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Poussières de comètes : abécédaire de célébrités aériennes en terre lémanique, 1800-2005 (3/6) [2 vidéos]

 

CHAPITRE-3 : Petite et grande histoire se côtoient sur le tarmac de Cointrin ou dans le ciel genevois. Des personnalités célèbres, en leur temps ou leur siècle, ont apporté leur touche d’aéronautique à l’histoire locale, lémanique, voir romande. Probablement que nous ne savons pas encore tout et que ce qui figure ici reste un fragment d’un sommet d’un seul iceberg de la banquise ! De 1890 à nos jours, au gré de l’ordre alphabétique, voici quelques poussières de comètes parmi une myriade de stars en tous genres.


Gabriela Lüthi, première femme dans un cockpit de jet de ligne de Swissair (juin 1987) et 1ère commandant de bord de la compagnie (sept.1998), ici avec Claudia Wehrli pour le 1er vol entièrement féminin de Swissair : Zurich-Paris en A320 (janv.1999).

A à C : un fin négociateur, un ingénieur-voltigeur et un as de la chasse : chapitre masculin !

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Ulrich Keller et Marcel Anthonioz embarquant à Genève (ph : AIG).

- Marcel Anthonioz (1911-1976) : maire de Divonne-les-Bains dès 1945, député (1951-78) et ministre (1969-72) du général De Gaule dont il avait épousé la nièce. Lors de l’allongement de la piste de Cointrin en 1956 et d’un échange de terrain de 42h avec la France (Ferney), il négocie l’existence d’un secteur aéroportuaire français qui évite le passage de la douane suisse. Inauguré en automne 1968, toujours en vigueur de nos jours, il voit passer plusieurs millions de passagers par an.

En lien avec son activité politique, Anthonioz prend souvent l’avion entre Genève et Paris, laissant sa voiture, une "traction-avant" Citroën, à la garde de Dunoyer, le garagiste du chemin de Joinville à Cointrin. Lors de la création de l’autoroute Genève-Lausanne, en 1963, Anthonioz offre un copieux volume de graviers, excavé dans le creusement du lac de Divonne, pour aider à la réalisation de l’autoroute, obtenant ainsi l’ajout d’une bretelle routière reliant à l’Helvétie sa ville touristique dotée du plus important casino de France…

 

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Daniel Bois (années 60).

- Daniel Bois (1930-2008) : fils du radio de Cointrin, Gérald Bois (1900-1994), surnommé HB9CT, du temps où l’on correspondait encore par code morse entre la tour de contrôle et les avions équipés ad hoc. Daniel pratique les modèles-réduits avant de piloter, construire son avion Minicab et voltiger.

Champion suisse de voltige en 1959 et 61, sur biplan Bücker-133, moniteur de voltige à Prangins, il intègre l’équipe nationale suisse et participe à des compétitions internationales. Ingénieur au CERN dès 1955, il y laisse quelques inventions.

Marié à une aviatrice (M.-Th. Janelli), il est l’ami de Robert Stierlin (voir : Récit) puis son beau-frère, faisant partie de ces constructeurs amateurs doués (hélicos, etc.). Si les Bücker Bü.131 voltigent encore de nos jours, on le doit à Bois et Stierlin qui modifièrent le carburateur, le châssis, la lubrification en adaptant le moteur Lycoming et un pot d’échappement ad hoc sur le prototype HB-USD. L’industrie adaptera cela ensuite à de très nombreux appareils (voir : Récit).

 

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W.Coppens et son épouse à Grange-Canal (08.1937).

- Willy Coppens de Houthulst (1892-1986) : pourfendeur de ballons (35) et d’avions (3) allemands en 1918 avant d’être blessé et amputé d’une jambe. Le "Diable Bleu" des allemands, pilote un biplan Hanriot HD-1 bleu, se voit nommé chevalier de Houthulst du nom de la forêt où il abattit le plus grand nombre de Teutons et recevra de très nombreuses distinctions des Alliés.

Il épouse une genevoise le 17 août 1937, à Grange-Canal et en grande pompe, Mlle Ariane Martin, apparentée au président du Grand-conseil genevois. Des officiers suisses et belge, sabre au clair, y forment une haie d’honneur alors que des avions militaires suisses survolent l’église puis la ville.

Résidant genevois et père de 2 filles, Coppens continuera de prendre du galon : colonel (1950 ), chevalier-colonel (1960) puis baron. Durant la 2e Guerre mondiale, il intervint, via la Croix-Rouge et les organisations internationales pour aider et secourir les prisonniers belges en Allemagne.

 

D à F : un "raider", un instructeur de vol et un golfeur : chapitre multicartes !

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Tombe d’Albert Duchangé à Ferney-Voltaire.

- Albert L.E. Duchangé (1895-1933) : engagé volontaire dès août 1914, dans l’artillerie coloniale. Blessé 2 fois, il demande à rejoindre l’aviation et décroche le brevet de pilote en avril 1918 (no.12675). Brigadier, il est muté dans la chasse sur SPAD, à l’armistice. Démobilisé en avril 1919, il re-signe dans le bombardement (09.1921), devient expert en vol de nuit, fait équipe avec son frère, navigateur. En 1925-26, adjudant, il participe à la Coupe Michelin et remporte 4 des 6 prix.

Le plaisir n’est pas toujours présent : Action héroïque lors d’un incendie en vol le 20 juin 1927, de nuit. Duchangé réussit à ramener le Breguet-19 au sol, en sort indemne et retourne dans le brasier sauver son mécano évanoui avant que l’avion n’explose ! Autre aléa en 1930 : détourné suite à de violents orages dans le Mâconnais, il doit poser lourdement le Breguet-19 à minuit en pane sèche. L’adj.chef et le sgt.chef Jannsens, sérieusement contusionnés sont secourus par les fermiers locaux. Finalement, c’est lors d’un raid que son avion en flamme lui coûte la vie, le 17 mars 1933 à Palmyre (Syrie). Tombé au champ d’honneur et enterré à Ferney-Voltaire (01, F).

 

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Adrien Engelhard en 1969.

- Adrien Engelhard (1904-1996) : prononcez "ange-lare", ingénieur ETS en horlogerie (1925) qui connaît une longue carrière variée en aéronautique. Il obtient son brevet de vol no.149 au Club Neuchâtelois d’Aviation (1931), puis sa licence de pilote de ligne pour Alpar (1936, Berne), de pilote d’hydravion (1938) et devient moniteur à Sion (1939) et Neuchâtel. Lieutenant d’infanterie passé à la Troupe d’aviation (1934, cp.av.2) la guerre le voit pilote d’essai attaché au service du parc d’avions militaires (Dübendorf, cp.av.1).

L’armistice précède son embauche comme adjoint de direction à l’aéroport de Genève-Cointrin (AIG, 10.1945) et il s’installe à Grand-Saconnex. Comme son directeur général, il est moniteur de vol à l’Aéro-Club de Genève : vol, voltige, pré-formation militaire (IAP), de 1946 à 65. Il est aussi membre du comité du Club de 1950 à 65. Nommé sous-directeur à l’AIG (01.1964), Engelhard prendra sa retraite en juin 1969. Au sein de l’AVIA, il offrit chaque année dès 1992 le "Challenge de tir A. Engelhard", jusqu’à sa disparition.

 

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Francis Francis (années 60).

- Francis Francis (1906-1982) : grand sportif issu d’une famille anglaise très aisée. Il deviendra un pilote émérite et concepteur aéronautique unique. Ses études à Sandhurst le mènent capitaine des Royal Horse Guard. Il y pratique polo, escrime, ski, ski nautique, boxe et bientôt, surtout, le golf. Tombé amoureux du Léman en 1928, il achète en 1932 Le Cottage à Gland (VD). Son épouse Solveig souhaitant le reconstruire cela donnera l’actuel Château Solveig. Dès octobre, F.Francis y pilote son hydravion bimoteur Sikorsky "Blue Facon" (G-ABYS, 8 places) - revendu en mars 1936 - qui l’emporte vers les compétitions de golf. En 1936-1940 et 1946-1964, membre du Golf Club de Genève, il remporte maints trophées amateurs et semi-professionnels en Europe, USA, etc.

Durant la guerre, en Angleterre, il est pilote convoyeur ATA au grade de commander, vole sur 114 types d’avions, est blessé 3 fois. En 1946, il devient Cdt de bord d’un liner de la BOAC. Enfin, au sein de la firme Martin Baker, il crée le célèbre département des sièges éjectables pour avions de chasse. F.Francis disparaitra un jour de Noël, aux Bahamas.

 

G à J : un pilote de pointe, un journaliste et un architecte : il faut voir les choses de haut !

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Georges Gorgerat, années 50.

- Georges Gorgerat (1916-1992). Il est dit que "GéGé" pouvait piloter n’importe quel monomoteur ! Mécanicien, il débute en 1935 à Lausanne par le vol à voile et devient moniteur (1937). La guerre le voit finalement incorporé dans la Troupe d’aviation suisse en mars 1942, sergent et pilote de chasse sur Morane et gardien du ciel à l’Escadre de surveillance sur Me.109. Il doit combattre face à des appareils allemands et américains. Par la suite, c’est sur Vampire à réaction qu’il se fait apprécier (1951-63).

Dès 1947, l’adjudant entre à l’aéroport de Genève-Cointrin en lien avec l’activité de l’aviation légère. Il sera de plus moniteur de vol (51-69), de voltige, de vol en montagne (1959) à l’Aéro-Club de Genève et un temps membre de son comité (1957-61). Il est l’un des premiers à tester l’hélicoptère "Merlin" construit par Stierlin et Mercier (hiver 1954-55). Retraité en 1981, 4.451h de vol, peut-être un peu "brouillon" sur terre, mais royal dans les airs ce Gorgerat là (voir : Récit).

[10.2010] "Gégé" Gorgerat pouvait piloter n’importe quoi !" (10, musical, 3’39’’, 10Mo) format Flash.

 

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Eric Heiman dans les années 50.

- Eric Heiman (1892-1959) : cet Israélite allemand d’origine va renier sa patrie devenue nazie et sa religion afin de pouvoir mener son projet journalistique. Ses études en Allemagne puis à Lausanne (dr es sciences politiques, 1912) et ses premiers projets d’éditions trilingues sur l’aviation depuis Paris (1925-28) l’ont mis sur la voie. Il fonde en 1933 à Genève les Editions Interavia SA qui publient une Air letter en 5 langues distribuée mondialement – dont chez tous les belligérants (1939-45) - et un annuaire aéronautique Interavia ABC.

Après-guerre Heiman lance la parution d’une revue mensuelle grand format de haute qualité, illustrée, toujours en 5 langues Interavia Magazine (avril 1946). Plus de 650 numéros paraissent durant les 55 premières années, au 20e siècle. Quand à Heiman, devenu apatride durant la guerre, il épouse finalement la nationalité suisse et la religion catholique. Décédé à Genève, il initia et favorisa les échanges internationaux d’information en aéronautique (voir : Récit).

 

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Jean-Pierre Jobin, directeur AIG (1999).

- Jean-Pierre Jobin (01.1941). Après des études latines (1959) et plus concrètes d’architecture à Lausanne, liées à des stages (gare de Denges/barrage de Mattmark), ce cadet jurassien est diplômé en génie civil (EPL/SIA) et occupe des postes à Bâle (gazoduc Allemagne du Nord-Plateau suisse). Il y affine son allemand, découvre les joies des chantiers, équipes et contacts humains. Un poste ouvert à l’aéroport genevois (AIG) lui offre un retour en Romandie. Sept.1969, il est ingénieur adjoint au resp. du génie civil, avec mission d’adapter les pistes et aires de trafic aux besoins de l’AIG. Il y remplace son chef parti en retraite (1972) quand un changement à la tête de l’AIG le voit nommé responsable de la dir.des opérations : trafic, compagnies, appareils (1973).

Il se jette alors dans le monde de l’aviation civile et la gestion. A l’Aéro-Club de Genève, il a entre-temps obtenu son brevet de pilote. Puis la maladie du dir.-général le voit œuvrer comme directeur ad interim (1976-77) et enfin en tant que directeur général dès 1993, pour 12 ans, fort apprécié des acteurs du "porte-avions". En 2006, J.P.Jobin devient président de Genève Tourisme et du Bureau des Congrès.

 

K à M : un chef d’escale Swissair et une pilote de charme : chapitre commercial !

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Ulrich Keller, pilote de ligne (1927).

- Ulrich Keller (1894-1974) : pilote, haut-gradé de l’air et auteur d’une carrière ascendante chez Swissair. Alors un gamin de 16 ans, "Ueli" passe quelque 6 samedi après-midi à aider René Grandjean qui se construit un avion du côté de Dübendorf dans l’hiver 1910-11, puis il disparait … Il réapparait breveté pilote militaire suisse (no.128) en juillet 1927 et bientôt chef pilote et pilote de ligne pour la compagnie Alpar à Berne (1926-28). On le retrouve en 1932 chef d’escale à Genève-Cointrin où il persiste en 1933 pour la jeune Swissair (SR).

Pendant la guerre – arrêt des vols civils oblige - il devient chef du personnel SR à Dübendorf, puis directeur adjoint (1946), directeur pour la Suisse-romande (1951-59) et encore sous-directeur à l’aéroport de Genève-Cointrin, puis enfin inspecteur général SR jusqu’en 1966. Sa carrière militaire progresse en parallèle culminant au grade de lieutenant colonel d’aviation. Il n’a par ailleurs pas omis d’être membre de l’Aéro-Club de Suisse dès 1928. Il reçut la Médaille aéronautique (09.1961, F).

 

- Gabriela Lüthi (née en 1961, épouse Musy). Elle a traversé le mur … des pilotes de lignes masculins en Suisse et tenu la porte du cockpit entrouverte à d’autres femmes. Après une activité de contrôleuse aérienne à Genève et une licence privée de pilotage (1981-85), "Gaby" est la 1ère helvète sélectionnée pour pouvoir suivre les cours de pilotage "masculins" de Swissair (1985-86). Elle devient alors la 1ère suissesse au poste de copilote chez Swissair (SR), sur DC-9, MD11, A320, durant 12 ans. En septembre 1998, elle passe dans le siège de gauche, maintenant commandant d’un A320.

C’est en janvier 1999 que "Gaby" et la copilote Claudia Wehrli (née en 1966) mènent le premier vol SR à l’équipage entièrement féminin, de Zurich à Paris, en A320. Les deux femmes sont mariées et membres de l’élite des 16 pilotes féminins volant pour SR, sur 1.100 équipages. Depuis 2003, notre Fribourgeoise continue à cumuler chez Swiss des milliers d’heures de vol et à montrer l’exemple entre Alpes et Jura.

 

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Henri Magnenat, années 1930.

- Henri Magnenat (1911-1979). Elève genevois, "Magnon" est très proche de Sudan (voir : Biogr) 2 Fribourgeois férus de vol à voile. Aidés de J.P.Courvoisier, ils construisent un planeur rudimentaire Zögling (1931-33). "Magnon" passe ses brevets A et B (1934) puis le 1er brevet C genevois (02.1935). Devenu moniteur, le week-end, il forme ses amis à Gland à la Tourangelle (voir : Récit1, Récit2). Il pratiquera les 1ers essais de vols de thermiques locaux au Salève (02.1936).

Agent d’assurance, il décroche son brevet de vol à moteur (no.366, 1933-34) et rejoint la Troupe d’aviation (1934). Lieutenant-pilote, "Magneto" doit sauter en parachute d’un Dewoitine D-27 défectueux qui part en vrille à plat (03.1935) ; le D-27 sera par la suite interdit d’acrobatie ! Peu après, passager du Gipsy-Moth piloté par Sudan (HB-OKA), ils se crashent au décollage à Broc (FR) sans blessures. Durant la guerre "Magneto" est nommé 1er lieutenant (01.1940) et retrouve Genève en 1945. Il part alors au Chili où il veut planer sur les Andes. Il y construit un planeur sur plans suisses. Mais le bois local n’est pas ad hoc, les ailes lâchent et leurs extrémités touchent le sol. Il survivra !

 

Et si d’aventure les aventuriers du ciel vous intéressent encore, aventurez-vous, pour les lettres N à Z, à la page qui (suit).

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Gabriela Lüthi à bord d’un Piaggio d’écolage de Swissair (août 1985).
Par : Jean-Claude Cailliez
Le :  mardi 12 mai 2015
  • Pour plus d’informations, il n’y a que Pionnair.
  • [05.2015] Poussières de comètes, portraits de "stars" romandes des airs (diaporama musical, 3’39’’, 9Mo). Format Flash.
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