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La visite du dirigeable "Graf Zeppelin", 1er et unique atterrissage d’un dirigeable à Cointrin (1930) [2 vidéos]

 

Evénement public considérable que la venue à Cointrin du dirigeable allemand "Graf Zeppelin" en septembre 1930. Les visiteurs se pressent en masse derrière leurs plus hautes autorités. La taille de l’appareil rend microscopique tout ce qui l’entoure. Peu de temps sur place, le dirigeable emporte un courrier postal historique, laisse quelques genevois bien arrosés et nécessite un demi-millier de bras pour faire atterrir 28 passagers !


Le LZ-127 "Graf Zeppelin" s’est posé sur l’aérodrome de Genève Cointrin où un public trié sur le volet peut l’approcher alors que des milliers d’yeux voudraient bien s’en approcher encore plus...

Depuis le temps qu’on les voyait passer la-haut dans le ciel suisse

Interdits de vol après la 1ère Guerre mondiale, les dirigeables allemands vont reprendre de l’activité dès 1927. A partir de l’été 1929 on peut en voir un occasionnellement au-dessus du sol suisse, mais plutôt en Suisse-alémanique. En juillet 1930 des membres de l’Automobile-club de Suisse participent même à un voyage au Spitzberg en zeppelin.

Suite à plusieurs survols de Suisse, les Genevois ont déjà eu la chance de contempler un zeppelin d’assez près le 3 juillet 1921. Le "Bodensee" était conduit de Friedrichshafen à Rome-Clampino (I) comme dommage de guerre allemand à l’Italie, mené ce jour là par un équipage franco-allemand. A 9h20’, au-dessus de Genève et à faible altitude, il provoqua une grande curiosité. Il passa à une vingtaine de mètres à droite de la flèche de la cathédrale Saint-Pierre et l’on put facilement lire, depuis le sol, son nom inscrit sur la nacelle. Il ne portait aucun pavillon national. Cinq minutes plus tard il franchissait la frontière à Perly-Certoux et disparaissait derrière le Mont de Sion. Les 26 et 27 septembre 1929, le "Graf Zeppelin" largua des sacs de courrier sur Genève, mais sans s’arrêter (voir : Récit).

Une organisation genevoise impeccable

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Atterrissage à Cointrin.

C’est grâce à l’intervention de la société des officiers AVIA (membre de l’Aéro-Club de Suisse, AéCS) auprès du Dr Hugo Eckener de la compagnie Zeppelin que Le Club Suisse d’Aviation genevois (CSA, l’Aéro-Club de Genève) organise la venue du dirigeable LZ127 "Graf Zeppelin" à Genève-Cointrin. L’événement se prépare de longue date en conjonction avec la 11ème session annuelle de la Société des Nations (SDN).

Durant des semaines, un comité s’attèle à la tâche et organise la réception. Ce n’est pas une mince affaire car ce dirigeable n’est comparable en rien à la taille des plus grands avions connus à Cointrin. Il faut aménager un emplacement spécial, sur plus de la moitié de la longueur de la piste de 430m, bien balisé, et permettre aussi à une foule, qui sera certainement très importante, d’assister dans les meilleures conditions possibles aux manœuvres d’atterrissage. Le risque est aussi du côté de la météo : si elle se montre défavorable le commandant du "Graf Zeppelin" se réserve le droit de survoler l’aérodrome à faible hauteur sans atterrir.

Ce dimanche matin 14 septembre 1930, une foule considérable de plus de 30.000 personnes attend le zeppelin à Cointrin (Prix d’entrée 2F). Tout ce monde présent est tenu au courant de la progression du dirigeable par des haut-parleurs, un procédé encore peu usité dans les manifestations et d’autant plus apprécié. La gendarmerie aidée par un détachement de recrues, certaines de Lausanne, canalise les automobiles, les motos, les cycles, les fiacres et plusieurs cars spéciaux venus de Suisse Romande et de la France voisine. Les parcs automobiles rassemblent 6.000 voitures. Comme lors des grands meetings aériens genevois, c’est le succès en terme de public, pour les organisateurs et pour la cause aéronautique en général. L’attrait de cet événement est à la taille du vaisseau aérien, immense !

Depuis des semaines on se réjouit et tout Genève l’attend. Pour la 1ère fois, on va voir de près, presque toucher, le fameux zeppelin, dernier-né de la dynastie des constructeurs des bords du lac de Constance. On craint malgré tout le pire car le ciel charrie de gros nuages noirs et un vent important brasse les feuilles mortes et fait vibrer les réverbères. Même la pluie est de la partie. Heureusement, vers midi, une amélioration sensible se manifeste et le soleil fait même une timide apparition ; l’optimisme remplace l’incertitude.

Le zeppelin est attendu pour 15h, mais à 13h45 déjà, une immense clameur signale son arrivée à Genève. Il faut cependant respecter l’horaire pour éviter tout incident technique ou protocolaire, aussi le mastodonte fait un tour au-dessus du lac. Il reprend la direction de Lausanne et Vevey, juste de quoi permettre au temps de s’écouler, au dispositif d’accueil d’achever sa mise en place et aux Genevois hors de Cointrin d’en profiter aussi. A 15h il réapparaît du côté de Cologny et arrive peu après au-dessus de l’aérodrome, non sans avoir effectué encore deux tours de ville, au grand plaisir de ceux qui sont restés sur leurs toits ou leurs balcons.

500 bras pour faire atterrir 28 passagers et 25 membres d’équipage

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Un succès à la taille de l’appareil, gigantesque !

Les moteurs ralentissent et le dirigeable s’immobilise juste au-dessus de la grande croix blanche dessinée au milieu de la pelouse de Cointrin. Le "Graf Zeppelin" se trouve alors à moins de 20m du sol. Sa couleur aluminium est éblouissante au soleil. Puis s’opère la manœuvre d’atterrissage sous les ordres du commandant Eckener : des flancs de l’appareil des trappes s’ouvrent et laissent choir des cordes. Celles-ci sont saisies par les 200 soldats-aérostiers, des compagnies 6 et 7 aux ordres du major Primault et du capitaine Weber (2 pilotes), aidés de volontaires recrutés dans les sociétés de gymnastique. Des bras vigoureux se saisissent des cordes et lentement l’impressionnant géant s’abaisse jusqu’à ce que la nacelle touche le sol. Sous la cabine de pilotage, une sorte de demi-sphère amortit le contact avec le sol. En regardant ces manœuvres on imagine aisément comment cet appareil pourrait devenir le jouet des éléments par gros temps, vent violent, ou encore en cas de tempête. Les pompiers sont eux aussi mobilisés et branchent des lances dans les immenses réservoirs du zeppelin qu’ils remplissent en vue de sa stabilisation au sol. Ils puisent leur l’eau dans la carpière proche, rescapée du projet avorté de bassin prévu pour l’alaquage d’hydravions et creusé en 1920

Pour la foule, la proportion entre l’appareil au sol et les hangars, ou d’autres repères du paysage, les impressionne énormément. Mais la manœuvre d’atterrissage terminée, une vibrante ovation le salue. Puis la nacelle s’ouvre. Le Dr Eckener (1868-1954) descend avec son état-major et une quinzaine de passagers séjournant à Genève (il y en a 25 à bord). Parmi ceux-ci Francis Chalut (1881-1941), vice-président du CSA et un professeur de l’Université de Genève. Tous sont reçus dans une petite enceinte réservée aux autorités et aux invités. Vient la partie des discours et du protocole. Le Conseiller fédéral Giuseppe Motta, venu tout exprès à Genève, parle au nom du gouvernement fédéral et salue la venue du "Navire de la Paix". S’expriment également : le Ministre des Affaires étrangères d’Allemagne, S.E.M. Julius Curtius (1877-1948) ; Maurice Duval président du CSA (voir : Biogr.), le Dr Eckener, capitaine du vaisseau, le colonel E. Messner, président central de l’AéCS. Plusieurs personnalités officielles assistent encore à l’événement dont le président du Conseil de la SDN, l’ambassadeur d’Allemagne en Suisse. Puis, la partie officielle terminée, certaines personnalités et la presse sont admises à visiter le dirigeable, ses cabines particulières, sa salle à manger, sa cuisine, etc.

Le vol du retour fera l’objet d’un transport postal spécial organisé par 5 personnes du service de la Poste qui ouvrent 4 guichets et oblitèrent sur place cartes et lettres avec un cachet spécial daté du 13 IX 1930. Ces fonctionnaires sont parmi les chanceux qui visitent l’antre du zeppelin. Ils chargent finalement 2 sacs postaux contenant 14.000 cartes postales dont 11.000 pour la Suisse et 3.000 pour l’étranger. Les sacs de courrier suisse seront lâchés en vol au-dessus de la frontière suisse à Landesgrenze puis distribués par la Poste,

Le "Graf Zeppelin" va aussi emporter de Genève 21 nouveaux passagers, dont le fils de Curtius. L’appareil ne s’éternise pas longtemps à Cointrin. Vers 16h, les aérostiers délient les cordes, celles-ci regagnent leurs réduits. Les 2 moteurs avants sont mis en marche au ralenti. A 16h15, le dirigeable s’apprête à repartir pour rejoindre sa base du lac de Constance lorsqu on s’aperçoit soudain que M. Motta manque à l’appel des spectateurs au sol ! C’est in extremis que le Chef de du Département Politique quitte la nacelle du dirigeable ... Et bientôt le commandant Eckener donne l’ordre du "Lachez-tout" et l’impressionnant et élégant dirigeable reprend le chemin des cieux, dans le vrombissement de ses 5 moteurs, mettant le cap vers le Salève. "La bise faisait sur sa carapace un bruit semblable à un énorme vol de perdreaux". Petit à petit il s’estompe puis disparaît définitivement des yeux genevois, encore tous émerveillés de cette puissante création technique. Telle fut la visite, courte il est vrai, du zeppelin à Cointrin.

Un départ bien arrosé

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Départ côté route de Meyrin, devant le Salève.

Si le public ressort de là bouche bée, un petit groupe de genevois vit une toute autre aventure. Pour le service du buffet officiel, MM Canonica et Badan, responsables de la réception, ont fait venir des garçons de café des meilleurs endroits de Genève. Ceux ci travaillent en costume, en frac avec queue d’hirondelle, chemise blanche empesée et col cassé, comme il était de coutume alors. Le buffet est tout proche du lieu où va se poser le dirigeable. Ce dernier tangue dans le vent et l’on craint qu’il ne se pose sur le buffet et sur la tête des serveurs. Finalement l’atterrissage se déroule sans problème et le champagne est versé dans les verres.

Le décollage est impressionnant, hallucinant pour ceux qui le vivent de près. Mais personne n’a pensé au délestage des centaines de litres d’eau des réservoirs du zeppelin ; et l’installation du buffet est arrosée copieusement, les serveurs sont trempés comme des rats. Ils ramassent leur matériel dispersé par l’eau un peu partout puis, en vélo, s’en retourneront en ville transis et mouillés, afin de se changer en hâte pour assurer le service du soir dans leurs restaurants respectifs.

Dans les années 30 le "Graf Zeppelin" survole régulièrement la Suisse (09.1930- 07.1934) notamment au départ de ses vols transatlantiques. Il est présent au meeting de Zurich de juillet 1932. Hormis à Genève, il atterrit à Dübendorf (11.1929), Berne-Beundenfeld (10.1930) et Bâle. Il y eut un vol postal Vaduz-Lausanne le 10 juin 1931. Puis, l’appareil est mis hors service en 1937, remplacé par le "Hindenburg". Le 6 mai 1937, le crash en flammes du "Hindenburg" à Lakehurst (USA) met fin à l’emploi commercial de ce type d’appareil.

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Par : Jean-Claude Cailliez
Le :  lundi 29 août 2005
  • Pour plus d’information : voir : Ballons et dirigeables, de P.Facon et J.P.Debaecker. Ed Proxima, 160p., ills, à la "Librairie ".
  • [08.2017] Suite à la découvertes de nouveaux films sur le Zeppelin à Genève en 1930, un nouveau documentaire paraîtra dès le 3 septembre 2017 dans l’émission Autrefois-Genève, sur la chaîne Léman-Bleu TV. Première vision le dimanche 03.09.2017 à 19h30.
    [06.2006] Le Zeppelin à Genève en 1930 (Léman Bleu TV, 04.2006, sonore, 08’, 45Mo), reportage : Autrefois Genève, David Charrier, Jean-Claude Brussino. Nécessite le plugin QuickTime 7.1.3 minimum.
    [05.2008] Le LZ-130 Graf-Zeppelin à Genève en 1930 (diaporama, sonore, 02’39, 50Mo).

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