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Le capitaine Ferber essaie son planeur No.2 sur les bords du Rhône à Genève (1899) [vidéo]

 

Célèbre en France, le capitaine d’artillerie Ferber fait les premières études scientifiques du vol. Fils des lyonnais et châtelain de Rue (FR) il tente là le vol de pente dès 1898 durant ses congés. Un des essais se déroule à Genève en 1899, au bord du Rhône où l’appareil fut construit. Quelques années plus tard Ferber sera l’un des premiers européens à réussir le décollage d’un avion motorisé sous le pseudonyme de "de Rue" (brevet de pilote no.5bis).


Ferdinand Ferber en 1908. Essai de saut en 1901 à Nice. A Genève, en 1898, cela devait être encore plus rudimentaire.
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    Polytechnicien et militaire de carrière, Ferdinand Ferber (1862-1909) va disséquer la technique des vols d’Otto Lilienthal (1891-1895) et promulguer les premières lois du vol directionnel, "la théorie des 3 V" : tangage, roulis, direction. Il est un des rares européens en contact avec les frères Wright avant leur fameux vol de décembre 1903 et a très certainement une influence sur ce résultat. C’est grâce à ses démarches que les Wright viendront effectuer des vols en France en 1908. Au travers de plusieurs publications, suivant en cela Clément Ader, Ferber explique l’apprentissage du vol et prédit le futur de l’aviation avant même que celle-ci ne soit fonctionnelle. Il décède trop tôt dans un accident d’avion le 22 septembre 1909. A 47 ans ; il est le 3ème martyr recensé de l’aviation.

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    1ers essais à Rue depuis le château avec le no.1 (1898).

    Sa famille, des soyeux lyonnais, rachète et restaure le château situé sur le promontoire de Rue (FR) où elle passe les mois d’été. Ferdinand Ferber y vient également pour ses congés militaires et va faire là ses premiers tests de "plus lourd que l’air" (1898-1899). Ferber construit successivement 2 planeurs durant cette période, sortes de cerf-volants de plus en plus élaborés, auxquels il se suspend et tente des sauts de pente (en courant dans une pente) ou en sautant depuis une plate-forme surélevée. En regardant la géométrie de ses 4 premiers planeurs, on déduit que Ferber comprend assez vite que leur largeur doit être supérieure à leur longueur pour obtenir une meilleure portance et il s’approche ainsi, pas à pas, de la forme d’une aile.

    Persuadé dès 1887 que le vol aérien est accessible à l’homme, Ferber commence par se lancer sur la place de l’église depuis une d’une fenêtre élevée du château. Son 1er modèle pèse 30kg pour 8m d’envergure et 25 m² de surface portante. Essayé en août 1898 il se brise à l’atterrissage. Les pères Moret et Sublet qui desservent la chapelle des Augustins de Rue notent encore le 24 octobre 1898 : "Aujourd’hui, après les vêpres, expériences d’un parachutiste faite par le capitaine Ferber. D’après l’inventeur, le singulier véhicule devrait pouvoir transporter le poids de 80 kg.". Puis Ferber tente de quitter le sol sous un plus grand appareil tracté par un cheval, le long du pré nommé la Cheneveirettaz, devant l’entrée du château….

    Les essais de vol du planeur No.2 à Genève

    La branche suisse des descendants de la famille Ferber a conservé les dossiers que Ferdinand tenait à jour pour toutes ses expériences. Ces documents n’ont encore jamais été publiés. La petite fille de Ferber raconte dans un ouvrage l’expérience genevoise ainsi :

    "C’est près de Genève où des pentes gazonnées descendaient vers les falaises du Rhône. Voici quelques lignes de ses agendas, qui donnent une idée du détail de la recherche et de la multiplicité des essais. Ecrit en octobre 1899 : "Essais de l’aéroplane No.2 : Vent 8 m. Nuageux.

    1 — Se jeter d’une hauteur de 1,50 m. Résultat : on sent une pression, mais insuffisante.

    2 - Se jeter du haut d’une échelle. Résultat : on ne sent aucune pression, les voiles ne se gonflent pas. On se pince le pouce.

    3 — On descend la côte vers le Rhône mais, le vent ne soufflant pas dans ce sens, aucun résultat.

    4 — Essai en cerf-volant, un cheval attelé. On constate que l’appareil est un excellent cerf-volant.

    5 — On se jette du haut du poteau de gymnastique : aucun résultat."

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    Les 4 premiers planeurs (1898-1901).

    Cette brève description mérite quelques commentaires. Pourquoi un essai à Genève ? C’est d’abord dans cette ville que Ferber fit construire de toutes pièces le 1er planeur qu’il avait conçu, par le chantier naval de Marc Louis Trüb, rue Gevray, aux Pâquis. Longtemps des photographies de l’appareil et de Ferber ornèrent ce bureau de construction, dont l’une portant une élogieuse dédicace dédiée à M. Trub. Le planeur était entièrement réalisé en bambou et en toile à voile. Très léger, il était néanmoins fort résistant. Les expériences eurent lieu en septembre 1899 puis ailleurs en 1901. Cependant à diverses reprises Trüb dut expédier de nouvelles pièces de rechange à Ferber qui resta longtemps en relations avec l’atelier genevois. Par ailleurs, de Genève, le train repart vers la France, vers le régiment où le capitaine emporte avec lui l’appareil qu’il a testé durant l’été à Rue, pour l’essayer ailleurs : Fontainebleau, etc.

    Où eut lieu l’essai de Genève ? Probablement vers le bas de Saint-Jean, vers l’actuel Pont de Sous terre. Des essais bizarres ? Soit, la chute verticale de type parachute n’est pas l’idéal pour tester une aile ! L’expérience avec le cheval le démontre bien. Imaginons qu’il n’y avait pas plus de 10 hommes en Europe pratiquant des expériences similaires. Ferber, âgé de 37 ans n’avait débuté qu’un an auparavant....

    Ailleurs et encore

    Le no.2 pèse 20 kg pour 6m d’envergure et 15m² de surface alaire. Il est encore expérimenté à Fontainebleau comme cerf-volant. Sa stabilité laissant à désirer, Ferber relève tous les bords des ailes, mais alors : "libre, il restait naturellement stable ; mais il n’avançait plus !"

    En 1901, en garnison à Nice, Ferber tente toujours le saut depuis une plateforme avec son planeur No.3. C’est à partir de 1902 et du No.5 qu’il possède finalement une véritable aile biplan qui supporte son poids dans une pente et qu’il quitte réellement le sol. A la même époque, aux USA, les Wright en sont arrivés au même point, pas plus !

    Militaire, de carrière, tenu de fournir une activité, Ferber n’a pas les loisirs et l’argent d’un Santos Dumont pour brûler les étapes et accélérer les découvertes. Homme méthodique, il ne se lance pas non plus dans des tests empiriques. Tout cela fait qu’il sera battu sur le fil dans la course européenne au 1er avion motorisé à décoller par ses propres moyens (et pas catapulté !) en novembre 1906.

    Pour l’anecdote, Ferber épouse en 1887 une Genevoise, Marthe de Stoutz (Prégny 1868-Vesenaz 1952) fille d’un avocat de la ville et donne deux conférences à Genève en mars 1909, au Victoria Hall, d’abord sur les plus légers que l’air puis sur les plus lourds. La salle est comble à chaque fois. Il s’exprime dans son uniforme militaire français, avec l’autorisation du Ministère de la guerre. C’était quelques mois avant qu’un appareil ne vole (voir : Récit) sur le sol suisse et genevois !

     

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    Les essais de Ferber à Rueil (F), en 1902, aidé par quelques autres militaires.
    Par : Jean-Claude Cailliez
    Le :  lundi 15 août 2005
  • Pour en savoir plus, voir : Les débuts véritables de l’aviation française, par Andrée & Robert Ferber. Ed. Fayard 1970, 260p., ills, à la "Librairie ".
  • "Les appareils de Ferdinand Ferber, (vidéo-diaporama, n&b, musical, 3’, ≈60 Mo), nécessite le plugin QuickTime 7.1.3 minimum.

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