année, après s’être bien entraîné sur cet appareil derrière le Salève, pour ne pas déranger l’aviation commerciale genevoise, le moniteur polyvalent Henri Golaz est rapidement breveté en "virtuosité", intitulé d’alors (voir : Biogr.). La guerre interrompt hélas l’activité de l’aviation civile, mais Golaz remporte malgré tout le championnat suisse renaissant de la discipline en 1945. A la Libération les activités aéronautiques reprennent rapidement, mais pas assez vite du côté de la voltige. Le Bücker, ne vole que de 20 à 30h par an, est déficitaire et sa part genevoise bientôt revendue aux Vaudois pour Fr. 3.000.-.

Le Bücker Bü-131 règne sur la discipline en Suisse depuis 1936

En 1953 un nouveau Bücker est acquis (HB-UTX) qui sera baptisé "Marc Birkigt" en 1956, du nom du créateur d’Hispano Suiza (1878-1953). L’appareil vole plus de 50h par an et le Genevois Daniel Bois, breveté "virtuosité" en 1956, devient champion suisse de voltige (1959, 1961, sur le Bü-133 HB-MIH). Moniteur de voltige sur l’aérodrome de Prangins en dehors de son emploi en tant qu’ingénieur au CERN, il fait alors partie de l’équipe nationale suisse et participe aux compétitions à l’étranger. L’une de ses "fantaisies" locales consiste à voler de Genève à Lausanne au-dessus de l’autoroute, sur le dos ! Son moniteur Georges Gorgerat (1916-1992) était déjà classé comme le meilleur pilote militaire de voltige, sur Vampire (jet), de nuit et entre deux projecteurs ! (voir : biogr.). Gérald Bois (1900-1994), le père de Daniel, est par ailleurs lui aussi fort connu à Cointrin, sous le code radio HB9CT, car il est le radiotélégraphiste de l’aérodrome depuis 1923, alors que l’on ne communiquait qu’en morse entre le sol et les avions de ligne !

A l’Aéro-Club, l’heure de vol revient à Fr. 89.- en doubles commandes et Fr. 99.- en vol solo (Fr. 450.- ou Fr. 500.- actuels). Quelque 17 pilotes, y compris les moniteurs, utilisent le Bücker. Chacun vole entre 15 et 20h par an. Un second appareil est acquis en 1961 (HB-URG) qui sera rapidement accidenté vers Rolle par Bill Lear junior fils du créateur du Learjet (voir : Récit). Le HB-URW le remplacera jusqu’en 1968. Le coût de l’heure de vol descend alors à Fr. 87.-.

En 1965 l’URW est réentoilé et son moteur Hirth bientôt échangé contre un Lycoming. En effet, des recherches et essais de Daniel Bois, aidé de Robert Stierlin, sur le fonctionnement du carburateur (et la lubrification) d’un moteur Lycoming en vol inversé fut d’abord testé sur des voitures 2CV Citroën et la Fiat 600. Ils dessinèrent aussi le futur bâti moteur ad-hoc de l’avion. Un premier appareil de Prangins fut ainsi équipé par Frédy Rouge qui en sera encore le pilote d’essai. La suite des tests débouchèrent vers une homologation réalisée via Michel Devaud. Le premier Bü-131 ainsi remotorisé avec un moteur à plat est le HB-USD experimental piloté en démonstration par D.Bois lui-même.

Au Club genevois, à la limite des 100h de vol de l’URW, on décide finalement de s’en séparer (1968). L’UTX est lui aussi vendu aux USA, avec bénéfice, où son moteur sera également remplacé. La même année, le département militaire fédéral met sur le marché suisse 34 de ses célèbres Bücker jaunes à liseré noir. Les prix de vente sont alors en baisse et presque tous seront remotorisés dans le civil, prolongeant ainsi leur vie jusqu’à nos jours. Par la suite D.Bois (1929-2008) sera encore à l’origine du concept d’un nouveau pot d’échappement moins bruyant pour tous ces Bücker, principe qu’il avait testé sur l’avion Minicab qu’il s’était construit vers 1957 (HB-SUI) avec Wily Sutter et d’autres amis.…

Faire des galipettes avec une (firme) parisienne !

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Le HB-URW à Cointrin en 1963, avant son changement de moteur.

Pourtant, une longue période sans voltige va s’ouvrir au sein de l’Aéro-Club de Genève et même si quelques autres appareils conventionnels sont capables de réaliser des figures basiques de voltige, bien que non souhaitables sur ces avions. En 1975, le Bücker HB-UUP est mis à disposition des membres mais ne fait pas recette, vu le prix de son heure de vol : soit Fr. 144.- en doubles commandes et Fr. 177.- en solo (Fr. 500.- et Fr. 620.- actuels).

Il faudra attendre les années 80 pour qu’un renouveau intervienne. Quelques Genevois font un stage de voltige à Lons-le-Saunier chez l’expert Jean-Pierre Besson (1982-83). Le groupe Aérovoltige se fonde en 1984 puis acquiert un avion français de conception récente, un biplace côte à côte, à cabine fermée, équipé d’un moteur de 160 CV : le Mudry CAP-10B (HB-SAT). Les lettres CAP n’on rien à voir avec Célestin Auguste Pégoud (1889-1915), le 1er à réaliser un looping en automne 1913, mais elles sont le sigle des Constructions Aériennes Parisiennes. En 1984, René Piccand devient alors champion suisse en catégorie "Espoirs".

En 1985 un cours est dispensé à Grenoble-le-Versoud, sous la haute autorité du champion suisse Eric Müller (1934-1990), un second cours aura lieu en 1988. Le premier championnat genevois se déroule à Pontarlier en 1985, puis sur le terrain de Bellegarde (F) de 1986 à 1989. Le HB-SAT, qui s’écrase sur le Jura en septembre 1984 est rapidement remplacé en 1985 par le CAP-10B HB-SAW, toujours exploité de nos jours. En 1987, lors du championnat suisse à Yverdon, Cédric Tetaz se classe 1er dans la catégorie "Espoirs"...

Le groupe Aérovoltige présidé par Willi Arpagaus compte finalement une dizaine de membres, ce qui reste insuffisant pour la gestion financière d’un avion de voltige. En septembre 1993, ce groupe revend l’appareil au Groupe de Vol à Moteur de l’Aéro-Club de Genève où ce sport aérien continuera dorénavant de se pratiquer régulièrement au sein du Club.

Au 21ème siècle cette discipline reste l’apanage de l’élite des pilotes civils

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Le 1er CAP-10 du Club, le HB-SAT en juillet 1984 à Cointrin (ph. : J.L.Altherr).

Au 21ème siècle, le CAP10B (HB-SAW) vole toujours, manié par une équipe de mordus de voltige aérienne au sein du Club, des pilotes de tous les âges. Chaque année des stages sont organisés en Suisse et en France pour que ces pilotes conservent leurs capacités ou en acquièrent d’autres. Occasionnellement, depuis l’aérodrome de Prangins, une semaine d’initiation permet aux pilotes privés de pratiquer ce 8ème art et à des passagers de découvrir les particularités du vol dans de réelles 3 dimensions.

Les amoureux du biplan jaune bénéficient toujours de la chance de pouvoir s’installer en place avant d’un Bücker, équipés d’un casque de cuir et de lunettes de "moto". Ils feront corps avec cet appareil léger et souple et atterrirons probablement à Prangins avec un moucheron collé entre les dents, résultat d’un plaisir intense ressenti dans les cieux juste au-dessus du lac Léman. Et il se peut, de plus, que le pilote assis à l’arrière soit aussi une célébrité de l’air, un Yves Rossy, ou Philippe Chandelle, ou Daniel Girardet, ou l’un de ceux parmi la douzaine de voltigeurs à être accrédités sur ce HB-UUL à moteur Lycoming. Alors, bons vols !

 

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Membres d’Aérovoltige au championnat suisse de l’été 1986 à Yverdon (ph. : M.T.Huguenard). Debouts : Pierre-Alain Schneider, René Piccand, Alain Berger, Jean-Pierre Besson (Lons-le-Saulnier), René Egg, Alain Grimm, Daniel Mauris. Agenouillés : Willi Arpagaus, Eric Müller, Cédric Tétaz, Marie-Thérèse Huguenard.
Par : Jean-Claude Cailliez
Le :  dimanche 18 septembre 2011


- Les moniteurs de voltige aérienne de l’Aéro-Club de Genève actifs au fil des ans sont : Marcel Weber, Henri Golaz, Adrien Engelhard, Georges Gorgerat, Daniel Bois, Daniel Girardet, René Piccand, Christer Bergenström, Jean-Luc Scherrer, etc.

- Août 2011 : signalons la 2ème place en catégorie "Intermediate" du genevois Sean Wirz lors des Championnats suisses de 2011 à Bex. Cette catégorie est supérieure à celle des "Espoirs" (aujourd’hui "Sportsmen") et juste avant les meilleurs des groupes, des catégories "Advanced" et "Unlimited.

- Septembre 2016 : A Yverdon, le 8 septembre 2016, Sean Wirz décroche la 1ère place de la catégorie "Advanced" ainsi que le célèbre trophée "Eric Müller". Il pilotait un Votec 221 (HB-YUV).

[09.2011] Images de la voltige aérienne genevoise (1914-2011) (Diaporama sonore, 02’47’’, 8Mo). Format Flash.

- Ci-dessous, un vol d’initiation à la voltige aérienne en CAP-10 avec le pilote Daniel Girardet :

[04.2012] L’humoriste Frédéric Recrosio découvre la voltige aérienne (09’57’’ 194Mo). Sport-Actu du 25.10.2010, Léman Bleu TV. Format QuickTime 7.5 minimum.

- Ci-après, l’intégrale du film de Francis Liardon à bord du Bü-133 HB-MKN au-dessus de Berne-Belp (1977). Images bercées d’une musique créée par Jacques Brel, dédiée aux Liardon, aviateurs chevronnés :

[04.2016] Voltige mon rêve, de Francis Liardon (1977) (vidéo sonore, 18’25’’, 346Mo). Source Famille Liardon. Format QuickTime 7.5 minimum. Images encore visibles Ici.

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