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Journées populaires d’aviation : quand l’Aéro-Club "booste" l’aviation commerciale locale (1926-30) [vidéo]

 

En lançant les "Journées populaires d’aviation" le petit Aéro-Club de Genève permet à 6 ou 7.000 Genevois de prendre leur baptême de l’air entre 1926 et 1930. Utilisant les avions des compagnies aériennes le club génère ainsi une douzaine de manifestations aériennes publiques qui bénéficient autant à l’aviation commerciale qu’à l’aviation privée. Durant ces années, un tiers des passagers de Cointrin proviennent d’un club dont les pilotes se comptent sur les 2 mains.


On fait le plein du Dornier Merkur CH-142 de la Cie Ad-Astra. L’appareil embarquera 2 pilotes et 6 à 7 passagers à 150km/h maximum.

D’une interdiction nait un concept local d’aviation populaire

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Fokker F-II Grulich de Balair (CH151), pour 4 passagers (1929).

Le curieux meeting aérien de 1925 à Cointrin (voir : Récit), alors qu’on empêchait les escadrilles militaires suisses et étrangères de s’y produire, obligea les organisateurs à s’orienter à la dernière minute autour des baptêmes de l’air. Cette expérience va laisser des traces. De 1926 à 1930, le Club Suisse d’Aviation (CSA), actuel Aéro-Club de Genève, va mettre sur pied le concept des Journées populaires d’aviation avec beaucoup de succès (JPA). Plusieurs fois par années, un jour férié, des appareils des différentes compagnies aériennes faisant escale à Genève donnent le baptême de l’air et des centaines de Genevois, en survolant la ville ou en contournant même le Mont-Blanc.

En 1926, le pilote militaire Marcel Weber (BIogr.) dirige le petit aérodrome de Cointrin où il donne les premiers cours de pilotage privés dans ce qui sera rapidement l’école de pilotage de l’Aéro-Club (voir : Récit). Weber, qui présida le CSA en 1924-25, est très certainement l’homme et l’aviateur idéal pour que les JPA existent, persistent et apportent leur succès à l’aéronautique privée ou commerciale.

1926-1927 : banc d’essai pour les Journées populaires d’aviation (JPA)

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Le Farman Goliath français, évolution d’un bombardier de 1917.

La 1ère JPA se tient le dimanche 30 mai 1926 dès 14h. Pour réussir ce projet, le CSA s’associa avec le Touring Club Suisse et la Section des sous-officiers d’aviation, de façon à ce que chacun vienne en famille et puisse ainsi bénéficier de prix spéciaux. On imprime 200 diplômes de baptême de l’air pour ceux dont ce sera le 1er véritable vol. Les compagnies aériennes suisses Ad-Astra et Balair, la française Air-Union utilisent trois "limousines", des avions à cabine fermée, tels le Junkers-F13 (voir : appareil) piloté par Hans Schaer, le Fokker F.III piloté par Charles Hautier et le Spad-33 à 4 places piloté par Jean Denis. Sans voltige aérienne au programme et malgré une bonne météo, les spectateurs boudent un peu la manifestation, où ils ne seront que 300. Mais l’on dénombre 90 baptêmes de l’air menés dans des vols de 15 à 25’ au-dessus de la ville, dont les journalistes qui bénéficient d’un envol personnalisé. L’expérience est positive, preuve de la sécurité des appareils, véritable propagande en faveur du transport commercial alors que le concept de JPA va encore être amélioré.

En 1927, le CSA et son président Maurice Duval (Biogr.) renouvellent l’expérience le jeudi après-midi du 25 mai (Ascension), cette fois-ci avec 5 appareils et la présence de l’escadrille militaire suisse du cap. Weber. Cette dernière fait une démonstration de vol appréciée sur des biplaces Häfeli-DH3 : lieut.-pilotes Gedet, Thiébaud, Robert & Champod, observateurs Haecki, Jacques & Gallandre. Cette JPA est un beau succès puisque l’on dénombre quelque 3.000 spectateurs ainsi que 487 passagers ! Les appareils présents sont deux Spad-33 d’Air-Union piloté par Maurice Bodin et René Charpentier, le Ju-F13 d’Ad-Astra piloté par Margot (4 pl.), un Fokker de Balair piloté par Hautier et un Fokker à 12 places mené par le Hollandais Van Deack. Les organisateurs et la presse volent d’ailleurs à bord du nouveau Fokker ainsi que les gendarmes et agents Sécuritas de l’aéroport. Mais à 19h, toutes les demandes du public, qui fait toujours la queue quel que soit le type d’appareil, n’ont hélas pu être satisfaites !

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Le nouveau restaurant-buvette-crèmerie de Cointrin (1929).

La JPA du 12 juin après-midi se déroule par un temps pluvieux et venteux qui ne réunira qu’une centaine de spectateurs, preuve de la confiance de certains envers l’aviation tous temps. Pourtant, 5 appareils sont à disposition et assument les décollages, vols, atterrissages aussi bien que par beau temps, ce qui est rassurant : 2 Fokker de Balair pilotés par Hautier et Ernst Nyffenegger ; 2 Ju-F13 d’Ad-Astra de Robert Wyss et Ackermann et le Spad-33 de Charpentier. Une 4ème JPA est donc organisée le dimanche 4 septembre et débute à 10h du matin. Un important service d’ordre doit canaliser la foule. Les compagnies aériennes habituelles sont là et 65 passagers décollent avant midi. Quelques appareils sont nouveaux, on note : 3 Fokkers pilotés par Schaer, Keller, Otto Berchtold et Nyffenegger ; le Dornier de Balair mené par Hautier ; le Ju-F13 d’Ad-Astra de Wyss, et le Goliath d’Air-Union conduit par Charpentier.

On bénéficie de la buvette nouvellement ouverte et gérée par Rolfo. La Fanfare de Vernier tente de couvrir le bruit des moteurs. Une courte pluie en début d’après-midi n’empêche pas 220 candidats au baptême de s’inscrire puis voler dès 15h30. On observe le Goliath survolant la Rade, vent de face, contraint à un vol ralenti très apprécié. Une seconde pluie interrompt à nouveau les vols puis on décolle ensuite de 17h à 18h. Weber en profite pour faire une démonstration acrobatique de voltige avec un Fokker militaire de chasse. Encore une journée à succès malgré la météo capricieuse qui ne permet pas de battre de précédents records mais dénombre 68 vols et 450 passagers, dont officiels et gendarmes, pour 2.500 entrées à 1F.

1928-1929 : le succès des JPA se confirme et la formue s’étoffe

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Quatre professeurs de l’Institut Florimont embarquent dans un Spad-33 d’Air Union (Ph. : Institut Florimont).

En 1928, les 3 JPA se déroulent dans de bonnes conditions. Le dimanche 13 mai, par une météo idéale, 5.000 personnes viennent à Cointrin, dont 50 passagers le matin et 580 en tout, record battu ! Avec la musique de la Landwehr, les appareils de Balair, Air-Union, Deutsche-Lufthansa, pilotés par Schaer, Berchtold, Nyffenegger, Charpentier, Reichel, Mühlematter et von Manteufel, ces derniers sur un trimoteur, assument leurs missions. Le spectacle est donné part les aviateurs militaires genevois, Marcel Weber, Marc Bornet (Biogr) et Walter Borner (Biogr) qui réalisent des vols en escadrille tandis qu’un tchécoslovaque effectuant le tour d’Europe exécute toute la gamme des vols acrobatiques. Le CSA remet cela le dimanche 15 juillet dès 9h30 au son de l’Union musicale française. Pour chaque 100ème billet vendu, un billet gratuit permet un vol gratis. Le tour de ville aérien coûte alors 12F (100F actuels). Charpentier mène les vols autour du Mont-Blanc avec son Goliath à 12 places, à 8h30 et 14h30. On voit comment ces modestes JPA évoluent en futurs "meetings" aériens …

La 7ème JPA se déroule toute au long du 16 septembre par une météo encore idéale et un programme alléchant. Vu l’importance des vols de nuit, le capitaine Edgar Primault exécuta le samedi soir des vols nocturnes devant le public. Le dimanche, la présence de l’aviation militaire permet de montrer au public des appareils modernes. Les officiers aviateurs genevois, Primault, Bornet et Borner effectuent des vols avec le Dewoitine 500cv (270km/h) et le Fokker de chasse. Une chasse aux ballonnets s’en suit : soit de les crever en vol avec l’hélice de l’avion. Primault voltige aussi avec le "Bébé" Nieuport de 160cv. Nouveauté : les exercices sont commentés au fur et à mesure au moyen d’un haut-parleur ! Les vols-passagers s’effectuent à bord du Spad-33 (Salmson 230cv) de Charpentier ; Dornier Merkur (BMW 600cv) de Lufthansa (6 pl.) piloté par Rother ; Fokker F (Saurer-Jupiter 430cv), de Schaer (9 pl.) ; et le Fokker F (Siddeley-Puma 230cv) de Balair (5 pl.) de Nyffenegger.

En 1929, le CSA réunit à nouveau 6 appareils de transport le 9 juin ainsi que plusieurs avions pour des vols de démonstrations et d’acrobatie. Malgré un grand match de football concurrent, le public se rend en nombre à l’aérodrome où les vols-passagers sont plus intéressants le matin car il a une moins grande affluence. Ce même jour, on inaugure le nouveau restaurant buvette-crèmerie sis dans un chalet en bois près de l’aérogare. On retrouve le Fokker à 8 places de Schaer (Balair) ; un Junkers à 4 places de Krummacher et quelques nouveautés. Un Breguet bleu d’Air-Union, aux mains de Charpentier (2 pilotes, 8 pl.) et le Dornier Merkur de Lufthansa conduit par Stoffzer (2 pilotes, 6 pl.). Les vols avec passagers sont orchestrés par Ulrich Keller, directeur commercial des compagnies. Weber et Bornet effectuent des acrobaties côte à côte qui sont très admirées. Quelque 281 passagers ont effectué des randonnées au-dessus de la ville.

Un temps superbe règne sur la 9ème JPA du dimanche 22 septembre. Six avions commerciaux sont à nouveau présents : 2 Fokker de Balair, (2x 8pl.), le Messerschmitt et le Junkers d’Ad-Astra et le Fokker de Lufthansa (8 pl.) Les survols du Mont-Blanc ont leur succès menés par Air-Union qui fait 2 voyages emmenant au total 12 passagers avec le Spad. Un très nombreux public est présent dès 14h et les vols se poursuivent jusqu’à la nuit tombante. Quelque 317 passagers prennent leur baptême de l’air et près de 700 durant toute l’année 1929. Tout cela est devenu si banal que l’on ne cite même plus les noms des pilotes...

1930 : dernière année pour les JPA, un bilan impressionnant

Le CSA recommence les dimanches 7 septembre et 5 octobre 1930, dès 10h30. "L’automne est l’époque la plus favorable aux promenades aériennes, le calme de l’air, même dans le milieu de la journée, évite aux passagers les désagréables sensations produites par les remous et les "trous d’air". D’autre part la visibilité est généralement excellente et permet d’admirer le paysage unique qui s’offre à la vue à l’altitude de 5-600m au-dessus de la ville." L’entrée de l’aérodrome est gratuite et le prix des vols abaissé. Les appareils des compagnies Balair (pilote Schaer) et Air-Union (Charpentier) sont là. Malgré le mauvais temps, une cinquantaine de passagers reçoit le baptême de l’air, dont 24 enfants, en majorité des fillettes de 10-12 ans primées lors d’un concours organisé par Aero-Revue. Le capitaine Weber, à bord du nouveau Moth du CSA, reçu les jours précédents, exécute quelques acrobaties …

Pourquoi cessent les JPA ? Dès 1931, Swissair monopolise les passagers. Au CSA, on tient surtout dorénavant à former des pilotes plutôt que de faire des baptêmes de l’air en masse. Et puis l’on s’habitue à tout ! Pourtant, il est intéressant de suivre cette évolution des vols d’agrément au-dessus de Genève. Alors que l’on compte 171 baptêmes de l’air en 1922, ils culminent à 1.602 en 1928, fruits de ces Journées populaires d’aviation ouvertes à tous. Ainsi, "riches et pauvres pouvaient facilement s’offrir le plaisir d’une promenade aérienne." Quand au CSA qui ne compte qu’une dizaine de pilotes et 100 membres en 1926, pour une population genevoise de 163.000 habitants, il a ainsi fait voler plusieurs milliers de passagers. A la fin de 1930, ce CSA rassemble 385 membres, une école de pilotage reconnue et possède déjà 3 avions-écoles.

 
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Le Junkers-F13 d’Ad-Astra-Aero et ses 4 places-passagers (CH-91).
Par : Jean-Claude Cailliez
Le :  mercredi 17 juin 2009
  • Pour plus d’information, il n’y a que Pionnair.
  • [01.2017] Les Journées Populaires d’Aviation : quand les Genevois apprivoisent le vol passager (1926-1930) (diaporama musical, 41ph, 03’45’’, 8Mo). Format Flash.

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