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1er vol en ballon longue distance de passagers de l’histoire suisse ; les ballons de Godard (1870-73) [vidéo]

 

Fin de l’aérostation foraine. En 1870, l’aéronaute Eugène Godard fait la démonstration à Genève d’un vol transfrontalier de plusieurs heures avec passagers. C’est le nouveau record suisse du genre. La sorte de "cirque" qu’il installe sur la plaine de Plainpalais en juin 1870 et en juin 1873 attirera la foule des grands jours. Entre ces deux dates ce constructeur français connaîtra la gloire avec l’envol de ballons-postes utilisés brillamment lorsque Paris est encerclée par les Prussiens.


Construction de ballons par Eugène Godard dans les locaux de la gare d’Orléans à Paris, actuelle gare d’Austerlitz (automne 1870). Le constructeur-aéronaute exposera plusieurs ballons à Genève-Plainpalais en juin 1870 et juin 1873, et mènera 3 ascensions depuis Genève, établissant un nouveau record suisse d’aérostation (1870).

Le célèbre aéronaute français Eugène Godard de passage à Genève

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Eugène Godard (1827-1890).

En 1870, il n’y a pas encore d’aérostier suisse connu, le grand Spelterini débutera ses ascensions en 1880 (voir : Récit) les Genevois Louis Kaeser en 1893 (voir : Récit) et Alexandre Liwentaal dès 1895 (voir : Récit). Le déjà célèbre Français Eugène Godard (1827-1890) œuvre dans les "plus légers que l’air" depuis 1845 et eut l’audace de remplacer les courtes ascensions foraines (voir : Récit) par de longs voyages aériens dont plusieurs à caractère scientifique ; une révolution pour l’époque en France. Il réalisera finalement une importante carrière internationale en Europe, mais également aux USA ou en Russie. On lui doit encore la construction de 80 montgolfières ou de ballons à gaz, dont la moitié des ballons-postes du siège de Paris (1870-71). Godard est venu à Genève-Plainpalais avec deux ballons en juin 1870, accompagné de sa 3ème épouse Marie Augustine (1832-1877) :

Dans les locaux du Palais Electoral, dès le mercredi 15 juin, de 14 à 19h, sont exposés tous les jours 2 ballons gonflés d’air atmosphérique, leurs nacelles, agrès et instruments de physique, ainsi qu’un nouveau système, le "télégraphe aérostatique maritime et militaire". Le couple d’aéronautes se tient à la disposition du public et mène des démonstrations du télégraphe. Le plus grand ballon exposé, le Città di Firenze (Ville de Florence) à demi gonflé, couché sur le flanc, s’élève presque jusqu’au toit de l’édifice. Financé lors d’une souscription par les habitants de Florence, il remplace le ballon Le Colosse détruit accidentellement le 11 avril 1869 lorsque des fumeurs italiens l’approchèrent au moment où on le dégonflait de son gaz de ville. Le 1er vol du Città di Firenze date du 15 août 1869, l’enveloppe est en percaline bicolore vernie à l’huile de lin et l’affiche placardée nous apprend : qu’il peut enlever 6 personnes dans sa nacelle ; mesure 18,10m de haut, 15,6m de diamètre, 42,72m de circonférence, 634m de surface et cube 1.400.000 litres (1.400 m3).

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Le "Città di Firenze", en janvier 1870 en France, 998ème ascension.

 

Il est encore prévu, le dimanche 19, une grande fête populaire sur la plaine de Plainpalais, à l’occasion de la 1.002ème ascension du célèbre aéronaute :

- "Des jeux variés pour lesquels des prix en pièces d’or et d’argent seront distribuées aux vainqueurs, précéderont le départ du ballon dont la nacelle enlèvera, cinq voyageurs. Une flottille aéronautique composée de 22 ballons le devancera en portant dans les airs les armoiries et les couleurs des 22 cantons de la Suisse. Des quadrupèdes vivants opéreront, sous les yeux du public, une descente en parachute dont les péripéties ne seront pas un des moindres attraits de la journée. Alors qu’une musique militaire jouera pendant toute la durée de la fête".

On plante sur la Plaine les nombreux piquets devant soutenir la large enceinte de toiles au sein de laquelle se construit une vaste arène de gradins au centre de laquelle s’élèvera le ballon, sorte de cirque improvisé.

Le 19 débute le gonflement à l’hydrogène du Città di Firenze, via l’usine à gaz de la Jonction. Un épais cordon de spectateurs suit avec intérêt les progrès de l’opération et admire le volume important que prend l’aérostat au fur et à mesure qu’une lourde ceinture de sacs de lest est descendue le long du filet entourant le ballon, de maille en maille, pour permettre au gaz de remplir toute l’enveloppe. Un vent léger du nord-est, s’engouffre dans les plis encore flottants du taffetas au bas du ballon, imprimant de temps à autre à l’énorme sphère de moelleuses oscillations.

L’attention des curieux va aussi vers l’étroite nacelle qui emportera les passagers payants prêts à tenter l’aventure dans l’inconnu avec M. Godard, dont MM Ernest Griolet-de Geer et Louis Pirasset. Quant à l’aéronaute, il est partout : en casquette de voyage, leste et souriant, il gourmande ses hommes d’équipe sans rien perdre de sa confiante bonne humeur.

Peu après 18h30 le gonflement est terminé, les cordes du filet dûment chevillées au cercle de la nacelle, les 4 passagers embarqués, l’ancre et son câble suspendus, "les sacs de nuit à leur place".

L’ascension du 19 juin 1870, 2h de vol, sur 100km : un record helvétique !

Un immense hourra et des applaudissements enthousiastes saluent M. Godard lorsqu’il s’élance dans les agrès, et parait debout sur le cercle, pour réunir les cordons de la soupape. Il s’agit de sa 1.002ème ascension ! Une foule immense installée dans la plaine, perchée sur les arbres et sur tous les toits des maisons avoisinantes, attend haletante. L’instant du départ est arrivé. Le ballon n’est plus retenu qu’à la force du poignet par des hommes d’équipe, suspendus en grappe au cercle et à la nacelle comme des abeilles à une ruche. La bise fraîchissant imprime alors au ballon quelques mouvements giratoires désagréables surtout pour les passagers. Il y a une minute de confusion. M. Godard craignant sans doute de surcharger sa nacelle, prie à cet instant 2 des 4 touristes d’en descendre. Enfin, au commandement du Lâchez tout ! l’aérostat s’enlève et part comme une flèche s’éloignant dans la direction du sud-ouest. Un quart d’heure après ce n’est plus qu’un point noir perdu dans les solitudes de l’air.

- Un passager anonyme du ballon nous raconte : "C’est à 18h34 environ que nous sommes enlevés du milieu de l’enceinte de manœuvre. Le cercle de toilettes et variés des dames assises sur les bancs de l’arène sont, dans la stupeur qui accompagne l’instant où nous quittons ainsi la terre pour la 1ère fois, le seul point sur lequel nos yeux restent distraitement fixés. Quelques secondes après, nous passons l’Arve. La rapidité avec laquelle apparaissent pour fuir aussitôt tant d’objets divers, la ville et les clochers, le lac au loin, ses charmantes rives, cette infinité d’aspects différents et de sensations nouvelles troublent un peu la vue. Mais à peine revenus à nous nos 1ères impressions sont excellentes. Impossible d’éprouver d’autre crainte que celle de la brièveté pressentie du voyage. Le mouvement ascensionnel se produit d’abord presque à l’insu des voyageurs ; plus tard on le constate aisément ainsi que le mouvement de la progression."

- "Quoique lancés à grande vitesse l’air ne paraît pas plus vif. L’ombre produite par le ballon rafraîchit nos yeux ; nous éprouvons des sensations de bien être qu’il serait difficile d’expliquer ; un calme particulier se fait en nous, la pensée est comme suspendue. Nos yeux se portent sur le capitaine de notre navire aérien, occupé par la manœuvre. L’expression de son visage est tranquille, mais M. Godard ne nous appartient pas encore et refuse de s’asseoir pour continuer à surveiller la marche exacte du ballon et se rendre compte des effets produits par l’approche des montagnes voisines. Nous voudrions arrêter pour quelques heures encore la marche du jour dont les teintes plus sombres annoncent le prochain déclin. Voici Lancy et ses belles campagnes ; quelques instants après, à 18h55 nous passons St-Julien."

 

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Le "Guillaume Tell" dans un ciel nuageux en mai 1874 pour un vol scientifique.

- "Un appétit impérieux, comme celui qu’on ressent après un bain au lac précédé de quelque vigoureux exercice, nous fait négliger les préparatifs de notre repas, le spectacle des pittoresques communes de la Hte-Savoie, au-dessus desquelles nous volons, emportés par le vent du nord-est. Un poulet rôti, un pâté quelque peu écrasé par les sacs de lest pendant les évolutions de la nacelle au moment du départ, mais qui ne fut pas moins bon, et une bouteille de vin de Bourgogne font les frais de ce repas auquel M. Godard ne veut pas participer, se contentant d’un peu de vin, dont il devait avoir grand besoin après tous ses travaux de la journée. A 19h05, le revers du Salève et le lac d’Annecy sont en vue. Nous passons le mont de Sion ; le ballon descend de 200m et notre brave capitaine peut se faire entendre des montagnards accourus du voisinage. - Fait-il du vent plus bas ? demande-t-il. – Etes-vous bien là-haut ? lui est-il répondu, et l’entretien en reste là."

- "Débarrassés d’un sac de sable nous remontons en quelques secondes de plusieurs centaines de mètres, et poussé par une bise qui emprunte des forces à celle qui règne à bord de notre lac, nous signalons à M. Godard un accroissement de vitesse dont il s’était aperçu avant nous. La nacelle, dont le bord est à hauteur d’épaule lorsque nous sommes assis, nous prouve assez qu’aucune secousse à venir et qu’aucun balancement ne sont à craindre. Le vertige dont on nous a beaucoup parlé au départ et au retour est tout à fait inconnu à tous ceux qui montent en ballon ; c’est une observation faite par l’aéronaute dans ses précédents voyages. Nous avons sans cesse la tête "à la fenêtre", et c’est ainsi qu’en voyant fuir, en bas dans la plaine, les champs et les villages, il nous est facile de voir, plutôt que sentir, la vélocité de notre marche."

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Nacelle typique de 1870, équipée de ses pigeons, ancre et lest.

- "Nous consultons nos montres. A 19h18, le soleil continuait à perdre de son ardeur, ce qui produit une condensation du gaz, nous oblige à jeter notre 2ème sac de lest par-dessus bord : mouvement ascensionnel marqué dont la sensation est accusée à M. Godard, qui nous le confirme."

- "A 19h35, nous approchons d’Annecy dominant son lac pittoresque. Nous redescendons un peu ; les aboiements des chiens, les clameurs des populations des villages environnants, qui saluent le passage de la Città di Firenze et de ses voyageurs montent jusqu’à nous. A 19h50, notre marche se ralentit un peu, la bise perd de sa violence ; nous sommes à hauteur du viaduc situé sur la route de Rumilly. Nous arrivons au-dessus de Rumilly, à 20h, et nous nous délestons de notre 4ème sac. En ce moment M. Godard, qui depuis longtemps déjà se trouvait contrarié par certains courants d’air latéraux et qui étudiait ceux des régions inférieures au moyen de banderoles qu’il jetait, jugea que les prairies que nous traversions présentaient pour nous des lieux propices à l’atterrissement. Pendant que nous suivions curieusement des yeux la chute d’une des banderoles, notre énergique chef et compagnon de route consentit enfin à prendre quelque repos."

- "Selon que le léger ruban flotte horizontalement dans sa descente ou s’affaisse sur lui-même, il indique que le lieu choisi pour atterrir n’est pas favorable, puisqu’un certain courant d’air y règne, ou qu’il présente au contraire (en tenant compte de la proximité d’une ville) les meilleures conditions. Notre banderole indiquant du vent en bas, nous nous disposâmes à passer la montagne qui nous séparait d’Aix-les-Bains et du lac du Bourget, et le 5ème sac de lest s’en alla rejoindre les précédents. Ces sacrifices réitérés ne cessaient pas de nous contrarier, car nous voyions arriver le moment où, faute de lest, il faudrait descendre et renoncer à ce silence solennel des solitudes dont nous jouissions vivement, et qui est préférable à bien des plaisirs de la terre."

Après un splendide voyage, choisir un lieu d’atterrissage sûr, à la nuit tombante

- "Nous avions quitté Genève avec 9 sacs de lest et M. Godard nous prévient qu’il n’en reste pas assez pour poursuivre longtemps notre voyage, que le passage des hautes montagnes dont nous approchons nous serait peut-être interdit quelques instants plus tard et que nous risquerions l’abordage sur des rochers ou la descente dans le lac, si nous devions continuer à nous délester ainsi avant d’avoir trouvé quelque lieu accessible pour notre descente. Nous traversons le lac du Bourget à une altitude de 1.500m, c’est-à-dire à une hauteur bien supérieure à celle de notre passage sur Rumilly, mais en versant nos derniers sacs de sable. Il fait très frais, presque froid. Cette partie du trajet nous parait longue, et elle dû l’être, car les points de repère que nous prenions ne nous indiquent que peu ou point d’avance, et il faut marcher tandis que nous possédons encore quelques provisions qui pourraient nous servir, en les jetant par-dessus bord, à nous faire grimper assez haut pour nous rire des âpres rochers qui semblaient nous attendre, là-bas en face de nous."

- "Enfin la crête de la montagne est franchie, mais un courant d’air inattendu nous saisit et nous repousse sur le lac, sur lequel nous paraissons condamnés à planer presque immobile, à moins de nous décider à y descendre. Plusieurs minutes se passent, il est 20h45 ; il nous semble que le ballon descend ; c’est alors que l’aéronaute s’empare de 4 bouteilles de vin de Champagne, laissées intactes dans un coin, et les lance, l’une après l’autre dans l’espace. M. Godard nous dit ensuite de disposer sur un banc les objets qui, pour le moment, ne nous servent à rien, et se met en devoir de soulever les banquettes de la nacelle sur lesquelles nous étions assis, réservant pour plus tard le sacrifice de nos légers bagages. Décidément, cette fois nous remontons vivement, les lumières d’Aix-les-Bains, vis-vis de nous, pâlissent ; la Città di Firenze avance et longe la rive tout près du mont du Chat, dont nous ne tenons guère à faire connaissance, car nous ne sommes pas à bon niveau et l’obscurité commence à devenir profonde. – Bah ! Pensons-nous, encore quelques secondes et nous serons près de Chambéry."

- "Et la pensée du télégraphe pour rassurer nos amis, et d’un bon lit bien gagné se présente très naturellement à notre esprit. Mais il faut décompter de toutes ces agréables visions. M. Godard lance je ne sais plus quoi par-dessus bord (on ne compte pas les sacrifices !) et emportés par un courant nouveau, nous passons le mont du Chat à 1.800m. Chambéry disparait à nos yeux ; adieu le lit, adieu le télégraphe ! Nous dominons maintenant le petit lac d’Aiguebelette. La nuit devient très noire ; coûte que coûte, il s’agit de descendre et c’est sur le lac que nous descendons. M. Godard fait jouer les cordons de la soupape, nous assurant que nous en serons quittes pour un bain de pieds ; jusqu’à ce que le vent nous pousse vers l’une des rives, puisque, nous dit-il, la nacelle reposant sur l’eau délestera beaucoup le ballon sans cesser d’être soutenu par lui."

 

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Arrimage au sol du "Jean Bart", futur "Guillaume Tell", le 14.10.1870.

- "Pendant que nous descendons, M. Godard nous avoue sa surprise des phénomènes aériens qu’il n’a jamais constaté que dans les montagnes et les vallées que nous venons de traverser, et les suppositions qu’il a faites dès le commencement du voyage en se voyant presque aussitôt obligé de délester par quantité aussi considérables, tandis que, au contraire, par un temps calme, une poignée de sable aurait suffit, de temps en temps, pour les évolutions qu’il exécute avec tant d’habileté au dire de ceux qui l’ont accompagné dans de précédents voyages. Il est si bien le maître dans ces cas là de gouverner de haut en bas la marche de son aérostat. A quelques mètres du lac, une brise légère nous entraîne au-dessus d’un champ. Voici l’instant critique. M. Godard, en nous désignant la corde à laquelle nous devons nous tenir pour éviter le choc, lance la corde de frein qui fait lasso autour d’un arbre, puis l’ancre et crie à 3 hommes accourus de tenir bon."

- "A 21h, une violente secousse ! C’est la corde de frein qui se tend ; l’arrêt est instantané. Notre voyage est fini. D’un élan spontané, nous nous embrassons tous trois avec effusion. Deux secondes après nous touchons terre dans un champ de trèfle, et nous voilà dans la commune de Saint-Alban-de-Montbel, canton de Pont-de-Beauvoisin. Un homme est aussitôt dépêché au village. Il en revient avec un haquet à 2 roues et ramenant nombreuse compagnie. On dégonfle le ballon et chacun cramponné au filet fait de son mieux pour s’aider dans ce travail. A 22h tout est terminé et nous prenons, au milieu de la population du village qui nous presse de questions et s’émerveille toujours plus, le chemin de l’auberge la plus voisine, aux Echelles. Le lendemain matin nous sommes à Chambéry … Nous ne voulons pas terminer ce récit sans remercier M. Godard à l’expérience de qui nous devons d’avoir pu savourer avec confiance le charme étrange de tant d’émotions et de sensations nouvelles dont le souvenir ne s’effacera pas. Signé "un voyageur".

Le siège de Paris, les ballons-postes et le retour à Genève de Godard en 1873

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Un ballon du siège de Paris (1870) au Musée de la poste française.

Après ce succès, la 2ème ascension du dimanche 3 juillet 1870, la 1.003ème de Godard, emporte cette fois-ci 5 passagers, dont un déjà présent lors du vol précédent (initiales M.D.), et décolle de Plainpalais à 18h30 en ce jour des Promotions scolaires genevoises. Survolant Lancy, Plan-les-Ouates, St-Julien, le Mont de Sion, le ballon se posera sans difficultés à Cercier (Hte-Savoie) à 20h30. Tout le monde sera de retour à Genève à 5h30 du matin ! Mais la guerre franco-prussienne va éclater rappelant Godard en France.

Cette guerre connaîtra un siège de Paris, encerclé par l’ennemi (26.09.1870 - 28.01.1871) qui voit l’emploi de 66 "ballons-postes" permettant à la capitale de rester en relation avec ses troupes et ses provinces. Durant cette heure de gloire de l’aérostation, E. Godard utilise la gare d’Orléans parisienne pour y construire près de la moitié des ballons-postes concernés (gravure ci-dessus). Il s’agit du 1er cas de construction aéronautique en série de l’humanité ! Le Città di Firenze est alors le 2ème ballon du siège à quitter Paris, le dimanche 25 septembre à 11h, piloté par l’aéronaute Gabriel Mangin (1836-1905). L’appareil vole à 4.500m, au nez et à la barbe des prussiens, emportant 3 sacs de 120kg de courrier, un passager "politique" de la 3ème République, et 30kg d’imprimés de propagande jetés sur les lignes prussiennes. Après 3h30 de vol, l’aérostat se pose au lieu-dit l’Abîme (Yvelines) où l’on réussit à dégonfler le ballon et sauver son contenu avant que les hussards saxons n’arrivent au galop.

Trois années plus tard, en été 1873, Eugène Godard sera de retour à Genève pour exposer 4 ballons dont 2 ayant bravé le Siège de Paris, le Guillaume Tell, ex-Jean Bart (2.045 m3), le Météore (900 m3) et 2 petits ballons de 200 m3, tous visibles au Palais Electoral dès le 1er juin. Le ballon Jean Bart fut le 11ème ballon du siège, s’élevant de Paris le 14 octobre 1870, piloté par les frères Tissandier, emportant vers l’est 40kg de courrier et 2 passagers "politiques", se posant à Monpothier (Aube) après 95km et 3h45’ de vol. Finalement, après quelque 120 jours de siège, 10 tonnes de courrier (plus de 2 millions de lettres), 409 pigeons, 168 passagers et 6 chiens traversèrent les lignes ennemies en ballon. La poste aérienne était née ! Mais à Genève, en juin 1873, une ascension se prépare à nouveau, qui sera la dernière avant une vingtaine d’année .... sans aérostation :

- A Plainpalais, l’ascension du Guillaume Tell annoncée pour le 8 juin se déroule finalement le dimanche 15. Une structure identique à celle de 1870 est construite sur la Plaine où l’on peut pénétrer dès 15h. Durant le gonflage du ballon, de 16 à 18h, et pour tromper l’impatience des spectateurs, Godard organise une série de jeux populaires. Une foule considérable est à nouveau présente lorsque Godard et 5 passagers s’élèvent à 18h, étant rapidement poussés vers le lac par un vent de sud-ouest. Les noms des passagers sont connus : Adrien Wagon, Jean Hoiler, L. de la Rive ; le russe Nicolas de Yourkoff, M. Denisenko et un étudiant (initiales E.D.) venu là en curieux, et qui relatera son vol dans la presse. Godard fête ici sa 1.038ème ascension ! Monté à 5.600 pieds, le ballon approche des Voirons lorsqu’une forte pluie se met à tomber. L’aéronaute décide alors d’atterrir près de Veigy. Les passagers seront de retour en ville à 22h.

C’est en 1896 que ballons libres et ballon-captif refleuriront dans le ciel de Plainpalais (voir : Récit).

 

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Affiche genevoise de 1873 annonçant la présence du ballon "Guillaume Tell". La seconde ascension prévue le 22 juin ne sera pas réalisée (Bibl.GE).
Par : Jean-Claude Cailliez
Le :  jeudi 12 mai 2016
  • Pour plus d’information, lire : Eugène Godard une vie en ballon 1827-1890, de Philippe Foubert. Ed. Bernard Giovanangeli, 304p, ills, 2014, à la "Librairie".
  • Excepté l’affiche, nous ne possédons aucune image, gravure ou photo de ces ascensions précises de 1870 et 1873.
  • [05.2016] Les ballons d’Eugène Godard à Genève-Plainpalais (1870-1873) (diaporama musical, 02’51’’, 8Mo). Format Flash.

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