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Le RS-65 : hélicoptère monoplace qui devait être le prototype d’une série de taxis-biplaces (1954-62) [2 vidéos]

 

A l’époque des hélicoptères sans turbines, les innovations doivent se trouver dans le reste de l’appareil si l’on veut accroître les capacités de l’ensemble. D’inédites pales légères en composite et des commandes hydrauliques de faible poids auraient dû permettre à ce monoplace d’inaugurer une série de machines biplaces pour un emploi commercial. La techniques y était, mais certains hommes n’étaient pas à la hauteur !


Le RS-65 monoplace sur le terrain de Prangins, déjà immatriculé X-HB-XVA, en 1961. A sa droite Robert Stierlin.
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Devant le siège, la commande du pas cyclique. Avec le pas collectif, 8 tuyaux de fluide hydraulique sont reliés au mas du rotor (ph. D.Bois, été 1960, coll. privée).

Pour son 3ème hélicoptère, le RS-65, Stierlin a conçu une mécanique compacte où tout est situé en dessous ou immédiatement derrière le pilote, dont on connaîtra deux versions (1957, 1960). L’ex moteur d’avion de 65cv est placé sous le siège du pilote. Le refroidissement des cylindres se fait par un ventilateur situé derrière le moteur, via deux conduites en peau qui se fixent de chaque côté du moteur au-dessus de chaque groupe de deux cylindres, sous chaque cuisse du pilote.

 

Le châssis reprend la technologie tubulaire en acier, posé sur deux patins avec une queue en pylône. D’abord gris bleu l’appareil sera mieux connu du public sous ses couleurs jaune vif.

 

Le rotor bipale utilise des pales au profil NACA-8H12, d’abord en épicéa contrecollé, avec le bord de fuite en balsa, un bord d’attaque armé d’une barre de laiton, recouvertes de tissu de verre fin et imprégné d’Araldite (résine époxy). Le rotor anticouple, à l’arrière droit, est en épicéa au profil NACA-23012.

 

Dès 1954, le concept de Stierlin inclut une barre gyroscopique assez semblable à celle de son Merlin-V3, mais pour la première fois située au-dessus du rotor, une innovation par rapport aux autres rotors du même type. Placée ainsi, tout en facilitant la construction, cette barre va apporter de nombreux avantages de vol, dont une augmentation de la stabilité, tout en l’éloignant de la partie habitable. Ce sera le premier hélicoptère connu en vol utilisant cette configuration, qui se verra appliquée assez rapidement ailleurs à de nombreux autres types d’hélicoptères.

La Version-2, enrichies de matériaux composites et d’hydraulique !

La seconde version de cet hélicoptère naît officiellement en septembre 1960, bien que des essais préliminaires aient lieu depuis 1959. L’appareil s’est allégé, sans pare-brise, la structure rehaussée et renforcée, l’embrayage rénové. Il arbore deux nouveaux réservoirs sphériques stratifiés (26L) et une peinture entièrement jaune. Ses grandes innovations résident dans des commandes de vol intégralement hydrauliques et des pales en composite. L’hydraulique doit permettre à terme de créer un appareil biplace et de déplacer les commandes de vol sans devoir modifier le châssis. Quant aux pales, armées en leur centre de quelques tiges métalliques elles sont enrobées de segment en forme de profil de la pale moulés en mousse de polyuréthanne, le tout enserré de tissus de fibre de verre collé à l’Araldite (350 x 28cm).

 

Il faut expliquer pourquoi la série de biplaces fut interrompue !

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Nouvelles pales composées de segments de mousse de polyuréthanne (couleur brune) enfilés sur quelques tiges métalliques et recouvertes de fibre de verre et d’Araldite (photo Daniel Bois, été 1960. coll. privé).

 

Marcel B....n, doyen de l’Ecole d’ingénieur de Genève (Technicum, Ecole de mécanique), s’est associé à Stierlin pour lancer le projet de taxis-biplace et une série de 5 appareils. La construction du 1er biplace débuta... Hélas, M.B., indélicat, fit un procès (pourquoi ?) à Stierlin qui n’était pas, lui, un homme d’argent mais plutôt un amoureux du concept et de la création. M.B. avait notamment emprunté les documents qui appartenaient à Stierlin y compris les justificatifs des factures payées par Stierlin mais sur lesquels Stierlin n’avait pas inscrit son nom, notamment sur la quittance des talons des paiements postaux. Suite à ce procès, M.B. fit repayer à Stierlin la moitié de ces factures !

 

Devenu retraité, M.B. kidnappa le RS-65 (le procès lui avait attribué la majorité de l’objet) alors garé dans un hangar de Prangins et disparu dans la nature... sans rien tirer d’aéronautique de tout cela, ni par la suite lors d’associations inabouties avec d’autres personnes qui n’avaient ni la classe ni les compétences de Stierlin. D’autre part, le rotor en composite du RS-65 trôna quelques années accroché dans le hall de l’Ecole de mécanique puis il disparut, volé ! On ne revit ni ce rotor inventé par Stierlin, ni le RS-65 monoplace qui pourrit (on le sait depuis) finalement dans un hangar en bois de la propriété de M.B. à Bellevue, là où aujourd’hui se trouve le restaurant "La Réserve"... On voit heureusement que sur cet humus s’est malgré tout érigé un restaurant réputé....

 

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La tête de rotor bascule sur un seul axe, la barre gyroscopique est au-dessus de ses amortisseurs hydrauliques télescopiques (ph. D.Bois, été 1960, coll. privée).
RS-65-V1/V2Fiche techniqueI
MoteurContinental A65-8, 4cyl., 65cv à 2.200 tr/min, 80kg. Consommation : 17-20 L/heure d’essence à 70 octanesI
RotorsPrincipal : semi-rigide, articulé, à balancier, diamètre 7,35m (vers.1), à 400tr/min.Anticouple : diamètre 1,50m, à 1.800tr/min. Transmission par axeI
ChâssisPoids 40kg (vers.1). Taille hors tout : 9m. Hauteur hors tout : 2,10m. Distance entre- rotors : 4,50m. Poids : 265kg à vide 325kg avec pilote (Vers.1) ; 257kg-340kg (Vers.2)I
VitesseCroisière 120km/h ; maximum 130km/h (Vers.1), 140km/h (Vers.2). Autonomie 1h30 (26L)I
Vol théoriquePlafond avec effet de sol : 2.000m ; stationnaire sans effet de sol : 1.000m ; Plafond absolu : 3.800mI
Divers6 instruments de vol. Monoplace. Période:1954-1962 ?I

 

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Essai de vol stationnaire aux Tuileries, à Bellevue (GE) en 1960.
Par : Jean-Claude Cailliez
Le :  mardi 12 juillet 2005

En 2007, on retrouva le RS-65 pendu au plafond d’une grange de Sassel (Payerne, VD) depuis 1980, plutôt bien conservé, sans tête de rotor principal ni rotor arrière mais avec les pales en composite (photos à disposition). En octobre, l’un des héritiers de M.B..... ramena l’appareil à Genève où l’avenir de cet hélico historique est depuis voué à un sort très incertain lié à de persistantes querelles familiales. Wait and see...

  • La carrière de R. Stierlin a été traitée dans le magazine Hélico-Revue Nos.43 (1999), 44 et 45 (2000). Voir aussi le magazine de l’Aéroport de Cointrin "23-05" no.20 de juillet 1999 et le journal de la commune de Meyrin "Ensemble" no.20 de mars 2001.
  • [10.2008] L’hélicoptère RS-65 en images (diaporama, couleur, 2’20’’, 48Mo). Nécessite le plugin QuickTime 7.1.3 minimum.

    - Le RS-65 tel que retrouvé dans la grange de Sassel :

    [03.2014] Stierlin RS-65, le retour ! (10.2007) (diaporama musical, 01’50’’, 6Mo). Format Flash.

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