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L’Aviette Duplan, moto volante pour survoler les routes, éviter de futurs bouchons à moindre coût (1919) [vidéo]

 

Alois Edouard Duplan est un architecte et ingénieur romand passionné d’aéronautique dont les projets originaux, probablement en avance sur leur temps, resteront au stade du prototype.

Il est surtout immortalisé par sa moto volante qui fonctionna brièvement dans des rues genevoises durant l’année 1919. Mais dès 1910 il collabora déjà à plusieurs projets, d’avions, hydravions etc., avant de s’orienter finalement vers la politique à Vevey (VD).


Aloïs Duplan aux commandes de sa moto volante sur une route de campagne du côté d’Onex au printemps 1919. Moteur en marche, hélice en rotation, il prépare une tentative de décollage.

Doté d’une imagination dédiée à l’aviation

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Hélice calée, ailes repliée, l’Aviette redevient une motocyclette routière.

Aloïs Edouard Duplan, né en 1884, d’origine vaudoise (Ormon), participa très tôt aux débuts de l’aviation. A 16 ans il tente déjà de construire un petit dirigeable. A 26 ans l’architecte est employé dans une usine d’aviation de Lyon (1910) où il remporte un 3ème prix pour l’un de ses projets d’avion, ainsi qu’un 1er prix pour un "biplan militaire" (1911). Au début juin 1913, Duplan s’intéresse à l’hydro-aviation qu’il va pratiquer sur le lac Léman du côté d’Ouchy (Lausanne) :

Son hydravion biplan est issu du projet d’appareil défini par le Vaudois Jean R. Lagrive (1891-1961), sans plans, basé sur un Curtiss "Hydro". Leur association créée en avril 1913 vise à la fabrication de 2 exemplaires dont une maquette est alors visible dans la vitrine d’un commerce lausannois. L’appareil équipé d’un moteur Anzani s’avèrera sous motorisé, chutera de 50m après quelques brefs vols et sera abandonné bien que réparé (décembre). En parallèle, Lagrive collabore avec Duplan et Albert Emil Senn (1886-1960) à la construction d’un hydravion biplan de type Farman à moteur 50 CV qui, lors de son 1er essai, capote et coule au large d’Ouchy, le 15 juin 1913. Lagrive, qui n’a pas de brevet de pilote, abandonnera l’aviation par la suite (carrières de pierres, à Roche, VD). La trace de Senn, ingénieur, perdurera du côté de Berne jusqu’en 1945 (au Schweizerische Fliegerbund, puis à l’Aéro-Club).

Par ailleurs, au décès du pionnier de l’air vaudois Marcel Georges Pasche (1898-1964) nous apprendrons qu’il possédait à Servion un hangar et un terrain d’atterrissage où il avait fait maints essais ; qu’il avait construit, dans ses ateliers de Saint-Martin, à Lausanne, un petit avion à une place, un Deperdussin, sur des plans du même Duplan. En 1914 Duplan s’installe maintenant à Genève (rue de Lausanne, rue de la Baillive, etc.), où il débute divers projets aériens novateurs et travaillera même un temps chez le constructeur automobile Pic-Pic (1920-1922).

Une Aviette populaire en forme de moto-volante

En 1915, nous le retrouvons chez Louis Breguet, à Villacoublay (F) : "C’est dans son atelier qu’Aloïs trouve l’inspiration. La Grande guerre a commencé, l’aviation devient guerrière. L’ingénieur, de son côté, veut faire bon marché, populaire et pratique ; il dresse les 1ers croquis de sa moto-aéroplane et rentre en Suisse." Il s’installe dans un petit atelier de la rue des Deux-Ponts à Genève, avec une ambition : que son Aviette puisse avoir une autonomie de 300km en volant à 90km/h. Une fois ses ailes de 7m repliées, la motocyclette doit pouvoir rouler à 65km/h. Dans le plus grand secret, l’ingénieur met au point le système qui lui permet de transmettre la traction des roues à l’hélice. Par sécurité, il prévoit un blocage des ailes qui empêchent toute erreur de manœuvre. En 1918, l’invention est bientôt prête. Le Dpt militaire fédéral suisse l’a dispensé de service. L’envie d’armer l’Aviette d’une mitrailleuse est dans l’air. Mais Duplan n’en est pas encore là.

Trésors de la presse vaudoise, nous découvrons que durant cette même époque de la 1ère Guerre mondiale Duplan fonctionne également comme "sbire" caché de la police genevoise. Il permet de démanteler du trafic transfrontalier de matières industrielles et de démasquer et juger l’espionne allemande Elisabeth Schubart, alias Sonia Wenglef ou comtesse Monsky, 27 ans, native de Constance, maîtresse de langue et de piano. Hélas, Duplan touche un peu d’argent par-ci par-là ce qui le verra puni de 2 mois de prison en 1917, peine qui, en ces temps de guerre, reste finalement assez modeste. Dans cette affaire, la police locale étant fortement critiquée et en mauvaise posture, la presse populaire genevoise resta muette, elle, sur le sujet.

Domicilié au 5 de la rue de la Baillive à Genève, Duplan redoute l’espionnage industriel, il prend 8 brevets en 1918, dont l’un, principal, est déposé en Suisse (CH82356) conjointement avec l’Angleterre (GB128572), mais ce dernier sera là rejeté par les autorités. Chaque brevet est illustré d’une douzaine de croquis où l’on constate que les ailes de l’Aviette peuvent se replier le long de la motocyclette à l’arrêt ... la présence d’une hélice située dans le plan supérieur avant qui peut être reliée au moteur du véhicule qui est un 3 cylindres Anzani …. ainsi qu’une dérive verticale figurant à l’arrière de l’ensemble. L’inventeur de cette "moto volante" n’est donc pas à considérer comme un fantaisiste utopiste .... Envergure 7m, longueur 4m ....

 

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L’Aviette, roule en ville de Genève, ailes repliées, ici au Bd Carl-Vogt.

Les essais de 1919 : Et pourtant elle vole !

Un dimanche de février 1919, l’Aviette sort pour la 1ère fois de son atelier de la Jonction (rue des Deux-ponts). La presse genevoise est sur place : "M. Duplan conduisait aisément à la montée du Petit-Lancy et l’impression était vraiment réjouissante." L’Aviette fait des sauts de puce, les curieux applaudissent. Au retour les choses se gâtent : "Malheureusement l’Aviette a pris en écharpe la charrette qu’un laitier avait laissée au contour de la route. Celle-ci, n’ayant pu être aperçue à temps fut renversée et la motocyclette quelque peu détériorée. Grâce au sang-froid de M. Duplan il n’y eut pas d’accident de personnes." Le journaliste de sport termine le compte rendu en "formant tous ses vœux pour que le sympathique inventeur puisse bientôt démontrer que la 1ère motocyclette aérienne est un fait accompli."

A fin septembre 1919, un journaliste britannique cite avoir été présent à Genève et vu voler l’Aviette sur 1 miles à 15 pieds de haut, après avoir pris son élan sur quelque 30 yards. Il mentionne que les essais nécessiteraient maintenant la présence d’un réel aviateur à bord de l’Aviette pour envisager des plus amples envolées. Le chef pilote de l’école Aéro à Lausanne, Marcel Weber (voir : Biogr.) aurait été "embauché" à cet effet... Weber, futur patron de l’aéroport de Genève et pilote militaire, n’a jamais approché cet objet volant …. L’Aviette sera exposée à Genève et Bâle. Le Département militaire fédéral allouera une somme (insuffisante) pour dédommager en partie l’inventeur de ses frais. Mais Duplan abandonne alors définitivement ses recherches, faute d’argent.

Quelque six rares cartes postales, furent tirées de cet aéronef en 1919, le montrant sous des angles différents, mais jamais "en vol". Que penser de son concept ? L’Aviette était-elle un fantasme volant pour échapper à une circulation presque inexistante ? Que pouvait espérer son auteur, si jamais le tout décollait, et pour autant que l’appareil reste équilibré en l’air ? Devait-il probablement devoir atterrir sur une autre route sous peine d’un accident dû à une terre meuble ou bosselée, à cause de son unique train d’atterrissage central ? Malgré tout, avec le recul, son prototype s’apparente plus à un projet actuel d’ULM qu’à une aide quelconque dans la circulation routière débutante de 1919 ! Alors ce Duplan : un visionnaire ?

Qu’est devenu l’inventeur ?

Aloïs Edouard Duplan eut un fils, Pierre Aloys Edouard (1910-1992), architecte et fonctionnaire à Lausanne (VD), également président de la Fédération ouvrière vaudoise. Notre inventeur œuvra encore à Paris (1922-25), à Turin (1925-26.) et se remaria entre-temps, ayant un second enfant. Il est de retour à Genève en 1926 puis va, dès 1929 et à 45 ans, s’établir à Vevey, actif en politique pour le développement de cette ville. Il y décèdera en 1940. Ses descendants et leurs proches vivent toujours dans la région lausannoise non loin du lac Léman.

 

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Invisible sur l’image, l’hélice mue par le moteur de la moto, tourne juste à l’avant de l’aile supérieure.

 

Par : Jean-Claude Cailliez
Le :  lundi 8 janvier 2018
  • Pour plus d’information lire : la Tribune de Lausanne du 24.04.1913 ; les Gazette de Lausanne des 07.06.13 et 4/5.12.17 ; les Feuille d’Avis de Lausanne des 25.06.17 et 05.12.17 ; la Feuille d’Avis de Neuchâtel du 04.12.1917 ; le Journal de Genève du 25.07.1964 ; le 24H du 24.10.1986.
  • [01.2018] L’Aviette Duplan, moto volante genevoise (1919) (diaporama n&b, musical, 23 photos, 02’, 6Mo). Format Flash.

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