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Paul WYSS (1885-1958) : pilote indépendant des premiers meetings aériens genevois (1910-11) [vidéo]

 

En 1910, la vie de pilote, risquée, impose de lourds sacrifices tant la casse est fréquente et les durées de vol courtes. Paul Wyss et son Blériot-XI, passionné, loin des firmes et des sponsors participe au maximum à l’activité aérienne romande des débuts (1910-1911), parfois au péril de sa vie et sans aucune reconnaissance de l’énorme travail qu’il doit accomplir pour continuer à être présent sur la scène aéronautique.


Paul Wyss aux commandes de son Blériot-XI en 1910 près de Genève.

Paul Auguste Wyss naît à Genève le 1er mars 1885, fils de Jean et de Julie Jeanne Gabrielle Besson. Sa jeunesse n’est pas connue. On sait qu’il a les yeux bleus, les cheveux noirs et mesurera adulte 1,68m. En juin 1906, célibataire, il vit à Vallamand (VD) et fait un voyage à New-York où vit l’une de ses sœurs.

La volonté de piloter un avion

En 1907, mécanicien et sportif dans l’âme, il est déjà employé dans l’aviation en France. En 1909, élève chez Nieuport, il ne peut pas se former au pilotage suite à des inondations sur le terrain d’Issy-les-Moulineaux. En 1910 il se rend à l’école de Cagno, à Pordenone (Italie), mais ne peux non plus apprendre à voler, car il n’y a plus de machine en état de vol. Il retourne en France chez Blériot, à Pau et y fait de nombreux vols. Il passera là son brevet de pilote français no.402, bien plus tard, le 10 janvier 1911, sur monoplan Blériot. Ceci lui donne l’équivalent en Suisse du brevet no.8.

Dès l’été 1910, Paul Wyss achète un appareil Blériot à moteur rotatif Gnome de 50cv qui l’accompagnera dans tous ses vols jusqu’en 1914. Mais il subit rapidement un accident l’empêchant de participer au meeting de Viry d’août 1910. On le cite à Pau en février 1911 où il tente d’atteindre 2000m d’altitude après avoir passé sa licence de vol. En mars, il est le 13ème passager d’un vol-passagers record piloté par Léon Lemartin (1883-1911), pilote d’essai de Blériot à Pau. Le même mois il fait deux vols dans la propriété Pictet à Genthod (GE). Il serait le 1er à survoler Ferney-Voltaire (F) en France voisine, durant 15’ et à 200m de haut, retournant en vol plané à Genthod. Le 11, il y fait un atterrissage forcé.

Peu de vols, de courte durée, souvent avec une casse légère

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Paul Wyss.

Wyss est inscrit au meeting de Viry (F) de Pâques (16-17 avril 1911) où l’appareil arrive par le train et doit être remonté et réglé. Le mardi 12, à 18h, il débute un vol pour tenter le Prix attribué à qui tournera autour des flèches de la cathédrale Saint-Pierre de Genève. Il y a du vent et l’appareil s’élève trop contre le gré du pilote. Wyss coupe l’allumage pour se poser en vol plané et finit par s’abattre sur le sol, provoquant de la casse qui demandera 2 jours de réparation à Genthod. Il ne participera donc pas au meeting. La ville d’Avenches (VD) et Failloubaz ouvrent un aérodrome en mai où Wyss vient continuer ses essais dès la fin du mois. Le 1er juin il y exécute "un beau vol" allant virer sur la Tornallaz et se pose en vol plané. Le 2, il vole 7 minutes.

Du 3 au 6 juin, Wyss participe aux importantes Journées lausannoises d’aviation à la Blécherette. Favori du public, le samedi 3, il tente aussi de contourner en vol la cathédrale de Lausanne, y réussit (Prix Grellet) mais abîme son appareil à l’atterrissage, à 4 ou 5 m du public, ce qui provoque une vive panique : "vers 15H30, Wyss prend les airs, gagne en hauteur et se promène sur la campagne. Au bout de quelques minutes il redescend à toute allure. Mais il a mal calculé son angle de chute. Voulant éviter un arbre et le public, il redresse brusquement son appareil, qui capote et s’aplatit au sol. L’émotion est intense, Des femmes pleurent. Des dragons arrivent à bride abattue, mais déjà un gendarme a soulevé l’aile de l’appareil, de dessous lequel Wyss sort un peu pâle, mais indemne. Son Blériot est par contre dans un triste état. L’aile gauche est brisée, de même que l’hélice. Le moteur est intact." En fait Wyss touche les fils du télégraphe lors de son approche et pour éviter la foule fait un atterrissage brusque volontaire. Il répare durant 2 jours et finit par revoler dans ce même meeting où il décroche tout de même le Prix du 1er départ (100F), le Prix du 1er vol de plus de 5’ (200F), le Prix pour avoir doublé la cathédrale (1.000F) et finalement, le mardi, un Prix de 400F pour un vol de 12’58’’. Une souscription est ouverte à Genève en faveur de Wyss, pour l’aider à compenser la réparation de son avion. Quelque 210F sont déjà récoltés le 15,mais au début août elle n’ a rapporté que 500F (5.000F actuels).

Le 8 juillet, Wyss par de l’aérodrome d’Avenches, traverse le lac de Neuchâtel et va atterrir à Planeyse (NE) où il prend part aux Journées d’aviation qui y sont organisées. Le 7 juillet il fait une démonstration à Avenches devant les officiers de l’Ecole centrale-II et le colonel Audéoud qui le félicite. Les 8 et 9 il est la vedette du meeting de Planeyse où il se rend en traversant le lac de Neuchâtel dans un vol de 17’. Le 16, Wyss décolle d’Avenches et se rend sur l’aérodrome de Collex-Bossy près de Genève en un très long vol de 1h20’. Depuis là, en concurrence avec F.Durafour, il va tenter le Prix de la Rade (2.000F), soit un vol de 7km sur le lac, aller-retour, dans le temps le plus court.

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Paul Wyss.

Le 20, il part avec son mécanicien Demaurex (voir : Biogr.), futur chef mécanicien de Cointrin, à Valence (E) pour un meeting qui se déroule du 29 au 31. Le 1er août, Wyss capote dans les tribunes publiques et blesse 2 spectateurs. La tribune s’est encore effondrée blessant 10 autres spectateurs. Le nez de l’avion et l’hélice sont cassés, le pilote a des contusions et la foule tente même un moment de le lyncher ! Un seul blessé restera hospitalisé. De retour en Suisse, du 19 au 20 août, Wyss et Demaurex participent au meeting de Dübendorf. Dès le 26, Wyss tente plusieurs vols pour le Prix de la Rade : "Public nombreux à Collex-Bossy. Attente de fin de bise et départ après 17H. Wyss monte à une assez grande altitude, prend la direction du lac, puis coupe la ligne réglementaire allant du château Bartholomi à la Tour de Bellerive, pour filer à vive allure sur la ville. Il dévie quelque peu, ne reste pas exactement au-dessus du lac et survole Cornavin, les tours St.-Pierre, retour sur le lac et coupe la ligne Maison Royale angle du quai du Léman et jetée des Pâquis ; hauteur 700-800 m. Chronométré en 23.".

Le 2 septembre il fait un vol de Collex à Viry. Le 3, de Collex, il réalise un record d’altitude homologué par l’Aéro-club de Suisse en montant à 770m de haut et va se poser à Grand-Saconnex (GE). Le lendemain il rejoint Collex. Le 24, toujours en compétition avec François Durafour, il tente le Prix de la Rade, qui sera finalement attribué à Durafour, mais empoche 350F (voir : Biogr). Les 1 et 2 octobre Wyss est présent au meeting d’Avenches. Du 14 au 16 il vole au meeting de Berne. Le 2 novembre il atterrit volontairement en plein milieu de Plainpalais, en ville de Genève, et doit s’y reprendre à 3 fois pour ne pas entrer en collision avec un passant. Le 12, il vole de Collex vers Neuchâtel pour participer une journée de vol à Planeyse (NE)...

Tournée en Amérique Centrale

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L’accident de Wyss à la Blécherette en juin 1911.

Les meetings devenant communs en Europe, attirant un peu moins de monde, les "saltimbanques de l’air" doivent trouver d’autres solutions. Durafour et Wyss sont embauchés dans une tournée en Amérique centrale au début 1912 (Voir : Récit). Départ en bateau d’Anvers, avec les avions, et arrivée après un mois de mer à Porto Barios au Guatemala. Wyss, malchanceux, détruit hélas son appareil lors de son 1er vol sur place et s’en retourne aussitôt en Europe. Il semble ne pas racheter d’appareil à son retour. En octobre il reviendra rendre visiter sa sœur Elisa à New-York, accompagnée d’une parente.

Paul Wyss reprend de l’activité en France. Il passe un brevet d’acrobatie chez Blériot en 1913. Au début de la 1ère Guerre mondiale il n’est pas intégré dans les nouvelles Troupes suisses d’aviation en août 1914 et deviendra pilote d’essais réceptionneur chez Blériot-SPAD de l’été 1914 à fin 1915, en France (voir : Récit->71]). En 1916, appelé par Agénor Parmelin, il continue sa carrière comme pilote d’essai et instructeur de vol chez Savoia, à Sesto-Calende (I) au sud du lac Majeur, sur hydravion. Il sera là en activité avec 4 autres Romands dont E.Taddéoli, Reynold et Kramer. En 1917-1918 retour à Buc chez SPAD. En 1923 on le retrouve comme technicien conseil et pilote pour les avions de tourismes français "Moreaux". Il est de retour à Genève en 1939 où il décèdera à fin mars 1958. Il semble qu’il n’ait jamais été publié un résumé biographique de la carrière de ce Genevois peu connu.

 

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Par : Jean-Claude Cailliez
Le :  lundi 29 août 2005
  • Pour plus d’information, il n’y a que les récits de Pionnair-GE.com
  • Paul Wyss 1911-1912, (Diaporama n&b, sonore, 02’, 42Mo), nécessite le plugin QuickTime 7.1.3 minimum.

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