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Fabuleuse aventure du parapente dont le 1er vol au monde est genevois et d’André Bohn (1978)

 

Le Genevois André Bohn a toujours voulu être parachutiste. Breveté à 21 ans, il est sacré plusieurs fois champion suisse. Il devient professionnel et formera un nombre élevé d’élèves. Egalement champion du monde, il s’initie aussi au deltaplane et teste le 1er Parafoil d’Europe. Mais, surtout, il est à l’origine du 1er vol en parapente au monde, prélude à un développement inimaginable de ce nouveau sport dès 1978. L’un des 3 "B", c’est un sportif au parcours étonnant, une personnalité hors normes.


Sur les pentes du Perthuiset à Mieussy (Hte-Savoie) les parapentistes modernes bénéficient des exploits des 3 "B" de 1978, dont l’un d’eux était le Genevois André Bohn.

Au croisement du parachute, du ballon, du planeur et du cerf-volant

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André Bohn vers 1978 à 36 ans.

En mars 1964 Domina Jalbert de Floride (USA) invente le parachute "Ram Air canopy". Oubliant la corolle hémisphérique, il conçoit un appareil à double surface, composé de caissons de tissus juxtaposés (5, 7 ou 9) dans lesquels l’air s’engouffre par l’avant, à haute pression, gonflant le tout et lui donnant une forme d’aile porteuse quadrangulaire plutôt horizontale. Considéré comme une combinaison du meilleur du ballon et du cerf-volant, il n’a pas été inventé pour la descente mais comme un outil de montée. Le 15 octobre 1965, Dave Barish de New-York réalise son 1er emploi dans un plané en courant le long d’une pente (slope soaring). En tirant sur certaines suspentes le parachutiste peut ainsi obturer l’arrière des caissons ce qui permet soit de se diriger, soit de ralentir quelques secondes la vitesse de descente. Le "Parafoil" est né, ce sera l’ancêtre du parapente !

A Genève, le Para club est né vers 1960, momentanément section de l’Association Romande de Parachutisme Sportif en 1963, il redevient le Para club en 1965 et section de l’Aéro-Club. Le Genevois André Bohn (né 1942) en est membre et pratique le Base-jump depuis le pont-Butin dès 1964 (voir : Récit). A 22 ans il participe aux championnats suisses jusqu’en 1978. En 1964-67 on le voit sauter à Yverdon, Lyon, Genève, Berne, Annemasse, La Plagne (F), Lunéville (F), Blumberg (D), Sion, où, en 12 compétitions, il récolte 8 médailles dont 3 d’or, 3 d’argent et 1 de bronze. En mai 1967 il réalise avec des amis un record suisse d’altitude, largués depuis 10.000m avec bouteille d’oxygène. Ce saut n’est pas homologué quand l’Aéro-Club de Suisse décide de ne plus cautionner ce type d’exploit. En 1968 Bohn est qualifié moniteur à Grenoble où il rencontre sa future épouse Hélène, également parachutiste. Notons que leurs 2 filles seront également parachutistes plus tard (>400 et >2000 sauts) !

Bohn est maintenant devenu un parachutiste professionnel, le 1er de Suisse. Aux Championnats suisses de mai 1968 à Mogadino (TI), son équipe est médaillée d’or. Il est encore 2ème en individuel et 3ème en voltige (style). En 1969 à Ecuvillens, il est alors 2ème par équipe, 2ème au combiné, 3ème en style, 3ème en précision. Il participe à une dizaine de compétitions et ouvre en juin une école de saut à Mogadino qu’il mènera jusqu’en 1973. Les compétitions internationales se poursuivent de 1970 à 1972 pendant lesquelles, sur 15 participations, il remporte 5 médailles d’or, dont une aux Championnats du monde, 2 d’argent et 1 de bronze (Aut., CH, USA).

Premier saut en Europe avec un Parafoil.

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Bohn sous son DeltaCloud tel qu’utilisé le 27 juin 1978 à Mieussy.

Expert auprès de l’OFA, il va maintenant tester de nouveaux parachutes, dès 1970, pour l’administration fédérale. C’est ainsi que le 22 septembre il réalise le 1er saut en Europe d’un Parafoil avec un model Volplane de Pioneer (USA). C’est un modèle à 14 demi-caissons, de 13kg coûtant alors 500$ et de couleur brun-orange-(voir photo). Pour les homologations, Bohn se réfère à l’imposant ouvrage de Don Poynter : Parachute manual (1972, USA). Ce dernier cite notamment des essais tractés derrière une voiture, ainsi que des essais au sol, en courant, qui permettent de déployer un parachute que l’on vient de réparer.

Vers 1973, André Bohn est de retour dans la région genevoise, membre du Para-club d’Annemasse tout en poursuivant la compétition : champion suisse, médaille d’or en style et 2ème au combiné (Beromünster). Parcourant plusieurs nations dont l’Afrique du Sud et les USA il glane encore 3 médailles d’or, entre autres. En fait, depuis 1964 il en a déjà accroché 26, ainsi que plusieurs titres ! Employé par la Cie d’assurance La Baloîse pour 27 ans, celle-ci va sponsoriser sa passion et son nom figurera dorénavant sur les voilures souples d’André. C’est en automne 1975 qu’il découvre le Deltaplane, arrivé l’hiver précédent dans la région. Un de ses coins de vols favoris se trouve au Perthuiset, près de Mieussy (Hte-Savoie, F), dans le massif verdoyant du Châblais, où il décolle déjà le 29 septembre, à 1.000m au-dessus du village.

Parmi ses amis et concurrents aux sauts pour les atterrissages de précision on trouve 2 Savoyards du club d’Annemasse : Jean-Claude Bétemps et Gérard Bosson, facteur à Taninges. Tous utilisent depuis 1974 des Parafoils dont les modèles qui équipaient des militaires français en compétitions (finesse 2). En janvier 1978 lors d’une compétition de saut à Crans-Montana, où la cible d’atterrissage se trouve sur une patinoire de glace le long d’une falaise, Bétemps voit en perspective un parachutiste qui descend le long d’une montagne. Il dit alors à Bosson : "Tu vois, il suffirait de gonfler la voile dans une forte pente et de courir : si l’angle de plané est supérieur au degré de pente, on vole !" Bosson n’est pas emballé du tout. Mais sauter depuis une falaise éviterai aussi avantageusement les frais d’avion pour s’exercer. Après six mois de calcul et de travail avec quelques amis Bétemps décide d’essayer. Son seul problème et de dénicher un site propice. Un jeudi soir il en parle avec André Bohn qui voit très bien de quoi il s’agit et lui dit : "Je sais où il y a un décollage assez raide avec un beau vol, à Mieussy, au Perthuiset. Si tu veux essayer, on y va dimanche !"

Trouver une astuce pour s’entraîner aux concours d’atterrissage de précision

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1er essai d’un Parafoil en Europe : A.Bohn et le Volplane (1970).

Ce dimanche 27 juin 1978 au matin, Bohn emmène Bétemps et gare la voiture à Sommand puis ils grimpent au Perthuiset : "Voilà, c’est ici !" - "C’est un peu raide !", réponds Bétemps. La pente est impressionnante, en effet, mais le lieu correspond bien au test à venir. Bétemps se décide et sort son appareil du sac. Bohn et son épouse l’aident à s’équiper. A midi la voile se gonfle très bien (un StratoCloud de 24,5m2) avec ce vent de face Bétemps décolle les freins dans les mains ! Mais il se pose 100m plus bas dans le pré en pente qu’il doit remonter. Bohn constate satisfait : "C’est super et ça marche ! Je sais où on peut atterrir en bas, dans la vallée. Je pars et tu me suis." Bohn s’élance à son tour avec son DeltaCloud jaune et décolle lui aussi du 1er coup ! Il fonce alors sur la vallée, passe au-dessus de la chapelle et vient se poser juste à côté du terrain de football de Mieussy, 1.000m plus bas ! C’est le 1er grand vol en parapente au monde, un vol historique dont on ne mesure pas encore la portée. Bétemps décolle à nouveau et 10 minutes plus tard, les 2 hommes se retrouvent au village !

Ces expériences vont avoir un impact important, très rapidement. Sur le moment ça à juste l’air d’un vol minable, comme le dit Hélène Bohn. Leur ami Bosson informé n’est pas content : "Ils auraient pu me prévenir !". Dès le lendemain ils remontent là haut tous les trois. Le vent est de face, Bosson décolle avec son Parafoil 189 noir mais ne réussit pas à passer la chapelle et se pose sur une bouse de vache ! Il doit descendre à pied à la nuit tombée et lorsqu’il arrive en bas, au bar où l’attend Bétemps qui a réussi son vol avec Bohn, l’expression "faire chapelle" est née ! Une semaine après, tous les paras du club d’Annemasse viennent essayer. Le plus important c’est de décoller, même sur un petit vol de quelques 20 secondes. La technique, une fois la voile en l’air, tout le monde le connaît depuis 3 ans. Un nouveau sport est né !

Le mythe des "3 B" est créé : Bétemps, Bohn, Bosson, tous les jeunes savent ça ! Les entraînements aux atterrissages de précision vont s’enchainer. On saute régulièrement. Bosson ne fera plus que ça et à la fin de l’été il totalise déjà 80 vols. Il vulgarise la technique et ouvre le 1er club de parapente au monde, le mythique : Club des Choucas. Bohn est le premier membre adhérent. D’autres parachutistes découvrent cette nouvelle technique. Le club grandit bien, avec 15 membres en 1978, 50 l’année suivante et 500 en 1982 ! Le club-école des Choucas naît le 5 mai 1979. En septembre les magazines commencent à parler de ce nouveau sport que l’on nomme "paraplane" ou "vol de pente". La Fédération Française de Parachutisme impose le terme de "Para-pente" qui se vulgarise en "parapente" désignant à la fois le sport et l’appareil.

Le parapente, un avenir inimaginable en 1978 !

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Le 28 juin 1978, Bernard Bosson s’élance du Perthuiset.

Le 1er vol au Salève est ensuite l’œuvre de Jean-Claude Bétemps en 1979, qui s’envole de la Table d’orientation. Il devient l’animateur de son club école à Viuz-en-Sallaz. Deux personnes sont encore nécessaires pour tenir la voile afin qu’elle se remplisse d’air. En 1980, on voit voler les premiers non-parachutistes. Au Salève au-dessus des varappes, Pierre Gevaux s’élance du haut de la paroi de Balmes le 9 octobre 1982. Les parapentes vont bientôt rivaliser avec les ailes Delta ! En 1981 les premiers stages démarrent à Mieussy, une camionnette fait déjà la navette entre le terrain de foot et le décollage ... ce sera la seule école jusqu’en 1985. En 1983, le Suisse Laurent Kalbermatten crée un parapente au profil légèrement modifié, cousu dans une toile légère de spinnaker (bateau), car la solide toile de parachute et ses coutures, plus lourde, est surtout prévue pour s’ouvrir à 200km/h ! Tout le monde en a peur et pense qu’il se déchirera en plein vol. Non, le parapente léger est né (finesse 4) ! En automne 1984 un nouveau modèle de parapente permet de s’élancer sans aide (finesse 8 etc.).

Le vol libre passionne vite un grand nombre de sportifs et entre autres un fort contingent de varappeurs qui comprennent dès leurs 1er essais qu’il y a une nouvelle discipline à exploiter en combinant ascension et descente par les airs. Et tous ne se qualifient pas de "paras", car ils volent maintenant ! Ils n’utilisent pas un parachute mais une aile de pente de 6 à 12kg. Certains veulent d’ailleurs rester en l’air le plus longtemps possible, planant jusqu’à 50km/h. L’appareil est d’ailleurs classé dans les PUL : Planeur Ultra Léger. Ainsi, avec des pilotes courageux, des ailes dédiées, des médias attentifs, le parapente se répand dans le monde entier et décolle même à plus de 8.000m ! Son histoire est à la fois courte, fabuleuse et planétaire, une sorte de vol démocratique : "And the world could fly" ! Promenez-vous dans les Alpes en été, ils sont en escadrilles !

Ce n’est pas cela qui va arrêter le parcours d’André Bohn et sa carrière de parachutiste. Il est toujours présent en compétition. En 1983, à Sion (argent), Sittendorf (argent), Château-d’Oex (or en combiné), à Bienne en 1984 etc. Son 4.000ème saut a lieu le 2 mai 1987. Quelqu’un a calculé que cela représentait des heures de chute libre et plus que la distance Paris—New-York. Ses amis étaient 56 à sauter avec lui en 2 vagues. Après un départ de Cointrin ils ont chuté sur Annemasse. André Bohn est toujours membre du Para-club de Genève dont il est le secrétaire. En 1988, il ouvre l’école de parachute d’Annemasse avec l’aide financière de l’Aéro-Club genevois, car avant cela on ne formait pas à Annemasse, on sautait seulement. Il consacre beaucoup de temps à la formation des élèves, comme à Mogadino. Grâce à lui, Annemasse est devenu la 1ère école de France où les élèves sont dès leur 1er saut équipés d’un parachute de type aile. Décrit comme un fin technicien et un brillant pédagogue - les 2 sont parfois incompatibles - il est modeste de surcroît. A sa dernière chute libre, à passé 60 ans, le 12 septembre 1992, il en était à son 4.759ème saut !

 

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Départ du Jura (Pays de Gex) face au lac Léman et Mont-Blanc... paysage grandiose...

 

Par : Jean-Claude Cailliez
Le :  jeudi 12 octobre 2006
  • Pour plus d’information, voir : La folle histoire du parapente, de Xavier Murillo. Ed. Glénats, 1989, 128p., ills,
  • Lire encore : And the world could fly, de S.Malbos et N.Whittal. Edité par la FAI, 2005, 104p, ills, tous deux à la "Librairie ".

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